III. KaPPORTS avec les autres FORMES DE LA PENSEE
HUMALXE. — Si la philosophie est le point culminant de la pensée, le plus haut degré de perfection auquel l'homme puisse arriver en faisant usage de sa raison, toutes les autres formes de Tintelligence et de l'activité humaines lui sont inférieures et subordonnées. Elle est d'abord la première des sciences, comme il a été dit : la science souveraine. Elle est aussi le premier des arts, l'art royal, wç cpO^oo-ocpiotç jjisv oja-rjc; lAsylo-TTiç |j.0'Ja-',X7Jç [Phédon, 61, A).
1" Ses rapports avec les autres sciences sont aisés à établir. Toutes ont en elles leurs principes. Elle seule peut dévoiler l'essence immuable des objets particuliers que chacune d'elles étudie, la connaissance la plus vraie étant celle de l'être.
2° Elle les embrasse toutes dans leur ensemble et leur généralité, a-uvo7rTt.xtoç. Le philosophe ou le dialecticien sait marquer le lien qui les unit et les différences qui les séparent.
S"* Il fixe à chacune sa place et son rang dans l'ensemble : car c'est l'office du dialecticien de les comparer, de recueillir et d'utiliser les résultats que chacune a obtenus. (Voy. Philèbe.) Platon compare les autres sciences aux chasseurs qui savent saisir la proie, mais non en tirer parti. La dialectique enseigne à faire cet usage. (Eiithydème^ 290.)
Le rang qui doit être assigné à chaque ordre de sciences se détermine de la manière suivante [Philèbe^ 48, 518) :
1° En première ligne doivent se placer les Mathématiques^ mais les Mathématiques pures. On sait le lien qui unit le platonisme au pythagorisme. Seulement la science des 7iombres n'est plus, comme pour les pythagoriciens, la philosophie même, mais elle est la plus voisine de la science des idées. Les liens les plus étroits de parenté subsistent. On le verra d'abord pour les nombres idéaux dont le rôle n'est pas tout à fait celui des idées (infra). Il s'agit de la science des nombres elle-même, pour laquelle Platon, grand mathématicien, professe l'estime la plus haute, dont il signale l'importance et l'utilité (/?6?/?., YII). Elle sert à tous les usages de la vie; mais ce qui la recommande surtout à ses yeux, ce qui fait sa
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dignité et sa supériorité, c'est moins son utilité que sa vertu pédagogique, comme moyen de culture de Tesprit et de ses facultés. Par là elle est un acheminement, une préparation à la philosophie (ibid.). Seulement elle doit être cultivée dans un esprit libéral et désintéressé. Cette science : l'arithmétique, la géométrie [Lois^ Yll, XII), indispensable à tout art et à toute science, elle aiguise l'esprit; elle élève l'âme parla considération des vérités abstraites à la contemplation de ce qui est, ne passe pas et ne change jamais. Elle l'accoutume à se détacher des choses sensibles, à se familiariser avec les idées et les vérités nécessaires {Rép., VII; Epinomis). C'est l'éveil donné à Tentendement, en attendant qu'il soit capable de porter ses regards sur des objets plus élevés. Elle facilite le passage de la génération à la vérité et à l'essence {ibid.). VAstronomie^ non une astronomie vulgaire, celle qui apprend à regarder en bas quand on croit regarder en haut, mais l'astronomie mathématique vient ensuite, qui calcule les révolutions des astres (ibid.). A l'astronomie se joint la Musique, elle aussi la musique mathématique, non celle qui ne flatte que les oreilles, mais qui étudie les rapports des sons harmoniques. [Ibid.)
Toutes ces sciences sont comme les avenues ou les préambules (TtpooipLia»,) de la vraie science, de la philosophie.
2° Les sciences physiques occupent un rang inférieur. Platon les regarde à peine comme des sciences. Objet de conjecture et de vraisemblance {Timée)^ elles sont plutôt un amusement, mais un amusement noble et un délassement pour l'esprit qui a besoin de se satisfaire même en essayant de se procurer un moindre savoir sur des choses qu'il ne lui est pas donné de connaître avec certitude. [Ibid.)
3° Les sciences morales (la Morale et la Politique, etc.). — Quoiqu'il n'en soit point parlé d'une façon distincte, on peut dire que Platon les place à un rang beaucoup plus élevé que la physique. Tout ce qui a trait à l'homme moral, aux actes et aux rapports de la vie humaine privée et sociale, pour Platon comme pour Socrate, est la préoccupation principale du philoso{)he. Seulement une pareille étude n'a de caractère scientiPKjue qu'autant qu'elle est en rapport direct avec la