L ART ET LES ARTS
n'est pas un art spécial. C'est l'idée vraie de tout art. Le savant, le législateur, l'homme d'État, le magistrat, l'éducateur comme le poète, le sculpteur et le peintre, le musicien, sont à ce titre tous de vrais artistes.
Le philosophe surtout. Car la philosophie est le premier des arts, [AsyLo-TT) ji-o-jo-lxTi (Phédo?i)»
L*objet est toujours de faire passer dans les mœurs, dans les lois, dans la société, comme dans l'individu, l'idée que la raison conçoit et dont le type est la raison divine, d'y réaliser ce modèle éternel. L'autre art, l'art humain encore, sinon tout à fait méprisable, mais non sérieux, le plus souvent frivole, est un simple jeu, nalot.a, un divertissement, un amusement, ou un ornement. Son modèle est la réalité sensible qu'il cherche à imiter plus ou moins habilement. Son principe est Timitation, [jLtjjLria-'.;, qui a pour effet l'illusion. Il forme une catégorie à part, celle des arts imitatifs.
A cet art appartient la poésie, du moins (car il faut s'entendre) la poésie imitative, celle en particulier qui, art imitateur par excellence, représente les actions et les passions humaines, la poésie épique et dramatique, dont Platon s'occupe presque exclusivement.
Avant d'examiner ce qu'il en dit, nous toucherons en passant à une question qui, pour nous, n'en est pas une, mais qui, souvent controversée, a besoin d'être élucidée.
Platon admet-il, oui ou non, Vimitation, en tout et partout, comme principe de l'art et de la poésie? Oui, disent les uns, et ils citent le dixième livre de la République. — Non, disent les autres, et ceux-ci s'appuient sur ce passage bien connu des Lois (II, 86) où Platon semble admettre et proclamer au contraire l'idéal dans l'art. Il a dit, en effet, à propos de la peinture, que le juge éclairé de ses œuvres doit connaître trois choses : 1" l'objet imité; 2° si l'imitation est exacte; 3° si elle est belle. — D'abord c'est mal traduire : il y a op9w;, qui désigne la convenance. Or qui ne voit qu'ici la justesse, si l'on veut la beauté, pour Platon, la vraie beauté, c'est la bonté morale. Le beau étant identique au bien y a aussi sa mesure. C'est pour cela qu'ayant à se prononcer sur l'art, en fait d'éducation, le législateur, qui Tadmet, est pour lui si
sévère dans les Lois comme dans la République. Ce qui fait rentrer le passage dans la théorie générale.
Platon n'est donc nullement en contradiction avec luimùme. Sa théorie reste celle de Timilation. Mais ce que Tart doit imiter c'est l'idéal moral.
En fait, Platon admet que Part humain, l'art des poètes (Sophocle, Euripide), comme on l'entend vulgairement, est essentiellement imitatif. Il se trompe; mais c'est sa théorie. Et c'est ce qui le rend si exclusif ou si sévère. C'est sur ce terrain qu'il se place pour combattre la poésie en particulier comme art imitatif par excellence. En principe, sans doute, il voudrait que Part représentât l'idéal; mais pour lui, cet idéal, je le répète, est un idéal abstrait, ou c'est l'idéal moral, lequel, engendre un idéal également abstrait, privé de mouvement et de vie, immobile. Il est soumis aux règles les plus sévères que le législateur, c'est-à-dire le moraliste, lui impose. Toute l'argumentation contre les poètes {Rép. X), n'a pas d'autre sens.
Avant d'y arriver, il convient d'examiner quelle idée Platon se fait de la poésie elle-même comme art particulier parmi les autres arts.
III. De la poésie. — Platon, a-t-on dit, n'attache qu'une importance secondaire à la division des arts. Celle qui s'introduit dans le genre particulier des arts imitatifs ne semble pas en avoir une plus grande à ses yeux. Il les place à côté les uns des autres, sans essayer de les classer, ni indiquer les rapports de coordination qui en forment la hiérarchie. Les arts du dessin, la peinture et la sculpture, sont cités à propos de la poésie et de la musique, selon qu'il est besoin d'exemples à l'appui de ses jugements. Tous sont soumis à la règle sévère que leur impose le moraliste.
Il est pourtant des arts qui sont pour lui les principaux. Ce sont ceux qui, plus voisins de l'esprit, exercent sur Pâme le plus d'influence, la Musique et la Poésie. Ils ont la plus grande place dans l'Éducation.
La poésie surtout dont le moyen d'imitation est la parole exerce l'action la plus puissante sur les mœurs. La musique