LA DIALECTIQUE PLATONICIENNE; SON IDÉE
Sa nature ou son idée. — La dialectique, aux yeux de Platon, n'est donc pas, ce qu'elle est au sens ordinaire, simplement l'art de discuter ou de raisonner, dont l'emploi principal est dans la dispute. Encore moins est-elle, comme Aristote la définit {Top. y 1), une espèce inférieure de raisonnement conduisant au probable ou au vraisemblable. On s'en ferait également une idée fausse, si elle était considérée, ainsi que la logique Ta été depuis, comme l'organe ou l'instrument de la science. Elle est la science elle-même, non pas seulement sa forme, mais son procédé générateur et constitutif. C'est ainsi que l'ont conçue tous les vrais platoniciens. « Il ne faut pas, dit Plotin (III^ Ennéadê)^ considérer la dialectique comme un opvavov pour le philosophe. Elle porte non pas sur de purs théorèaies, sur des pensées vides, (j^tXa; £vvo!.à;, mais sur les choses mêmes; sa matière, ce sont les êtres. Elle se fraye un chemin jusqu'à eux, unissant à la fois la pensée et l'être. » Elle se confond avec ce qui a été appelé depuis la métaphysique.
C'est bien ainsi, sans doute, que Socrate l'avait lui-même conçue et appliquée {Phil. anc.^ 132-138). Ce que cherche Socrate, par les « discours inductifs » (136), c'est d'atteindre à Vuniversel^ xaOoXo-j. La conception rationnelle est le but de tous les procédés qu'il emploie. Mais elle a un caractère nouveau, chez le disciple, qu'elle n'avait pas chez le maître. Le but que poursuit Platon, outre qu'il est placé au delà du réel, dans une région supérieure, celle de l'absolu, non seulement rend la notion de subjective objective [supra], elle lui confère un caractère de transcendance qu'elle n'avait pas, et qui essentiellement la distingue. La méthode prend ainsi une forme nouvelle en rapport avec le système.
Cet objet, placé dans une région idéale où ni les sens ni le raisonnement ne sauraient atteindre, exige un procédé nouveau, un acte de l'esprit lui-même supérieur. En outre, les autres procédés doivent être sinon renouvelés, mieux définis et raisonnes. La méthode sera plus systématique et plus régulière. Chaque procédé y a sa place et sa fonction propre, son rôle marqué dans l'ensemble, qui forme un tout organisé. C'est ainsi que nous avons à la considérer.
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Déjà, par la manière dont Platon la qualifie, on voit Timportanco qu'il lui attribue, combien aussi sa dialectique diffère de celle de ses prédécesseurs, y compris Socrate et les autres disciples. Celte méthode, Zenon Ta inventée [P/iil. anc.^ 50). Les sophistes l'ont avec habileté maniée. Socrate lui donne une direction nouvelle, à la fois rénovatrice et féconde. Ses disciples les plus libres (les Mégariques, 194- 195, les Cyniques), qui en théorie la dédaignent, aussi s'en servent (210, 195), au moins comme d'instrument. Pour tous, elle est un art qu'ils cultivent plus ou moins avec ardeur, dont ils reconnaissent les avantages et la nécessité. C'est la forme d'exposition habitueljje de leur pensée, le moyen de chercher la vérité, de la discerner de Terreur et de la faire triompher; mais elle ne dépasse i)as cette mesure. Avec Aristote elle redescendra à un degré encore inférieur, celui de la vraisemblance ou du probable. [Topiques^ I, i.)
Dans Platon, on l'a dit, elle a une tout autre portée. Elle est le chemin, ooô^, par lequel l'esprit de l'homme, plongé dans les ténèbres de l'ignorance, ou éclairé du, demi-jour de l'opinion, s'élève par degrés à la lumière et prend possession de la vérité. C'est l'élévation aux choses d'en haut, àvàêaT».; {liép.^ Yll). Elle est le vrai guide, le seul qui soit sur dans ce voyage que l'àme entreprend vers la région des idées, voyage long et difficile, semé de pièges et d'erreurs. Elle seule est la manière exacte et vraie de philosopher. Son nom est celui de la science dialectique^ o'.a).£XTixYi; sirt.a-Tritjir.s [Soph.y 253, C). La marche dialectique, -opsla 3!.a).£XTixri {Rép., Il, vi), est qualifiée la chose la plus belle, oùôèv xaAX^ov ooô;, le présent le plus noble du ciel fait par quelque Prométhée [ibhL). C'est toujours de ce ton enthousiaste que s'exprime Platon, quand il en parle.
IL — Suivant la définition qu'il en donne, elle est l'art de discourir par demandes et par réponses, sptoTav xal àTcoxp'lvcTOa-. (Crut., 390, C). Elle exige de l'exercice et de l'habileté [)our le faire comme il convient, ôpOtô; o'.a)iv£a-Oa'. -sol t(7)v h loôiTf^rjt'. (Diog. L., Vil). iMais ce n'est que son côté extérieur. Dans sa vraie nature où elle est identi(iue à la science, c'est chez celui qui s'er; sert et en est capable, d'abord do pouvoir
LA dialectique; procédés négatifs 89
saisir l'unité d'un tout, crembrasser l'ensemble, pour ensuite le diviser dans ses parties, distinguer chacune d'elles, afin d'en pénétrer l'essence et d'en dégager Tidée [Rêp.^ Yll, 534, B). Celle-ci découverte, il doit la rattacher aux autres idées, afin de reconstituer l'unité totale : ct'jvotîtîov v.q, a-uv6'|',v xal
Le dialecticien a le regard synoptique ^ a-'jvoTTTuoç 6 S^a- IsxTixoç {Rép., VII, 537, G). Cette première vue est une synthèse h laquelle succède V analyse, qui elle-même aboutit à une autre synthèse {Soph., 266, etc.; Phèdre, etc.).
Telle est la méthode dans sa plus grande généralité, dont nous avons à décrire les procédés particuliers en distinguant autant que possible ce qui est socratique et ce qui est vraiment platonicien.
Comme chez Socrate [Phil. anc, 133), les uns sont plutôt négatifs et servent aux autres de préparation ou d'initiation. C'est la partie inférieure de cette méthode. Les autres sont positifs. Eux-mêmes se distinguent en procédés logiques; c'est la partie moyenne conduisant à d'autres d'ordre supérieur, entre lesquels le procédé final doit fixer surtout l'attention.
IIL Procédés négatifs (partie inférieure). — 1° On peut les ramener à trois : \ interrogation^ la réfutation et la réflexion^ bien qu'elle appartienne déjà à l'ordre supérieur.
L'interrogation. — Pour Platon, comme pour Socrate [Phil, anc, 120), l'art de questionner et d'interroger n'est pas une moindre partie de la méthode. « Le dialecticien sait interroger et répondre, spwTav xal àTcoxpivôcrOat., et il est beau de savoir le faire. » [Phèdre, 75; Rép., YII, 334, C.) Selon Aristote, la dialectique est interrogative, h ù\'£kty.'z\y.'i\ spcoTr.T'.xyi (Soph., El., XI). Cet art, on sait jusqu'à quel point il est porté dans Platon. Il n'y a rien à retrancher de ce qui a été dit par les auteurs de sa manière habile de poser les questions, de s'emparer de Tinterlocuteur, et de profiter de ses aveux, de se servir de ses réponses pour le conduire où l'on veut sans qu'il s'en aperçoive. Cette méthode pour celui qui l'emploie,
c'est le moyen d'examiner les diverses faces d'un sujet compliqué, de les élucider et d'apprécier la valeur des solutions possibles d'un problème, sans toujours se prononcer définitivement sur elles. Ce talent, le maître et le disciple le possèdent au même degré. Mais non seulement les conditions ne sont pas les mêmes pour celui qui parle et pour celui qui écrit, le but que chacun d'eux poursuit introduit dans la méthode des différences encore plus profondes, moins visibles dans les dialogues purement socratiques, déjà manifestes dans ceux qui le sont moins. Dans le dialogue platonicien, l'œil le moins exercé les reconnaît; la principale tient à l'objet même que l'un et l'autre ont eu en vue; moins métaphysique et plus pratique chez le maître, plus spéculatif et théorique chez le disciple. C'est ce qui en fait pour ce dernier un simple moyen, l'auxiliaire d'une autre méthode que celle-ci recouvre et qui est la véritable. Aussi, la traitet-il avec une liberté sans pareille. On voit bien qu'il ne s'agit pour lui que de trouver un auditeur complaisant qui s'y prête et consente à le suivre jusqu'au bout et à se laisser docilement conduire. Platon, qui le sait et le dit, passe outre non sans ironie. Il continue sa marche dialectique sans s'arrêter. En réalité il n'interroge plus, il se contente de oui et de non comme réponses.
La pensée suit son cours à travers le dédale des questions et des réponses qui se succèdent et se croisent sans interruption. L'auditeur muet n'est là que pour la forme. Le dialogue lui-même a changé de face; la logique en fait tous les frais, c'est l'entretien de l'esprit avec lui-même, le mouvement de la pensée qui s'analyse, qui considère les divers côtés d'un sujet, examine le pour et le contre, apprécie tous les côtés d'un problème difficile dont la solution le plus souvent échappe et est ajournée. Le but est d'amener l'esprit à la conclusion (voir Philèbe), qui est l'^'û^d'^ elle-même dans son unité et aussi dans sa diversité; de signaler les oppositions et d'indiquer l'accord qui les réunit, les harmonise ou les concilie. L'esprit placé en face de son objet ne le quitte plus; il le sonde et le retourne en tout sens afin de lui arracher son secret ; après avoir aussi longuement cheminé, il arrive
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par des négations et des oppositions successives à l'affirmation la plus haute qui est Vidée même où se rencontrent et se réconcilient les contraires. (Voir Parménide, Sophiste, Philèbe.)
La réfutation. — Déjà mêlée à l'interrogation, son rôle et sa nécessité sont marqués avec force dans plus d'un endroit par Platon. Sans perdre aucun de ses caractères qu'elle avait dans Socrate, elle en prend d'autres qu'elle emprunte, elle aussi, au système. Gomme pour Socrate, elle est avant tout une préparation à la science. Elle a pour effet de convaincre l'homme qui s'abuse sur lui-même de l'ignorance qui pèse sur lui, l'aveugle et Tégare, de le débarrasser de ses erreurs et des préjugés. Elle tire l'esprit de sa fausse sécurité, le trouble et le réveille. Son fruit est cette première science, condition de la vraie, l'ignorance qui se sait. Elle invite à la recherche. Mais dans Platon s'ajoutent d'autres caractères qui ne sont plus ceux de V ironie socratique. Les comparaisons dont il se sert dans un langage presque religieux et mystique déjà les expriment. Elle est appelée une délivrance de l'àme, Xùa-i;; elle est une purification, xàBapo-is, analogue à celle des initiés aux mystères. C'est aussi un moyen de lever l'obstacle placé entre l'esprit et la vérité, de déchirer le voile qui la lui dérobe, d'écarter les ombres, de forcer l'esprit à se tourner vers la vérité et la lumière. A ce côté métaphysique se joint le caractère moral. Cette méthode, qu'il nomme utile et bienfaisante, elle vient rompre les chaînes des captifs assis et attachés dans la caverne et qui tournent le dos à la lumière du jour [Rép., Yll). Comme Socrate, Platon place dans le doute et dans l'ignorance qui se sait la première condition du savoir réel et de la sagesse. L'ignorance qui s'ignore est la première cause, l'origine de toutes nos erreurs; mais de plus elle est une maladie dont il faut de toute nécessité se guérir. La réfutation a cette efflcacité. Elle fait descendre dans l'àme la honte; elle extirpe les opinions qui s'op|iosent à la science. Elle est la plus importante, la plus sûre de toutes les purifications. Celui qui ne l'a pas subie, fùt-il le grand Roi, doit passer pour un homme rempli de souillures, sans éducation, plein de laideur par rapport aux choses par lesquelles il
faudrait avoir le plus de pureté et de beauté pour être vraiment heureux.
Cette partie de la méthode dans Platon, si différente déjà de ce qu'elle était dans Socrate, outre qu'elle est empruntée à d'autres arts, tels que la médecine, et à son analogie avec le corps, a un caractère plus étendu et plus scientifique comme aussi plus moral. Le côté métaphysique s'y ajoute. Pour Platon, il ne s'agit pas seulement de purger l'esprit de ses erreurs et de ses préjugés, mais de s'élever par degrés audessus de l'opinion vraie, à ce qui est pour lui la science. L'esprit doit lui-même la traverser, franchir ce degré intermédiaire s'il veut parvenir au terme supérieur, celui de la science véritable, s'il veut jouir de la vue immédiate des idées {Rép., Yll). Socrate n'eût pas visé si haut. Sa maieutique s'arrête en deçà; elle n'a pas non plus cette prétention scientifique et systématique. [Phil. anc, 135.)
De ce procédé, du reste, Platon reconnaît lui-même les limites. Ce n'est pas encore la sagesse qui naît de cette méthode; car elle laisse encore l'âme vide, elle ne donne pas encore la vérité, mais elle est la condition pour l'obtenir. Platon appelle cette dialectique négative « une sophistique de noble race, yôvvarla o-ocp^a-TUTi {Sopli.^ 231, B). A elle doit se joindre une autre purification que Platon dialecticien, mais aussi moraliste, n'oublie jamais d'associer à la première. Celleci s'adresse à une autre partie de l'àme, le cœur, le O-jijlo; (CratyL, 403, E), tov xafiaoôv ^^oùy (405, B). L'œil de l'esprit n'est pas un œil sec, que les préjugés seuls aveuglent ; c'est un œil humecté par les passions. 11 faut que l'àme s'en délivre, qu'elle soit purifiée de ses vices, si elle veut contempler la vérité. Platon revient sur cette condition, si souvent et si bien exprimée par les auteurs chrétiens. L'amour du vrai, la pureté du cœur, sont inséparables de cette méthode qui, réduite à elle-même et à ses procédés logiques, reste impuissante. La vérité ne se montre qu'à celui dont l'àme est pure, xaOàpcô; xal oixaiàic; cpdocro'^oGvT!. [Sop/i., 253). Que manquBt-il au sophiste? une âme droite, qui est celle du vrai philosophe.
La rc/ïej'ion, — Ce procédé déjà supérieur joue un très
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grand rôle dans la méthode platonicienne. Il n'est autre que le retour de la pensée sur elle-même, qui a pour condition le détachement des choses sensihles. Ce mouvement de conversion ou à' évolution a pour effet de placer l'âme en face d'elle-même; son but est pour Thomme la connaissance de soi. C'est, au fond, on le sait, en quoi consiste toute la révolution socratique [Phil. anc.^ 135). Le yvwBt. o-ea-jTov en est la formule. L'esprit doit rentrer en soi, se replier sur luimême et s'interroger. Dans ce dialogue de l'âme avec ellemême, elle prend connaissance des plus hautes vérités que la conscience recèle. Celle-ci, la pensée, n'est-ce pas sa partie divine? Ainsi ce qu'elle cherchait en dehors dans les phénomènes du monde sensible et ses lois, lui est révélé du dedans. Ces principes de vérité éternelle, l'universel et le nécessaire, la raison les possède. Socrate de ce procédé fait un précepte; sa méthode d'accoucher les esprits n'a pas d'autre sens. {Phil. anc, 135.)
Sur ce point essentiel, Platon, qui continue son maître, est en plein accord avec lui. Mais pour lui c'est plus. Il ne reste pas dans l'indétermination du principe et du précepte qui l'exprime. Le mouvement de réflexion, ce retour de l'esprit sur lui-même, a une condition qui, sauf à dépasser le but, le précise, savoir : une véritable séparation, •)(;a)p(.a'ijLo; [Phédon., 67), ou scission, que produit cette conversion. Pour s'effectuer, elle oblige l'esprit à rompre avec les choses extérieures, à se détacher des sens. La différence est notable [ibid.^ 67). La direction suprasensible, peu marquée dans Socrate, est manifeste dans Platon. Socrate invite l'esprit à rentrer en luimême; mais nulle partit ne veut rompre toute communication avec le monde sensible. Son bon sens le retient en deçà d'un spiritualisme exagéré, qu'il n'aurait pas approuvé, dont nulle trace ne se retrouve dans les dialogues socratiques. C'est dans d'autres (le PIiédo7i^ le Phèdre^ le Banquet, la République., YI et YIl), là où Platon est lui-même, que sa pensée s'exprime en termes précis, ceux de sa langue, où la théorie des idées est exposée et constituée.
Réfléchir j pour Platon, ce n'est pas simplement méditer; il ne ditpas, comme Descartes, « je fermerai mes yeux, je bou-
cherai mes oreilles » {Médit., III). Mais Tàme doit, autant qu il est possible à Tétre actuel, se séparer du corps, ytôp'l^^siv 07.. jjLà).LTTa hzQ ToO o-wjjiaToç, mourir à la vie corporelle [Phédon, 67). Tous les passages du Phédon, du Phèdre^ de la République sont très explicites à cet égard. « Les vrais philosophes ne s'appliquent ici-bas qu'à mourir, à vivre, comme s'ils étaient morts. » Jamais Socrate n'eût été jusque-là. « Ce qui distingue le philosophe, c'est qu'il travaille plus particulièrement à détacher son âme de la société du corps » {ibid.). Le corps est un obstacle quand on l'associe aux recherches de la science. « La vue et l'ouïe manquent de méthode et les poètes ont raison de nous répéter que nous ne voyons rien exactement » [ibid., 129). Leurs sensations sont pleines d'inexactitude et de confusion. La philosophie, reconnaissant que la force du cachot vient des passions, etc., exhorte l'âme doucement à s'en délivrer; elle lui montre que le témoignage des sens est trompeur, l'engage à se séparer d'eux, lui conseille de se recueillir et de rentrer en elle-même. Tous les spiritualistes, outrés si l'on veut, sans doute ont plus ou moins tenu ce langage. Chez Platon, c'est le système qui parle ainsi; il n'y a ni à peu près ni hyperbole. Ce que voit l'âme au moyen des sens, c'est le sensible, le visible; ce quelle voit par elle-même, c'est l'intelligible, l'immatériel. {Ibid., passim.)
Il est difficile, quand on lit ces passages, d'absoudre Platon de mysticisme. Toutefois ce serait méconnaître du vrai disciple de Socrate la pensée, comme de l'esprit grec le caractère, que d'omettre le côté scientifique qui partout dans cette méthode en réalité domine. A cette extrémité en effet Platon n'arrive pas du premier coup, comme d'un seul bond et d'un vol rapide, mais lentement, graduellement, après avoir passé par une série d'opérations intellectuelles laborieusement conduites et qui sont en réalité de cette méthode, non seulement le côté négatif, mais positif, ceux-ci d'un caractère scientifi(jue, abstrait et logique. L'esprit philosophique doit s'y être exercé, savoir les employer avant d'arriver à la contemplation delà vérité. Elle-même, a-t-ondit, otïredeux parties, l'une moyenne, l'autre supérieure. La première contient tous les
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procédés logiques propres à la raison discursive (la Siàvoia), que réclame la faculté logique (ToXoYt.a":',x6v). Placée au-dessus de la sensation, al'a-Qr,(Tiç, elle est au-dessous de la raison (voGç ou ).6yos). Pour celle-ci, l'unique procédé qui la constitue, c'est l'acte même de la pensée (la vorjcriç) par lequel l'esprit convenablement préparé se tourne vers la vérité et reçoit sa lumière, la saisit et la contemple par la seule vertu qui lui est naturelle {Rép., VII).
Nous avons d'abord à décrire les procédés logiques de la raison discursive. Cette partie, quoique inférieure, de la dialectique, que Ton peut appeler la logique de Platon, mérite d'être, à son tour, sérieusement examinée et appréciée.
2" Procédés logiques (partie moyenne). — Placés au début de tout raisonnement, ils sont nécessaires pour en établir la base et le constituer : 1° déterminer Tobjct de la recherche; 2" le définir au moins nominalement. Platon les désigne sous les noms de synthèses et d'analyses^ TuvOio-st.;, 8i.at.p£a-£t.ç (Rép., YII, 533, B; X, 602). Le procédé initial luimême est une sorte de synthèse préparatoire ou vue d'ensemble, a-uvaycoY-Ti , OÙ se reconnaît d'abord le dialecticien. Platon la décrit ainsi lui-même. {Phèdre, 266.)
« C'est d'abord de réunir par comparaison dans une notion générale toutes les notions disséminées çà et là, afin de montrer clairement par une définition exacte le sujet que Ton veut traiter. »
La seconde opération, 5'.a'lp£(7!.ç,que nous appelons analyse, est de diviser à son tour la notion générale ou le genre en ses espèces (cf. Politique), en ses articulations (^àpôpyi) naturelles et détachées, de ne pas mutiler chaque membre comme ferait un mauvais écuyer tranchant (ibid.). Platon ajoute, parlant par la bouche de Phèdre : « Ce sont ces sortes d'analyses et de synthèses que j'aime, afin d'acquérir le talent de parler et de penser. Ceux qui ont ce talent, Dieu sait si j'ai tort ou raison, je les appelle dialecticiens. » {Phèdre, 266.)
Platon insiste sur ce procédé, la division en espèces, dont il connaît les difficultés {Polit.) \ Il en fournit le modèle par
1. Soph., 341. « Diviser en genres et ne pas prendre la même espèce pour
des exemples {Soph.^ Philèbe, Polit.). « 11 faut, dit-il, une grande force d'attention pour s'y maintenir. Diviser par genres et par différences est une opération délicate » {Soph., 243). — Cette méthode est de la plus haute importance dans ces sortes de recherches {Polit., 263). C'est le chemin le plus court qui mène à la définition [ibid.., 267). Distinguer, retrancher, faire de nouvelles divisions, marquer les différences, jjLÉpoi rdi [jiipto;, tout cela est difficile, demande une main habile et exercée [Philèbe).
Sans doute, mais si l'expérience ne vient ici en aide à la dialectique et ne la féconde, ne risque-t-on pas à chaque pas de perdre pied et de s'égarer dans des distinctions subtiles et verbales en dehors de la réalité?
On voit dans Platon lui-même qu'il comprend, avec la longueur, l'incertitude de cette méthode; mais il a en vue sa théorie. Son analyse et sa synthèse, quel en est en réalité le but? introduire l'unité dans la variété et rétabhr la variété dans l'unité, caractère essentiel des idées.
« Ainsi l'homme capable de le faire, de distinguer comme il faut une idée répandue d'une manière absolue dans plusieurs autres qui existent chacune séparément (w; ouva-rà xoivwvslv àXXr.Àaç), et plusieurs idées qui diffèrent entre elles comprises sous l'idée générale. » — « Et c'est là ce que j'appelle savoir discerner parmi les genres ceux qui peuvent entrer eu communication \ »
Le résultat général, si Platon ne le dit pas, est évident. C'est en réalité la division tripartite, le rythme de la pensée que suit l'idée. Tout le système platonicien n'est-il pas conçu et ordonné d'après cette méthode^?
En résumé, la méthode ici, dans sa partie logique, contient deux procédés distincts : un procédé de réunion d'abord, de division ensuite, auquel s'ajoute un troisième très réelledifférente ni f)oiir la même celle qui est dilTérente, ne dirons-uous pas que c'est la fonction de la science dialectique? » To xaxà févï) ûtaipeîaOai xai (jLrjs Ta'JTOv eUo; k'-epov r,Yr,aacrOai, (xr,-:' eTôpov ov TavTov (itbv tt,; ôiaXexTixf,; çr,(iojjLEv é7r'.(JTT||jLr,; eîvai. (No/>/i., 253, D.)
1. Soph.^ 253. E. : Sûvatb; opiv (xi'av lôlav ôtà uoXX^ov xal ixiav au Si 'ô'Xtov itoX- X(j)V èv évl Ç'jvvr,T,[xévr,v.
2. Hn (juoi celle méthode parait ressembler à la méthode hégélienne, ea quoi elle en dilîcre? voir P. Jankt.
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ment désigné aussi dans Platon et qui s'appelle la coordination des genres, a-uvaYtoyvî , également synthétique. Il consiste à saisir et à discerner les côtés par où les genres s'accordent et par où ils ne s'accordent pas, et cela au moyen d'une distinction nette et précise des qualités semblables et des différences réelles.
Or, cette troisième opération, non moins essentielle, n'appelle pas moins l'attention que les deux précédentes. Le dialecticien connaît l'accord et le désaccord des genres et des espèces, iroia -noioïc, <7U|jLcptov£l twv yévtov (Soph.^ 253, B). Connaître les idées qui s'accordent ou se repoussent, en déterminer la mesure commune, les mélanger ensemble dans une savante harmonie, c'est l'œuvre de la vraie musique, de la philosophie et de la dialectique. (Soph., 253.)
Sans poursuivre plus loin l'exposé de cette méthode, on voit que c'est toujours de Vidée qu'il s'agit, de la théorie des idées à édifier. Cet art, dit Platon (Soph., ibid.)^ les sophistes eux-mêmes le possèdent; mais ils l'exercent mal et en gens inhabiles. Ils lui doivent d'être devenus d'habiles discoureurs. Ils ignorent cependant l'art dont ils parlent. Cet art demande un regard assuré, une grande fermeté et sagacité. Il s'agit ni plus ni moins que de découvrir et de dégager l'idée. [Ibid.)
La découverte de l'idée, en effet, voilà le but. L'une des deux routes [Philèbe) mène à l'unité; l'autre, à la diversité; mais toutes deux ramènent à l'unité, [i-Uv -(.va Sùvajjnv xal 'iSsav
8ïJUl!.0UpY£t..
Platon en fait le plus grand cas. C'est l'office de la Muse royale, T7\q, 6cL<jCkiy.'riç pLouo-riç [Polit. , 309). Pour lui, le philosophe, c'est le philosophe de l'unité, le grand musicien qui en tout sait mettre l'harmonie. C'est l'art divin. Elle tâche de saisir le lien entre les contraires, de les concilier et de les accorder, evavxia ueLpaxat. ^uvSeiv xal ÇL>pi.7iX£Ç£(.v [Philèbe , VI). Une fois l'harmonie trouvée, elle sert comme d'un lien divin. De tous ces fds, elle fait une toile unie, )^£lov ucpaa-j^a. [Polit., -Mi.)
La définition, — Son importance aux yeux de Platon n'est pas moindre qu'elle était pour Socrate. Les grands comme les petits dialogues auxquels elle a fourni le second titre, la
République^ le Gorgias^ le Philèbe, le Théétète, etc., lui sont ou lui paraissent uniquement consacrés *. Elle y est annoncée comme devant être l'objet et le but même de toute la discussion. Combattre les fausses définitions des sophistes et, s'il se peut, en trouver de meilleures, remplacer les définitions superficielles ou trop étroites dont se contente trop aisément le sens commun, par d'autres plus approfondies et plus exactes, n'est-ce pas ce qui fait les frais de tous ces entretiens où figurent les personnages représentant à divers titres la science contemporaine?
La définition platonicienne offre plusieurs points à examiner : 1° sa nature \ 2° les moyens de la former; 3° sa valeur ou sa légitimité.
1° Fidèle encore ici à la méthode socratique ou inductive [PhiL anc,^ 137), celle qui conduit au général, Platon, qui fait de même, de chaque chose cherche à dégager Vêlement général ou la notion. Celle-ci doit être la base de la définition. Elle est la condition de toute science; sans elle aucune science ne peut s'établir (Théétète). Mais à cela elle ne doit pas s'arrêter; elle doit aussi déterminer de cet objet ce qui lui est propre et le distinguer : la différence spécifique. Ce sera le second terme à ajouter au premier et lui-même nécessaire. Ainsi en est-il de tout objet particulier, de toute idée, même la plus générale.
Car l'idée est à la fois une et multiple, unité et pluralité. Les idées les plus métaphysiques, comme la notion la plus commune, y sont soumises. Ainsi en est-il du beau, du bien, du vrai, de la justice. L'élément particulier en sera donc partie intégrante. Ce qui de la définition doit être exclu, c'est \ accidentel et Vindividuel. Ce sont aussi les qualités extérieures, accessoires et superficielles des êtres, qui ne touchent pas à leur essence ou bien où celle-ci n'est pas complète, h' essence, c'est ce qui constitue la vraie réahté de l'être, le io ovTw; ov, l'être de l'être. Elle seule doit être retenue comme ayant droit à entrer dans la définition. Cette essence est encore
\. La Hépuldique ou de la Justice, le Gorgias ou de la RhéloHquey le Phèdre ou de la Ueaidi^, le liarufuet ou de V Amour, elc, le Théétète ou de la Science, etc., le Charmide ou du Courage, elc.
LA dialectique; la définition 99
générale mais propre. D'elle seule la science doit s'occuper.
2° Pour atteindre à ce but, quels moyens sont à employer? Ceux-là d'abord, sans doute, que pratique et enseigne la dialectique et dont plusieurs ont été indiqués, l'analyse ou la division, la synthèse. Il s"y joint V hypothèse et V analogie. L'expérience elle-même ne sera pas bannie. Elle a sa place dans cette méthode quoique insuffisante; avec elle l'observation et la comparaison des objets. Platon ne s'y arrête pas assez; trop tôt il généralise. C'est le défaut de son idéalisme. En quoi consiste chez lui le procédé de généralisation? Est-il, comme on le dit, purement comparatif ou collectif, de façon qu'il en sorte une vide généralité? ot.aÀ£XTt.xwç xal xévwç, comme dit Aristote. Cela est excessif *.
3° Ce qui est vrai, c'est que Platon généralise trop vite; c'est le côté faible de sa méthode et de son système. De plus, comme Aristote lui-même en convient, la définition n'est pas toujours possible. Du moins Platon hésite souvent à la formuler.
Les genres les plus élevés, les essences premières qui sont les idées véritables, échappent à la définition. Le vrai^ le bien^ le beau^ Yêtre lui-même et les catégories de l'être, la quantité^ la qualité^ Y affirmation et la négation^ la relation^ etc., ne sauraient guère être déterminés. Ce qui sert à définir ne saurait se définir. (Arist., Analy.^ Post.)
Ce qu'on ne saurait nier, c'est la tendance généralisatrice de cette méthode dont les conséquences apparaissent dans tout le système.
Est-il vrai néanmoins qu'elle ne conduise qu'à de vaines et chimériques abstractions? Ceux qui le disent trouveraient en eux-mêmes la réponse comme dans les écrits du grand philosophe. Eux-mêmes citent les définitions sorties de cette méthode en les corrigeant, mais sans en méconnaître la valeur, ne fût-ce qu'en ce qui touche à l'ordre métaphysique et moral : la science, l'âme, la justice, le bien, le beau, etc. Si le second terme, la différence y est trop effacée, le premier où est la ressemblance subsiste, savoir : l'idée. Elle reste la base de
1. Sur ce point voir P. Janet, qui s'y étend longuement, p. 153 et suiv.
la définition. Qui peut nier qu'elle ne soit souvent admirablement reconnue et déterminée, dégagée des fausses définitions qu'avaient mises en vogue les sophistes, ou des vagues définitions dont se contente le sens commun? La vérité est que Platon, lui aussi, cherche les différences. 11 s'efforce de les marquer. La différence souvent lui échappe, ou il l'affirme sans la montrer. Chez lui, trop souvent, elle s'efface. Le particulier disparaît dans l'idée, que simplement il reflète. La tendance platonicienne sans doute est de généraliser. Mais pourquoi? c'est que le général rend raison du particulier, ce qui est vrai. Il en est la cause ^ la loi^ la fi7i. Ainsi, pour Platon, le beau c'est le bien; le bien est aussi le vrai, le saint, le juste, l'être à son suprême degré. L'identité est maintenue dans la diversité. Mais la diversité, qu'est-elle? Elle aussi a des droits, car elle est le réel. Que devient-il? On le sait. Dès lors la barrière qui sépare les genres et les espèces n'est pas solide. Il est de fait qu'avec la dialectique non opposée à l'expérience, mais que celle-ci ne retient pas, tout chancelle et est compromis. L'esprit s'élève d'un vol rapide des individus aux espèces des espèces aux genres, qui eux-mêmes disparaissent dans l'universel. Les intermédiaires sont supprimés. Les caractères propres des individus sont peu de chose par rapport aux idées dont ils participent. C'est le défaut général de cet idéalisme.
Pour Platon, cependant, il faut le reconnaître, il y a identité à la fois et aussi différence, opposition même. La pensée se meut entre deux extrêmes opposés qu'il s'agit d'accorder et de concilier (voir P/iilèbe^ Pavménide^ Sophiste), Y parvient-il? Ici l'insuffisance est manifeste du procédé dialectique. L'essence véritable que recèlent les individus doit échapper aux prises d'une telle méthode à laquelle manquent l'observation suffisante et l'expérimentation, elle-même réduite en art et patiemment poursuivie. Mais l'essence véritable ne sera pas moins Viciée^ que l'intuition seule peut atteindre et contempler, et cela lorsque tous les autres procédés auront été employés et que l'esprit y sera convenablement préparé.
Pour tout dire en quelques mots, chez Platon, le terme général domine et efface l'autre; chez Aristole, le particulier
LA dialectique; le raisonnement 101
contient l'essence, celle-ci à la fois générale et propre. Le rapport est renversé, mais l'idée est conservée. Lui-même Aristote en convient : « Il n'y a de science, dit-il, que de Vuniversel. »
Le raisonnement ().0Y',a-[y.6;). — Si l'on s'en tient au côté pratique, on trouverait difficilement un aussi habile raisonneur que Platon et sous ce rapport un plus admirable logicien. Plusieurs de ses dialogues offrent des modèles où la rigueur et Texaclitude sont égales à celles de la démonstration mathématique.
Mais il s'agit ici de théorie. Or, la théorie du raisonnement ().0Y!.a-jji6ç), objet propre de la logique formelle, appartient au disciple. Aristote y a attaché son nom. Tout au plus, Platon a pu mettre sur la voie des points les plus généraux; mais le mécanisme entier du raisonnement, ses formes et ses règles, comme objet d'analyse et de synthèse, après lui, resteront à étudier; c'est en quoi consiste l'œuvre d'Aristote.
Il n'est pas néanmoins sans intérêt de voir si, sur quelques points, Platon a pu devancer l'auteur de la logique.
1° IjQ syllogisme est-il dans Platon? Le mot est souvent employé, a-L>X"Xoyt.a-[jL6ç, mais pour désigner toute espèce de raisonnement (J/ié^ïcV^, 186, D; Cratyle, 412). Encore est-ce plus en dialecticien qu'il en parle qu'en logicien. Platon se sert de toutes les formes du raisonnement aussi bien inductif que déductif, analogique, hypothétique, etc. D'un principe il sait admirablement tirer les conséquences, de celles-ci remonter au principe, suivre les deux voies de la démonstration. Cet instrument de la pensée, il le manie avec une dextérité merveilleuse, quelquefois avec subtilité; mais il ne songe pas à l'étudier en lui-même dans la forme typique et dans toutes les autres formes, à le décomposer dans ses éléments et à en tracer les règles, bien qu'il insiste souvent sur la manière générale de s'en servir. Tout cela, c'est l'œuvre propre du disciple.
2° Quant à l'axiome qui sert de base au raisonnement, et qui relève de la métaphysique, il n'a pu échapper au théoricien des idées. Ce principe, le principe de contradiction, il le signale en plus d'un endroit. Il le pose même formel-
lement, comme en toute occasion il s'en sert, ne fût-ce que contre les sophistes qu'il veut amener à se contredire. Il le proclame sans doute, mais il ne s'y arrête pas, ni le discute; il ne le soumet pas à l'analyse, il n'en établit pas la légitimité. Gela revient encore à Aristote qui y consacre tout un chapitre de sa Mêtaphysùjue {[\\. IV, iv). Pour lui c'est plutôt un principe analogue, mais différent et tout métaphysique, celui de l'opposition des contraires qu'il a en vue comme plus en rapport avec son système. — Opposer les contraires pour les accorder ensuite est la tâche du dialecticien. C'est là ce qui, au plus haut degré, l'intéresse et le préoccupe. Et, en effet, à ce point de vue supérieur, une chose peut être et ne pas être en même temps sans qu'il y ait contradiction. Limité y est opposée à la multiplicité^ Videntité à la diversite, le repos km mouvement [Sop h. ^ 260). Les deux termes coïncident dans le même sujet sans s'exclure. î^*est-ce pas là même qu'est la vérité la plus haute? [Ibid.)
11 en est tout autrement de la logique proprement dite. Ici, de deux propositions contradictoires, l'une ne peut être vraie sans que l'autre ne soit fausse. Le oui et le non ne peuvent s'accorder, et la conclusion le constate. On ne peut, sans admettre le pour et le contre^ soutenir que la même chose ^ est et n'est pas en même temps et sous le même rapport] (voir Arist., Met.). Ceci est la base même de toute logiquej sans laquelle le raisonnement s'évanouit et la parole humainCj n'a plus de sens. Platon semble l'avoir fort bien aperçu! [Théelète, 186, D). Mais il ne l'a ni établi théoriquement nij examiné scientifiquement. Il se contente de dire que la science ne réside pas dans les sensations, mais dans le raisonnement sur les sensations : £v oà -zCù -spl sxs'lvtov a"j)v).ov».TjjLw. Cela ne dit pas ce qu'est le raisonnement, ce qui le constitue^ ni ce qui le fait être légitime ou illégitime. Tout ceci concerne la déduction. Quant à Vinduction platonicienne, elle n'est ni celle d'Aristote, ni l'induction expérimentale ou baconienne (voir infra); ce qui suit le démontrera.
Comme auxiliaires de cette méthode, il nous reste à parler de deux formes de raisonnement souvent employées : le raisonnement h]ipnthétiquei.A le raisonnement par analogie.