DU BEAU
A côté cle ces définitions, on en trouverait d'autres qui s'y ramènent également, conformes au système. Ainsi, toutes les choses que nous appelons belles se composent de deux termes opposés, mais qui s'accordent : oo-a xàAa-avTà, sont les idées de choses contraires, T^ph:; à).Ar|>.a TavavT'la [P/dlèbe^ 25). De cette opposition, ramenée à l'unité, naissent Tordre et la proportion. Leur fusion harmonique engendre le beau, auquel préside l'âme royale de Jupiter, amie de l'ordre. {Polit ., 306.)
La définition du laid, alo")(;po; o-jvs'.oiç, fait la contre-partie. Le laid y c'est le défaut de mesure ou de proportion, la difformité; a)v)/ al'a-/o«; aXXo tI TT).r|V Triç àijLTjTp'la;; TtavTayoO o-jvs'.oo; ov yévo^ (Sop/i., 357).
Ainsi, la mesure introduite en chaque chose {splendor ordinis) et dans le tout comme reflet ou manifestation de ridée, voilà le beau; sa présence, imitation ou participation est le beau ou rend les choses belles, etc. Celle-ci elle-même, la mesure, conçue dans son principe générateur, en est l'effet. Le bien est sa cause; il est le père ou la cause génératrice du beau, appelée ici, Tâme royale. — Tel est le principe, la base ou le centre de toute l'esthétique platonicienne.
D'autres définitions ont été données depuis par divers auteurs anciens ou modernes qui peuvent être considérées comme des variantes de celles qui précèdent.
Dire que le beau, c'est l'unité dans la variété, ou la variété dans l'unité (saint Augustin), n'est-ce pas user presque de synonymes? Aristote définit la symétrie : ce qui est un, ou ce qui met l'unité là où elle n'est pas : ot». to o-j |jL[i.£Tpov so-t'.v sv, xal 7] a-u[jL[jL£Tpla, ot'Ito [jLàXia-Ta £v tzoî.s'ï [Problèmes^ XVI). L'idée est la même. Pour lui, ce beau, qui apparaît partout dans la nature, dans la vie humaine, et aussi dans l'art, etc., est ce juste milieu, jjtsTpov, jjlstp'.ott,;, qu'il prend pour règle ou mesure dans la morale {Eth. Nie, II, VI), et dans sa Politique (IV, iv). Son esthétique n'a pas d'autre principe. Lui aussi, s'il essaie de distinguer le beau du bien, comme étant dans l'immobihté du nombre, ev àx'.vrjToi;, n'a pas d'autre manière de le définir : l'ordre dans la grandeur, Ta^i; £v ^asyiBc'.. {PoéL, VII.)
L'un et l'autre philosophe sont donc d'accord sur ce
principe. Platon, lui aussi, Fétend à tout : aux arts, et aux sciences, aux lois, aux paroles; il régit tous les arts -nàia;
La théorie de Platon ne fait, dira-t-on, que reproduire ce que l'esprit grec avant lui avait trouvé et mieux encore réalisé et rendu visible dans ses œuvres. — Sans doute; mais parler ainsi c'est confondre l'art et ses œuvres avec la science qui en fait la théorie. Elle seule en donne la formule. Celleci vient d'un système, et elle est pour l'esprit lui-même un progrès. Elle fait passer la notion concrète, inspirée, c'està-dire encore inconsciente, à l'état de connaissance abstraite, réfléchie, consciente d'elle-même et raisonnée. Par là est révélée à l'art lui-même la conscience de ses œuvres, que sans cela il n'aurait jamais eue. Ce que l'art agissant plus ou moins spontanément avait conçu, créé, exécuté d'inspiration, la raison spéculative le conçoit rationnellement et l'explique de même. Elle dégage l'idée plus ou moins liée à la forme sensible dans l'œuvre d'imagination dont elle ne peut se séparer. Ainsi en est-il ici de l'art grec, et du philosophe grec qui, mis en face de ses œuvres et cherchant à les expliquer, en donne la formule. Adéquate ou non elle est et restera pour cet art et pour tout art un critérium de ses œuvres; et cela pour la postérité entière qui n'en a pas encore trouvé de meilleure.
Ceci est la tâche de la philosophie et du philosophe. Platon le premier l'a remplie. De plus, le principe trouvé, il y a rattaché les faits qui en dérivent. Ce qui lui manque, on le verra plus loin. Mais ainsi se fait la théorie. Là est l'originalité, la nouveauté et le progrès qui ne sauraient être niés et avec Platon ici se réalisent.
Platon ne se borne pas à définir le beau, il en décrit aussi les effets. Le côté subjectif répond chez lui, comme on dit, à l'objectif. C'est la partie psychologique. Son analyse porte : 1° sur les faits sensibles qu'engendre dans l'âme la perception du beau; 2^ sur le fait principal qui les domine et en est le principe : Vamoitr déjà décrit; S*" l'acte intellectuel par
{. Voy. notre livre VEsthétiquc irArislotc el de ses successeurs, p. 11 et suiv.