VIII PREFACE DE L'AUTEUH
forme adoptée par le philosophe pour l'expression de sa pensée, ce qui n'est pas sans jeter une vive lumière sur le fond même de la doctrine et les procédés de la méthode. La place que le platonisme occupe dans le développement général de la philosophie ancienne n'était pas moins nécessaire à indiquer pour le faire comprendre.
iVous désirons qu'on ne se méprenne pas sur le caractère et le but
otre travail, qu'on n'exige pas de l'auteur ce qu'il n'a ni voulu ni
de notre prétendu faire.
Ce livre s'adresse non aux savants et aux érudits de profession, mais au public éclairé, désireux de connaître dans son ensemble et ses parties principales la philosophie platonicienne. L'auteur s'est cru dispensé d'ahordcr, encore plus de résoudre les questions ardues et délicates que le platonisme a de tout temps soulevées et sur lesquelles il ne sera peutêtre jamais donné aux plus savants esprits de s'entendre. Mais, nous l'avons (lit et nous le répétons, il est pour nous hors de doute, qu'en dehors de toutes les controverses, si l'on s'en tient à ce qui est clair et certain, pour quiconque n'a pas de parti pris et veut en juger avec impartialité, la philosophie de Platon, dans ses grandes lignes, sur chaque point et sur l'ensemble, c'est-à-dire sur ce qui, en définitive, intéresse véritablement le lecteur ordinaire, peut être exposée, appréciée, mise à la |)ortée de tout esprit sérieux, convenablement instruit, au courant des matières et de la langue philosophiques.
Nous devons aussi ajouter que c'est surtout à la jeunesse de nos écoles que ce livre s'adresse et est dédié. L'auteur, qui est un de ses plus vieux maîtres, n'a cessé, par sa parole et par sa plume, de lui enseigner les grandes et nobles doctrines du spiritualisme et de l'idéalisme qui, malgré les dissidences et les moments d'obscurcissement, ont toujours été le fond et le trait caractéristique de la philosophie française avant et depuis Descartes, son principal et vrai représentant.
Convaincu que son pays ne se relèvera tout à fait et ne reprendra ici, romme en tout, son rang et le rôle qu'il a toujours eu dans l'histoire, que quand les croyances spiritualistes, aujourd'hui menacées et obscurcies, auront repris leur légitime empire, il n'a pas cru pouvoir mieux faire que de consacrer ses loisirs à retracer, comme il la conçoit, la figure du philosophe grec père do l'idéalisme. Platon, en etfet, est le philosophe de l'idéal. Que son idéalisme, trop séparé du réel, doive aujourd'hui nous servir en tout de modèle, qui songe à cette résurrection? Mais l'idéal vrai, l'idéal de la raison, non des sens, qu'il conçoit et proclame, n'est pas nidins ce qui seul élève les esprits, échautFe les cœurs, enflamme les cournges Tant que parmi nous luira son llambeau, tant que l'élite des intelligences, éclairée de sa lumière se laissera guider par elle, il n'y a iii a se décourager ni à douter de l'avenir de la France; la foi reste intacte en son génie et dans ses destinées •.
Gh. Bénârd.
Juillet 1892.
1. Pour rintcUipence de la philosophie de Platon, inséparable de celle de Sorrale et do, ses devanciers, nous avons cru pouvoir renvoyer souvent à noire |)remier volnnie de \a. Philosophie ancienne (IMiil. anc), consacré surtout à Socrate et à la Sophistique ainsi (lu'aux écoles socratiques.