LE DITHYRAMBE ET LA POÉSIE LYRIQUE
tragédie et comédie de la vie humaine, ajoute Platon, le plaisir est mêlé à la douleur ainsi que dans les autres plaisirs. » {Ibid.) Du reste, le fond de la vie est sérieux. Aussi Platon est au moins aussi sévère pour la comédie que pour la tragédie. Le rire est toujours pour lui une passion, qu'il ne faut pas trop exciter, mais plutôt réprimer. « Le rire est la marque d'une grande altération dans l'âme. » [Rép.^ II, 22.) On ne mêlera jamais dans sa conduite le sérieux avec le ridicule. [Lois, VII.) On ne doit connaître la bouffonnerie que pour ne pas y tomber. Dans les Lois (liv. XI, 354), Platon, il est vrai, est moins exclusif. Il n'exclut pas la plaisanterie. Il tolère même la comédie; mais le comique doit être modéré, de bon goût, la plaisanterie fine, douce, enjouée. Aristophane, qui l'a exagérée, n'est pas mieux traité qu'Euripide, Eschyle, etc. Pour lui, l'ironie socratique est le modèle; elle est reproduite admirablement dans ses dialogues. Celle-ci, loin d'être bannie, fait partie de la sagesse même, car elle en a la sérénité. « Les dieux euxmêmes, dit Platon, aiment la plaisanterie. )> [Cratyle, 189.) — En résumé, Platon qui soulève la question et ne la traite qu'en passant ne s'y arrête pas, mais on voit ce qu'il en pense en conformité avec toute sa doctrine et avec son caractère. (Voy. supra, p. 15.)
3° Les autres genres, lyrique, etc. — Même dans sa République, Platon, on l'a dit, est loin d'exclure la poésie tout entière. Il admet et conserve la poésie lyrique, le dithyrambe et un autre genre de poésie qu'on peut appeler morale ou gnomique, consacrée à faire l'éloge des belles actions des grands hommes; les hymnes en l'honneur des dieux, etc. \
La poésie lyrique est surtout le chant ; elle s'aUie à la musique et ne peut guère s'en séparer. Les chants comme les mélodies sont soumis à la même règle.
En quoi est-elle imitative? sans doute en ce qu'elle exprime ou imite les situations, les sentiments de l'âme, comme la musique elle-même les exprime ou les imite. Il y aura ici
1. « Souvenez-vous qu'il ce faut admettre dans notre République que les hymnes en l'honneur des dieux et les éloges des grands hommes. » (fle/?., X.)
encore une muse sérieuse, simple, etc., et une muse voluptueuse, amoureuse de la variété, qui exprime les sentiments et les passions, l'amour sensuel, la muse de Sapho, etc.
Nous laissons de côté les arts du dessin, dont Platon dit peu de chose et seulement comme exemples. Mais ce qui concerne la musique et la danse ne peut être omis sans laisser une lacune importante.
l** ^Mvlumusique surtout proprement dite, sur son influence morale, la place qu'elle doit occuper dans le système d'éducation, il y aurait beaucoup à dire. Gomme tous les auteurs de l'antiquité, c'est le point de vue moral qui serait à examiner.
Pour Platon, la musique est surtout le chant doué au plus haut degré de la vertu expressive. « On a donné, je ne sais pour quelle raison, le nom de musique à l'art qui, réglant la voix, passe jusqu'à l'âme et lui inspire le goût de la vertu. » [Lois, II, 1102.)
Il ne néghge pas toutefois la musique instrumentale, qu'il s'attache aussi à régler et soumet à des conditions sévères {ibicL). En cela du reste il ne fait qu'imiter tous les législateurs anciens. Il était défendu à Sparte d'ajouter une corde à sa lyre.
Chez lui comme chez Aristote, la musique est qualifiée d'art d'imitation. Ce qu'elle imite ce sont les mouvements de Pâme, les passions qu'elle excite, qu'elle exalte et suit dans les situations diverses, qu'elle harmonise ou calme, etc. Il la veut simple et il exclut tous les modes variés et compliqués qui répondent aux mouvements variés de la sensibilité. Gela est en parfait accord avec ce qui est de la poésie. Il n'y a ici encore qu'à comparer avec Aristote \
On ne peut omettre ici la danse, qui s'allie avec la musique et qui, chez les anciens, avait un rôle qu'elle a perdu en partie chez les modernes ^
Platon, qui jamais ne sépare le côté esthétique du côté moral, qui en tout ce qui concerne le corps, sa beauté, etc., a toujours en vue ce qui est relatif à l'àme, devait confornié-