‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 154 sur 168 · DU BEAU · texte numérisé non relu

DU BEAU

demande ce qu'est le beau en lui-même, c'est ailleurs, dans les grands dialogues, le Phèdre^ le Banquet, le Philèbe, le Phédon, qu'il faut chercher la pensée du philosophe.

En réalité, Platon s'abstient de le définir. Le beau, pour lui, comme le bien, comme le vrai, en réalité échappe à la définition. Le beau, c'est Vidée ou une des faces de l'idée. Or, l'idée objet de la raison se conçoit, elle ne se définit pas. Il en est ainsi de toutes les idées supérieures ou les plus générales, qui, servant à définir les autres, elles-mêmes no se définissent pas. Si chacune, dans sa spéciahté, a un attribut qui la distingue, cet attribut qui a sa valeur réelle ou n'est qu'accessoire n'atteint pas l'essence. Toutes étant au fond identiques, l'élément différentiel qui les caractérise ne va pas jusqu'à altérer leur identité.

Voilà pourquoi Platon répugne à définir le beau.

Mais, si l'on ne trouve pas dans ses écrits une véritable définition du beau, sa pensée peut être assez clairement exprimée, d'accord avec toute sa doctrine, pour que ses successeurs aient cru pouvoir la dégager et la formuler. De là la définition célèbre qui lui est attribuée, que la plupart des auteurs anciens et modernes ont, tour à tour, reproduite avec quelques variantes : « Le beau, c'est la splendeur du bien ou du vrai », splendor bonitatis aut veritatis. D'autres (saint Augustin) disent : splendor ordinis. Le premier terme est le bien, ou le vrai, ou l'ordre; le second, l'éclat, la splenàeur, caractérise le beau et le distingue.

Bien qu'elle ne soit pas textuellement dans Platon, cette définition, selon nous, est tout à fait platonicienne et l'on a tort de la contester.

Le mot, sans doute, n'est pas de Platon; on le chercherait vainement dans ses écrits; mais il traduit parfaitement sa pensée. Si d'ailleurs le substantif n'y est pas, le verbe y est partout répété. Il l'est avec les épithètes qui à l'acte ajoutant la qualité ou propriété, attribut du sujet, le qualifient. La beauté brillait, ïkrt^T^v/^ parmi les autres essences [Phèdre^ 250, B), xaÀ/o; o£ TOT T,v lùtly lajjLTTpôv [ibid.). Le beau, c'est de ridée l'éclatante image, sauTr,? svapvè^ £'.oo)).ov (ibid., D). Le beau est le plus manifeste des êtres, sx-javia-TaTov {ibid.).

Tombée en ce monde (la beauté), nous l'avons reconnue par le plus lumineux de nos sens. La vue est, en effet, le plus subtil des organes du corps {Rép., VI).

On ne peut donc douter que cette définition attribuée à Platon ne soit en réalité la sienne. De plus, le beau a la propriété d'être souverainement aimable, EpaG-ijiuoTaTov [Phèdre), « L'amour [Banquet) suit toujours la beauté. «

Il y a cependant une remarque à faire. Le vrai, le beau, le bien sont identiques; mais si on les distingue, l'antériorité et la supériorité appartiennent au bien. Le bien, n'est-ce pas ridée suprême? N'est-il pas dit du bien qu'il est le père du beau? Celui-ci n'est que l'effet; le bien est la cause, le beau un de ses attributs. Mais la différence n'altère pas l'essence et l'identité subsiste [Rép., YI). C'est ce que le sophiste [Bippias^ supra) n'a pas compris, ce qu'il est à regretter que d'autres n'aient pas su mieux comprendre.

D'autres définitions du beau dans Platon s'ajoutent à la première, dont il est aisé de se rendre compte toujours selon le système.

Dès que l'idée descend de sa sphère idéale pour apparaître dans le monde sensible, elle y introduit Vordre^ Yharmonie [supra). Le beau alors s'y manifeste par ces caractères; il devient lui-même l'ordre, la mesure, la proportion, Pharmonie; sa définition alors est possible quoique le caractère scientifique puisse lui être refusé.

Le beau naît lorsque la mesure et la symétrie que renferme en soi l'idée se communiquant à la multiplicité, l'ordonnent et la régularisent. Le déterminé, to Tiioa;, entre dans l'indéterminé, To aTTEipov, lequel est aussi le déréglé, to atjisTpov; il le rend par là même harmonique, ToàpjxoTTov. [Polit,, IV, 144. Cf. Philêbe, 64, 65.)

Seulement, si tout cela est vrai du beau, cela se dit aussi du vrai, du bien, du juste, etc.

La définition est celle-ci : tjLSTpioTr,; xal orjuuisTpU xàXlo;; tt le beau est la mesure et la symétrie » [Philèbe, 6o). « Tout ce qui est bien est beau, et tout ce qui est beau n'est jamais sans mesure : tA^ ot, tô àvaOov xàXov, t6 Zz xà).ov ojx aasToov *. »

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