‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 165 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

I, La Rhétorique avant Platon, sa place dans ses écrits. Deux côtés de sa doctrine : l'une négative, l'autre positive. Erreur à ce sujet. — II. Exposé de la doctrine positive du Gorgias. Maximes fondamentales : 1° le but de l'art oratoire doit être le triomphe de la vérité et de la justice; 2° l'orateur doit être juste pour persuader le juste; 3" il doit posséder la science du juste, en avoir la connaissance raisonnée. — III. Conditions plus spéciales de l'art oratoire {Phèdre). 1° Le savoir nécessaire à l'orateur. Rapport avec la philosophie en général, avec la dialectiquejfou la logique, la psychologie et la science des mœurs, etc. 2» Rapport avec l'art proprement dit. — IV. Appréciation. — Rôle de la doctrine platonicienne sur l'Éloquence, dans l'histoire.

I. — On sait quel fut le rôle de Téloquence clans les républiques anciennes, en particulier à Athènes, au temps de Périclès, etc. ; ce qu'elle devint quand apparurent les sophistes, le caractère qui, chez eux, la distingue, la place qu'occupe dans leur enseignement l'art oratoire, dont ils [furent les inventeurs; les règles et les préceptes qu'ils donnèrent de cet art, à la fois sophistes et rhéteurs, etc. {P/iil., anc. 193 et suiv.)

Jointe à la dialectique, la rhétorique était pour eux l'art par excellence, « qui contient la vertu des autres arts » {Gorgias, 92). Cet art, ils lavaient enseigné avec le plus grand succès. La jeunesse athénienne, éprise d'abord de leur sagesse apparente, cpat.vofji.iv7i o-ocpia (Arist., Met., IV, ii), avait été non moins séduite par les charmes extérieurs de leurs discours {Rép., X) \

1. Le rhéteur est capable de parler sur tout, t-nl 7:avxb; /iysiv {Gorg., 457).

A cette éloquence, parée de faux ornements, fardée et pompeuse, Socrate avait opposé la sienne, simple et familière, vulgaire même en apparence, mais relevée par la vérité morale qui en était l'âme et par l'irrésistible ascendant de sa dialectique, elle-même, toute pénétrée de sa fine et spirituelle ironie.

Platon le continue. Il n'y a pas à revenir sur tout ce qui a été dit à ce sujet dans ce qui précède. Cet art mensonger des rhéteurs, il le démasque, en dévoile les artifices et les ruses, et le livre au ridicule. Quant à l'art oratoire en lui-même, on aurait tort de croire qu'il n'en reconnaît ni apprécie l'importance. Un de ses plus grands dialogues, le Gorgias^ a pour titre de la Rhétorique. Platon y prend à partie le plus illustre de ses représentants, le rhéteur Gorgias, et son principal disciple, Polus. Dans le Phèdre, c'est l'orateur Lysias, également leur admirateur ou disciple, qu'il attaque, mêlant comme toujours à la discussion, dans l'un et l'autre dialogue, les plus hauts problèmes de la morale, de la politique et de l'esthétique, qu'il ne croit pas pouvoir séparer.

Mais de toute cette polémique ce n'est que le côté négatif, qui échappe ici à l'analyse. Moins aisé à reconnaître est le côté positif qui, comme toujours, quoique mêlé au premier, doit se reconnaître, pouvoir s'en dégager et être formulé. Il est étonnant qu'il ait été méconnu des plus anciens théoriciens de cet art, de Gicéron, en particulier, qui ne voit dans le Gorgias qu'un exercice dialectique, dont l'auteur se plaît à embarrasser le sophiste par ses arguments et à tourner en ridicule les orateurs (m irridendis oratoribas) , sans professer lui-même son opinion sur la nature et le but de Téloquence et de l'art oratoire \

Sur ce point comme sur bien d'autres de sa doctrine philosophique, Platon a été, je ne dis pas tout à fait éclipsé, mais masqué par l'œuvre plus complète et plus régulière, conçue

1. «Maxime mirabar Platonem.... in irridendis oraloribiis neqiie assen-

licbar IMaloni ciijiis.... •• (/V Orcif., I, l'.>.)

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