DU BEAU, APPRÉCIATION
sur ce qui est ici la base de toute l'esthétique platonicienne.
Cette base c'est la définition du beau. Le beau y est donné comme simple attribut du bien, ou du vrai, mais avant tout du bien, l'idée suprême. Le bien est le premier terme de la définition. L'éclat, la splendeur est le second terme. Ou'est-il et que vaut-il? Aux yeux de Platon il est simplement accessoire, nullement essentiel. Le beau c'est le bien, ou il rentre dans le bien; comme le bien lui-même est le vrai, comme il est le saint, le juste, etc. Les trois idées du beau^ du bien, du z;ra2 sont identiques. Cette trinité métaphysique, depuis Platon, s'est maintenue dans toutes les écoles idéalistes anciennes et modernes.
On ne peut, sans doute, en nier la vérité. Le vrai, le bien, le beau au fond sont identiques. Elles le sont substantiellement dans le principe dont elles émanent. Toutefois, la science n'a pu s'y arrêter; car, si l'unité est réelle, la différence subsiste; et elle aussi est essentielle. L'effort de la science moderne a été de l'établir et de démontrer en quoi les trois idées diffèrent, tout en conservant leur commune origine et leur identité.
Le résultat qu'il suffit d'énoncer, c'est que la caractéristique du beau précisément réside dans le second terme que subordonne trop ou qu'efflice l'idéalisme platonicien. Ce second terme, essentiel au beau, idée complexe, c'est ce qui, de différents noms, s'est appelé depuis : la forme, l'apparence visible ou la manifestation sensible, ou encore Tactivité déterminée, le développement, le déploiement harmonieux de la force, etc. Le beau consiste dans Vaccord^ la fusion harmonieuse de Vidée et de la forme ^ de la forme à travers laquelle reluit ou resplendit l'idée. Cet élément concret de l'apparence, visible à l'œil de l'esprit ou du corps est ce que Platon a négligé et avec lui depuis toute l'école idéaliste qui relève de lui. C'est le grand reproche qui lui est adressé et il n'est que trop fondé *. Or, ce point est capital. Toute la théorie platonicienne de l'art en dérive. Elle en est comme le corollaire. On en verra aussi plus loin les conséquences.