LA POÉSIE
vient ensuite. Les arts figuratifs, la peinture, la sculpture, sont également mentionnés. Il est très peu question de l'architecture. Mais la danse, l'art chorégraphique, mêlé à la gymnastique, et qui joue un rôle si important dans les sociétés antiques, associé à toutes les cérémonies du culte, à Tart dramatique et même à la poésie lyrique, etc., devait appeler l'attention du législateur et du moraliste. (Voy. Lois^ II.)
Tous ces arts et aussi les sciences, par le côté pratique, sont compris sous la dénomination commune de musique, aoja-txy;, comme arts de l'esprit, soumis aux lois de l'harmonie et du nombre, inspirés par Apollon et les Muses. Ils sont opposés aux arts servîtes. Ce sont les arts libéraux.
Ne pouvant suivre ici Platon dans ce qui est relatif, dans ses écrits, à chacun de ces arts, nous nous attacherons seulement à la poésie et au jugement célèbre porté au dixième livre de la République, adouci dans les Lois, II, YII.
Voyons d'abord ce qui est dit, comme art particulier, de la poésie.
Tout art, en un sens, selon la définition générale {supra), est poésie. Mais dans le genre, Platon distingue l'espèce, qui est la poésie proprement dite et qui lui mérite ce nom particulier. Ce n'est pas, on Ta dit p. 77, que Platon la méprise. Lui si grand poète en parle souvent avec éloge. Loin de là, il en vante poétiquement les charmes et en célèbre la puissance : (c Ce n'est pas que je méprise les poètes, leur race entière, etc. Les poètes, race chérie du ciel, pleine d'enthousiasme, font quelquefois servir le langage des Grâces à célébrer des événements qui n'ont rien que de vrai, xafiaX7,Q£',av. » {Lois.)
Ce qui fait à ses yeux son défaut, c'est que, d'après son système, l'imitation en est, comme de tout art, le principe : Zr^ov à-zi To jj.'.jjLTjTixov sGvo;, et que ce qu'elle imite est le réel. A l'imitation elle mêle aussi la fiction. Ce qui la rend doublement dangereuse, c'est qu'elle est indifférente à Terreur comme à la vérité, qu'elle ne donne que des apparences
(|i.»,UL7,lJLaTà).
Gomme art d'imitation elle est assimilée à la peinture. Ce qui la distingue c'est le moyen qu'elle emploie, son instrument, la parole ou le discours, soumis aux lois du rythme et
de l'harmonie. « De môme que le peintre, le poète par une couche de mots et d'expressions figurées rend en quelque sorte la couleur des différents arts. » Elle est ainsi l'art universel, sans y entendre rien comme art imitateur. De sorte que la poésie semble contenir en elle tout ce que les autres arts expriment ou imitent, ou représentent. Cet art imite même les arts les plus éloignés : l'art militaire, les arts les plus humbles, Fart du tanneur, du cordonnier {Rép.^ X).
« De sorte que pour ceux qui ne regardent qu'aux mots avec la mesure et l'harmonie de son langage, le poète semblera avoir parlé pertinemment, soit qu'il s'agisse de cordonnerie, de la conduite des armées ou de tout ce qu'on voudra. » (Rép.)
«■ Il ne produit pas moins son effet, tant il y a naturellement de prestige dans ses discours. » {Rép., X.)
Pour résumer l'idée totale que Platon se fait de la poésie : 1° elle est un art d'imitation; 2^ elle imite par les paroles; S"" son langage est figuré; 4" soumis à la mesure et à l'harmonie; 5" elle embrasse la vertu des autres arts; 6° elle imite le vrai comme le faux, Papparence. Elle crée l'illusion ou le prestige.
Elle emprunte beaucoup à la musique. Le hen des arts n'est pas moins fortement marqué. « Au reste, tu sais, je pense, quelle figure font les vers dépouillés du coloris musical, réduits à eux-mêmes. N'en est-il pas comme de ces visages qui n'ont d'autre beauté qu'une certaine fleur de jeunesse? Lorsque cette fleur est passée, etc. » Platon reconnaît aussi dans le poète un être inspiré. Il parle lui-même de l'inspiration en poète [Phédon, Io?i). Mais le reproche principal qu'il fait à la poésie c'est de tout imiter, d'être un simple écho, de dire le pour et le contre et de se contredire.
« Quand le poète est assis sur le trépied des Muses, il n'est plus maître de lui-même. Semblable à une fontaine, il laisse couler tout ce qui se présente. Son art n'étant qu'une imitation, lorsqu'il peint les hommes dans des situations opposées, est souvent obligé de dire le contraire de ce qu'il a dit, sans savoir de quel côté est la vérité, svavTuo; svavTia li-^e^y. » (Lois y IV.)
Ce reproche comprend en principe tout ce qui est dit contre