LES FORMES DU BEAU
lequel le beau est saisi ou perçu n'est pas oublié et est aussi clairement indiqué.
Quelques mots suffiront à déterminer ces effets.
1" En présence de la beauté, cela a été dit déjà à propos de Tamour (p. 192), Tàme ne reste pas passive ni indifférente. Elle est émue, elle frémit ou tressaille {Phèdre). Elle éprouve un plaisir, une jouissance d'une nature particulière, plus ou moins pure (Philèbe). Une sorte de délire, [Jiorvla, ou d'enthousiasme s'empare d'elle et la transporte [Phèdre)^ qui n'est ni le délire ordinaire de la folie, ni celui des initiés, etc.
2" Un désir particulier y succède, désir d'union ou de possession, qui est l'amour (spco;) et qui a été plus haut étudié et expliqué {supra),
3^ Quant au fait intellectuel, il suffît aussi de le rappeler. Ce n'est pas par un acte de raisonnement mais d'intuition que le beau comme le bien se perçoit. Les termes ici sont significatifs pour l'exprimer, o')ji^/ -zi xal Géav {Phèdre^ 250). Le beau se voit, se contemple. Il se voit non par l'œil du corps qui, même pour la beauté sensible, ne sert que d'intermédiaire. Les sens ne saisissent toujours dans les objets visibles où la beauté nous apparaît, que le côté extérieur, non l'idée ellemême. L'ordre ou la symétrie eux-mêmes ne sont toujours qu'un reflet de la beauté réelle, invisible ou intelhgible. Il suffît de renvover ici à la théorie de la connaissance, à celle de la réminiscence et de l'amour {supra).
Des formes du beau ou de ses espèces, — Nous n'aurions encore ici qu'à rappeler ce qui a été dit à propos de l'amour (p. 205). Dans Platon il ne faut pas s'attendre à les voir longuement décrites et en détail. Selon l'esprit de sa doctrine, il se borne à les indiquer. Il les reconnaît néanmoins et il énumère les principales.
Le rang et l'importance qu'il assigne à chacune de ces formes n'a rien d'exact et de scientifique. Le rapport avec le principe est ce qui le préoccupe. Et en effet, quelles que soient la variété et la multiphcité de ces formes, le beau qui y apparaît n'est toujours le beau que par sa participation à l'idée absolue qui est le beau en soi, le -zh xàXov a-jTo xa-:' a-jTÔ {Phèdre). Les
beautés d'ici-bas ne sont que des beautés imparfaites, reflet plus ou moins éloigné de la beauté véritable ou invisible. Elles en sont les copies ou des images de cette beauté parfaite [Banr/uet).
La présence seule de cette idée peut rendre les objets beaux. Platon insiste sur ce point et y revient sans cesse.
h'échelle du beau ou la gradation ascensionnelle de ces formes, a été également marquée avec précision plus baut, à propos de l'amour (p. 201-206), dans le Banquet^ par la manière dont l'esprit s'élève des degrés inférieurs à la beauté absolue. 1° Au premier degré, a-t-on dit, est la beauté physique ou corporelle d'abord individuelle, puis générale, la généralité étant le signe de Tidéalité ; 2° au degré supérieur se place la beauté de l'âme ou spirituelle, beauté plus vraie et plus précieuse que celle des corps ; 3° au troisième degré est la beauté morale proprement dite, celle des actions et des lois; 4° à un degré encore plus élevé, est la beauté des sciences. C'est la beauté intellectuelle non des sciences particulières, mais de celle qui les comprend toutes, la philosophie, inséparable de la sagesse ou de la vertu la plus haute. Arrivé à ce terme il n'y a plus pour l'esprit qu'à s'élever dans la région de l'intelligible, celle où habite la beauté absolue que seule la raison peut contempler.
« Lancé dans l'océan de la beauté, l'esprit affermi et agrandi par cette sublime contemplation n'aperçoit plus qu'une science, celle du beau. « (Sitpra^ 202.)
On reconnaît ici la méthode platonicienne, cette méthode, « le droit chemin de l'amour », comme Platon la nomme, et qui est de commencer par les beautés d'ici-bas pour s'élever jusqu'à la beauté suprême en passant par tous les degrés de l'échelle du beau, « d'un seul beau corps à deux, de deux à tous les autres, des beaux corps aux belles occupations, des belles occupations aux belles sciences, jusqu'à ce que de sciences en sciences on parvienne à la science par excellence, qui n'est autre que celle du beau lui-même, et qu'on finisse par le connaître tel qu'il est. » [Banquet^ sup.^ 205.)
Avant d'aller plus loin, nous ferons quelques remarques