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PLATON FONDATEUR DE L'ESTIIÉTIQUE

de la nature du beau, de ses formes ou espèces, des sentiments qu'il excite dans l'âme, du principe qui en est la source première, etc. Les noms seuls de beauté idéale et d'amour platonique [supra) rappellent ses titres avec le caractère de sa philosophie.

Cette région, que l'art grec avait peuplée de ses chefsd'œuvre, que la poésie, douée d'un génie égal, avait enrichie de ses immortelles créations, restait jusqu'ici à peu près étrangère à la spéculation, oubliée, sinon dédaignée des philosophes. Socrate, il est vrai, qui avait été artiste lui-même, avant d'être philosophe, y avait hasardé quelques pas. Encore était-ce en moraliste surtout et selon sa méthode, plutôt propre à éveiller la curiosité sur ces questions et à engager les autres à chercher la vérité qu'à l'enseigner soi-même et à la formuler. [PhiL anc.^ 162.)

Il avait, en questionnant les artistes, essayé de leur expliquer le sens principal de leurs œuvres, qui devait être, selon lui, l'expression de la vérité morale. {Mém., III, IV.) Mais ses aperçus isolés, sans liaison ni valeur théorique, avaient tout au plus indiqué la voie. Ce que, sur ce sujet, avaient dit les rhéteurs et les sophistes, se réduisait à quelques brillants discours, où se reflétait le sensualisme sceptique et superficiel de leur doctrine. [Hippias.) Les autres écoles étaient restées à peu près indifî'érentes.

Platon, disons-nous, est le premier philosophe qui, d'une façon méthodique et raisonnée, ait abordé, dans ses dialogues, le problème ardu et difficile du beau, et ait cherché à en déterminer l'idée. Le premier aussi, il a décrit les faits qui s'y rattachent, l'amour, l'enthousiasme, l'inspiration poétique, etc. S'il est difficile de souscrire en tout à ses jugements, sur l'art et sur la poésie, la manière dont il les conçoit n'a pas moins un haut intérêt en soi et en rapport avec les autres parties de sa philosophie. Platon d'ailleurs, si grand artiste et poète lui-même, ne pouvait, en traitant en philosophe ces sujets, ne pas laisser une trace profonde de son génie. L'influence qu'il a exercée, de tout temps, sur les plus grands artistes, comme sur les meilleurs théoriciens de Tart, suffirait pour attirer l'attention de l'historien sur cette portion

de sa doctrine, d'autant plus que beaucoup d'éminents esprits encore aujourd'hui n'en connaissent et n'en professent pas d'autre, du moins en ce qui en est le principe, ou se bornent à la modifier.

En terminant ainsi cet exposé de la philosophie platonicienne, nous avons à nous arrêter sur les points principaux : l'' la théorie du beau; 2° celle de l'art et des arts en général; 30 celle de la poésie en particulier et de ses genres ; 4" quelques mots des autres arts devront s'y ajouter, La théorie de l'art oratoire mérite une place à part et formera le complément.

I. Du BEAU. Critique. — Plusieurs définitions, avant Platon, avaient été données du beau, les unes de sens commun, les autres superficielles ou fausses, par les sophistes [Phil. anc. , 95) .

Sans approfondir ce sujet, Socrate avait émis son opinion qu'il est malaisé de préciser, et non exempte de confusion (Xénoph., Mém.y Socr.^ III, 8, IV, 6; {ibicL). Le problème, chez Platon, se pose plus clairement et prend une tout autre importance.

Soumis à la discussion, la dialectique l'envisage d'abord par sa face négative. C'est le sujet du V Hippias, dialogue platonicien, s'il n'est de Platon. Là, sont successivement examinées et réfutées les définitions alors généralement admises des esprits cultivés. Socrate démontre contre le sophiste : 1° que le beau (son idée) n'est pas la même chose que les choses belles, ce qui n'est pas le définir; 2° qu'il n'est pas la convenance] 3*" qu'il n'est pas Y utile ; 4^ qu'il n'est pas même le bien, dont il difî'ère au moins comme l'effet de sa cause; 5° on ne saurait surtout le confondre avec l'agréable^ ce qui est la définition des sophistes. Ses raisons quelquefois un peu subtiles, mais non sans vérité ni sagacité, ne peuvent être ici reproduites. Sans nous y arrêter, nous ferons remarquer un changement dans le problème, qui en marque le progrès. Plusieurs des définitions de Socrate (Mcni., IV), entre autres celles du beau, comme identique au bien, y sont contredites. Ce qui s'expliquera phis loin par la subordination de l'un à Tautre, le beau n'étant que l'etfet, par rapport au bien, qui est sa cause.

De la partie critique si, passant à la partie théorique, on se

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