SECTION I
I. Sa naissance et son éducation. Ses premières études. — Ses rapports avec Socrate. — Ses voyages; séjour à Mégare et en Egypte. — Retour à Atiiènes, fondation de l'Académie. Son enseignement, ses disciples et adversaires. — Nouveaux voyages en Sicile. — Dernières années; sa mort. — II. Sa personne et son caractère. Son génie; éloignement des affaires publiques; rôle politique.
I. — Platon naquit à Athènes (ou à Egine) quatre cent vingt-neuf ans avant J.-C, Tannée de la mort de Périclès, la deuxième de la guerre du Peloponèse. Il était d'une famille illustre d'Athènes. Son père Ariston descendait, dit-on, de Godrus; sa mère Perictione comptait parmi ses ancêtres le frère de Solon. Gritias, l'un des Trente, était neveu de sa mère. La noblesse d'origine, même s'il s'agit d'un philosophe, n'est pas chose indifférente. L'instinct héréditaire et les traditions de famille, Téducation, l'entourage, le genre de vie, etc., toutes ces causes exercent sur l'esprit une action puissante et indélébile qui se fera sentir jusque dans les spéculations les plus hautes de la pensée. Le caractère aristocratique de la philosophie de Platon, conforme à la nature de son génie, ne s'explique pas moins par sa naissance et le milieu où dut s'écouler sa jeunesse. Il est à noter qu'à cette époque, et
dans la suivante, toutes deux si fécondes en esprits supérieurs voués à la philosophie et qui l'illustrèrent, aucun n'eut cette situation élevée due aux ancêtres et à la famille. Le contraste est frappant avec Socrate né de parents pauvres et resté pauvre, avec ses amis ou disciples, sans excepter Xénophon. La plupart (Euclide, Aristippe, Antisthène, Simon) étaient sortis des rangs inférieurs de la société; les autres, Griton, Phédon, etc., avaient une position médiocre. Aristote, lui-mùme, bien qu'élevé à la cour de Macédoine, n'avait pas cette origine illustre. On dit môme que dans sa jeunesse, abandonné des siens, il fut obligé de pourvoir, en exerçant un art, aux nécessités de la vie. Sans parler des Cyniques, les chefs des écoles suivantes, Zenon, Epicure, Pyrrhon et leurs adhérents sont de provenance obscure ou étrangère. Il faudrait remonter à l'époque antérieure, à Pythagore, à Heraclite, à Empédocle, pour trouver à Platon des termes de comparaison, sous ce rapport, comme il en est d'ailleurs de son système *.
Son nom d'Aristoclès fut changé, on ne sait pourquoi, en celui de Platon : les uns disent à cause de la largeur de ses épaules ou de son front (ses portraits y prêtent peu), les autres par allusion à l'ampleur de son génie et de son style (ce qui n'a pas de sens, ceux-ci ne s'étant révélés que plus tard). Les fables qui ont trait à son enfance ont, au moins, pour elles la vérité poétique. On raconte qu'il fut nourri par un essaim d'abeilles pendant que son père faisait un sacrifice aux Muses. Le songe de Socrate (infra) n'a pas moins de grâce significative. Les Grecs, avides de ces fictions, en ont pour tous leurs grands hommes, poètes, artistes, philosophes, etc.
II. — On ne sait rien de ses premières années. Son éducation en rapport avec sa naissance dut être fort soignée. Les heureuses dispositions de son esprit et les belles qualités de son âme durent chez lui se révéler de bonne heure. Le souvenir s'en est conservé dans les traditions de famille. Il y est fait mention de sa vive intelligence, de son amour
i. Voir Pfiiloso})hie ancienne, p. 110, 190, 192, 201, 203 223.
pour l'étude, de son ardeur au travail, de la candeur du jeune homme, prémices des vertus de l'âge viril *.
C'était le moment le plus florissant de Fart grec. Outre les exercices de la palestre dans lesquels il aurait excellé et qu'il recommande dans ses écrits [Rép., III; Lois^ VII), il se serait d'abord adonné aux arts du dessin, à la peinture. Il apprit aussi la musique de Dracon et de Métellus. Mais la poésie devait avoir sa préférence. Il est dit qu'il composa des poèmes dithyrambiques et épiques, des épigrammes; que, jugeant ses vers inférieurs à ceux d'Homère, il les jeta au feu. Il se serait même essayé à faire des tragédies, qu'il se disposait à faire jouer aux fêtes de Bacchus, lorsqu'' après avoir entendu Socrate, comprenant mieux sa vocation, il renonça aux arts et à la poésie pour se livrer tout entier à la philosophie; celle-ci, du reste, fut toujours pour lui le premier des arts {Phédon^ 61), comme il est resté pour nous le plus poète des philosophes. — Il avait vingt ans quand il connut Socrate.
Bien qu'assidu à suivre ses entretiens, il ne négligea pas de s'instruire de ce qu'avaient pensé et enseigné les autres philosophes. Déjà de bonne heure, ex vlou, il avait pris des leçons de Gratyle et d'Hermogène. Du premier, qui fut disciple d'Heraclite, il apprit à connaître sa philosophie. Le second l'initia au pythagorisme dont la part est si grande dans son propre système (V. Steinhart, Plat. Lehen, 83). L'Éléatisme, très haut placé dans son estime et qu'il connut mieux plus tard par Euclide,ne dut pas même, à cette époque, lui être étranger. L'atomisme de Démocrite^ alors dans sa célébrité à Athènes, ne fut pas sans fixer aussi son attention. La philosophie d'Anaxagore, dont Socrate avait été si vivement frappé {Phéclon, 98, B), elle-même fort connue à Athènes, où le maître et l'ami de Périclès avait passé vingt ans de sa vie, ne fut pas sans avoir une moindre part à sa curiosité. Quant aux Sophistes si, trop jeune, il n'entendit pas les principaux (Gorgias, Protagoras), leur mémoire était vivante dans
1. « Nam Speusippus domesticis instructus documentis pueri hujus acre in percipiendo ingenium et admirandae verecundia? indolem laudat : et pubescentis primitias labore atque amore studendi imbutas refert, et in viro liarum incrementa virtutum et ceeteraruin iuvenisse testatar. » (Apul., Dogm. plat., II.)
/j VIE DI-: PLATON
tous les esprits. Sans cesse en rapport avec les autres, il dut les observer comme un peintre fait des modèles qu'il doit fixer sur la toile. La connaissance parfaite qu'il a de ces hommes, de leur esprit et de leur caractère, comme des doctrines, de la manière d'enseigner et de discourir, atteste que leur art n'eut pas de secret pour celui qui, quoique plus tard leur adversaire déclaré, a tracé de chacun de ces personnages un portrait fidèle et de la sophistique un idéal vrai pour tous les siècles.
in. — Mais c'est à Socrate surtout qu'il s'attache. Il suit avec ardeur et assiduité ses entretiens. Ce qu'il goûte en lui c'est surtout, avec sa méthode, l'idée qu'elle recèle, qu'il comprend mieux que les autres, dont il mesure la portée. S'il faut en croire Diogène Laerce, il fut neuf ou dix ans son disciple. Peu de chose néanmoins nous est transmis des rapports du jeune homme avec celui qui eut sur son esprit une si grande influence. Socrate a-t-il su deviner en lui le génie spéculatif qui devait avec tant d'éclat le continuer et le surpasser? A-t-il entrevu que de sa méthode et de sa doctrine agrandie et transformée, devait éclore le vaste et beau système que nous connaissons? Ce qui est raconté (Xénoph., Mém.^ III; Plat. , .4^o/. , Criloftj P/t('do?i) ne le ferait pas croire. On voit seulement qu'il a pour lui de l'estime, mais il ne le place pas au-dessus des autres disciples. Les paroles qu'on met dans sa bouche après la lecture du Lijshs ou du Phèdre : « que de choses ce jeune homme me fait dire auxquelles je n'ai jamais songé ^ », semblent un propos inventé pour caractériser, au début, la difTérence des deux esprits et de leurs doctrines.
Ce (|ui, beaucoup mieux que ces récits douteux, exprime pour la postérité le vrai rapport du maître et du disciple^ c'est encore la fiction, celle-ci toute poétique, et qui symbolise de la façon la plus heureuse ce que l'histoire est trop avare ù nous révéler; c'est la gracieuse allégorie du songe de Socrate que la biographie elle-même n'hésite pas à recueillir. Il est dit que pendant que Socrate dormait, il lui sembla qu'un jeune cygne, envolé de V[\u\v\ de TAmour, vint se poser sur son
l. llpa//;.;. u,; «o).>.à (lo-j xaTa-lejSeiTai ô via/j/o; oôto;. (Diog. L., III. 35.'
sein, puis, devenu grand, déploya ses ailes, s'éleva dans les airs, réjouissant par son chant harmonieux les oreilles des hommes et des dieux. Le lendemain Socrate en voyant arriver Platon le reconnut pour l'objet de son rêve. (Diog. L. Cf. Pausanias, I, 10, Olymp., 3.) La poésie qui invente ainsi ne justifîe-t-elle pas le mot d'Aristote qu'elle est souvent plus vraie que l'histoire? {Poét., IX.)
Mais ce qui n'est ni fictif ni sujet au doute, ce sont les sentiments à l'égard de Socrate de son vrai disciple, son amour pour lui, l'admiration qu'il professe, et qui se révèlent partout dans ses actes comme dans ses écrits. On dit (Plutar., iii Mario, 4, 34) que, vers la fin de sa vie, il remerciait le ciel de Pavoir fait naître d'abord homme, puis Grec plutôt que barbare, mais avant tout contemporain de Socrate. Pendant le procès, il est dit qu'il voulut monter à la tribune pour le défendre. Le fait invraisemblable prouve au moins l'opinion qu'on avait de lui. Dans V Apologie (34, A) il offre Pargent qui doit acquitter l'amende. Si, malade, il n'assista pas aux derniers moments de Socrate {Phédon, 59, 13), l'impression qu'avait faite sur lui l'issue du procès laisse du mal deviner assez clairement la cause. Qu'il ait donné des larmes à sa mémoire, on doit le penser. Il fît mieux, il entreprit de l'immortaliser dans ses œuvres. Le portrait de Socrate que partout celles-ci nous offrent, bien qu'idéalisé, ne conserve pas moins tous les traits du modèle. Et quant à la doctrine, à laquelle Platon a mêlé la sienne, s'il n'est pas toujours aisé de reconnaître ce qui est de l'un et de l'autre philosophe, il ne faut pas trop en blâmer le disciple. L'ac- «cuser d'avoir voulu tromper la postérité en mettant sous le nom de son maître ses propres idées serait injuste. L'inconvénient d'ailleurs n'est que pour nous; il a voulu que celle-ci, la postérité, connut Socrate, non tel qu'il fut, mais tel qu'il devait être aux yeux de celui qui devait le continuer. Héritier de sa pensée, il a cru pouvoir en disposer à son gré et, sans l'altérer, l'enrichir de son propre fonds. Artiste autant que philosophe il a fondu le tout ensemble ; la doctrine entière s'est transBgurée. De Socrate, il ne s'est pas borné à représenter, dans ses entretiens, la vivante figure; il a remis
SOUS nos yeux la fin tragique qui achève sa longue carrière. Si, comme il n'y a guère à en douter, V Apologie^ le Criton^ le Plicdon., sont de la même main, ces trois dialogues où la défense, la prison et la mort de Socrate sont racontés et mis en scène, forment une trilogie qui, dans un sujet emprunté à l'histoire la plus calme, celle des idées, ne le cède pas en intérêt dramatique aux créations d'un art destiné à émouvoir les passions humaines. Dans tous les dialogues de Platon, les Lois excepté, le personnage principal est toujours Socrate. Jamais Platon ne parle en son nom. Il met dans la bouche de Socrate ses conceptions les plus hautes et les plus personnelles; ce qui d'ailleurs, comme on Ta fait remarquer (Zeller), est très favorable à l'œuvre d'art. (Cf. Daiir, von Stein^ etc.)
IV. — La mort de Socrate ayant rompu le lien qui retenait autour de lui ses amis ou disciples, ceux-ci se dispersèrent. Plusieurs même crurent le péril assez grand pour devoir s'éloigner d'Athènes. Platon fut du nombre. 11 se réfugia auprès d'Euclide qui lui offrit un asile. De ses relations avec le chef de l'École mégarique rien ne nous est parvenu. Quelle fut l'influence mutuelle de ces deux esprits? Dans quelle mesure Platon de ce contact rerut-il une impulsion pour ses études, et la formation de son système? Ce point reste ignoré. [PhiL atic.^ 194.) /
Cette seconde période de la vie de Platon est surtout marquée par ses voyages, sur lesquels il règne beaucoup d'incertitude et de confusion. On n'est d'accord ni sur leur date et leur succession, ni sur la réalité même de quelques-uns, comme sur le motif qui les fit entreprendre et les résultats qu'il dut en rapporter. Revint-il d'abord à Athènes? Gela est probable. Selon les uns, il se serait ensuite rendu à Gyrène, sur la côte d'Afrique, auprès de Théodore, célèbre mathématicien {Tlu'étùte M. On sait quel fut toujours son goût pour les malhémati({ues, la place qu'il leur donne dans son système (/^7?., YIl). Ce que, pour la culture de son esprit, il dut retirer de co nouveau commerce reste indéterminé.
1. Cic, de Finib., IV : «» Post in Italiam, Posl Tarentum ». — Voir Huit, Comptes rendus de l'Acadévùe des sciences nwrales. juillet, août et octobre 1882.
Il faut écarter les récits de pure invention qui, comme Pytliagore, Démocrite et tous les premiers philosophes, le font voyager chez les anciens peuples de l'Orient, non seulement en Asie Mineure, mais chez les Ghaldéens, les Syriens et les Phéniciens, jusqu'aux confins du monde civilisé, in ultùnas terras (Gic, J'use. , IV, 19, Lactance, Inst.^ IV, 2). S'il n'alla pas, dit-on, jusqu'en Perse et dans l'Inde consulter les mages et les gymnosophistes, c'est que la guerre qui désolait ces deux pays l'aurait empêché. Ces récits dont l'origine est connue ne méritent aucune croyance.
V. — Que Platon ait visité l'Egypte et y ait plus ou moins longtemps séjourné, on ne peut en douter, tant les témoignages sont nombreux et affîrmatifs ; mais ce qu'on voudrait le plus savoir est ce qu'on ignore le plus : l'impression que fit sur le philosophe grec cette civilisation si différente de la sienne, la façon dont il la comprit et la jugea, ce qu'il dut en emprunter pour sa propre philosophie. Tout cela est incertain, livré à la conjecture. On dit qu'il parcourut la contrée en tout sens, et y passa plusieurs années accompagné du mathématicien Eudoxe. Le motif qui l'y aurait conduit, celui de s'instruire, comme pour les autres philosophes, n'est pas même bien précis. Il y serait allé, selon Gicéron {de Fin. ,V, 29) pour apprendre l'arithmétique et l'astronomie. D'autres (Glém. d'Alex., iS/r.) disent qu'il apprit la géométrie des Égyptiens et Fastronomie des Babyloniens, des Thraces les formules magiques. Il se serait fait initier aux formules de la sagesse égyptienne, Upa':!.xà(Plutarq.), opinion que Quintilien adopte : Sacer dotes adiit eorunique arcana perdîdicit (Inst., 14). On montrait la maison qu'à Héliopolis il avait habitée avec Eudoxe (Diog. L., VU, 86). Les prêtres auraient d'abord refusé de lui dévoiler leur science, puis vaincus par son insistance y auraient consenti. On cite le nom du prêtre juif (Sékuphis) dont il aurait été le disciple (Plutarq. , de Genio Socrat.).
De toutes ces histoires d'une date postérieure et qui portent le cachet de l'imagination orientale, aucune n'est certaine. Il est vraisemblable que, forgées après coup, elles l'ont été à Tappui de l'opinion généralement reçue que toute sagesse est
venue de l'Orient et que la science des Grecs y a ses origines {Phil. anc, I, CXXIII).
Pour qui cherche avant tout la lumière, la source la plus sûre ce sont encore, à notre avis, les écrits du philosophe. Du moins en est-il ainsi du point principal, celui des emprunts par lui faits à la sagesse égyptienne et de la part qu'elle peut réclamer dans son système. Or, ce qui en cela y est dit des Égyptiens, de leur esprit, de leur caractère, etc., est plutôt fait pour contredire l'opinion commune \ C'est du moins ce qui résulte de la lecture de ses écrits. Sa connaissance de l'Egypte, de sa civilisation, de ses mœurs s'y révèle en plusieurs endroits. [Lois^ II, 656; V, 799, 819. Polit. ^ 264, 290. Phèdre, 247, G.). Mais il ne paraît pas avoir une bien haute idée du savoir spéculatif des Egyptiens. De l'Egypte il vante la stabilité de ses institutions, la fixité de ses arts, le type invariable et consacré de ses peintures [Lois^ V). De la science il ne parle pas, ou il semble en faire peu de cas. Il y a plus, il refuse l'esprit scientifique à ce peuple, à ses yeux le type de la nation commerçante et industrielle. Le trait saillant du caractère est l'amour du gain en opposition avec la sagesse (to cptXoypvîuaTov). {Rép., IV, 436.)
La haine des étrangers, qui s'ajoute, ferait croire qu'il n'y a pas été bien accueilli ni traité. Est-il vrai, comme on le dit (Teichmliller), que les dialogues de Platon sont pleins de la sagesse égyptienne? Il faut laisser, selon nous, à Plutarque [de Iside et Osirîde) et aux Alexandrins cette opinion depuis tant de fois reproduite. Le vrai, pour qui en fait l'examen, c'est (ju'aucune trace d'égyptianisme n'apparaît chez Platon, ni dans sa manière ni dans son système. La méthode est celle de Socrate. la dialectique perfectionnée. La partie mathématique (les nombres) est empruntée aux pythagoriciens. La mythologie même, très librement traitée, est grecque. La transmigration des Ames était dans les mystères. Quant au fond de la doctrine, la théorie des idées, elle est, comme le système entier, toute platonicienne. La manière de philosopher des prêtres de l'Egypte n'a rien de commun avec la
1. Cf. HcrmariM, (.cscii., o7, 1 lo. — Teiclimuller, .Ve«t' Slud., l. 1, cliap. xxiii.
sagesse grecque et la façon de raisonner des Grecs. Le régime des castes, tant cité, de la République^ n'offre pas plus de similitude réelle. Cette aristocratie de l'esprit d'un petit Etal gouverné par des philosophes n'a rien qui ressemble à la théocratie monarchique et sacerdotale des dynasties égyptiennes. Nullement héréditaire, le pouvoir est confié aux plus dignes et ne s'y transmet pas; le choix seul y préside et se renouvelle au sein de la communauté. La religion [Lois^ VI, VIII, XI, XII) est toute grecque, empruntée aux traditions mythologiques de la Grèce. La théologie égyptienne tient peu de place dans ces écrits; à peine y est-elle indiquée.
En tout cela, Platon imite peu et le peu qu'il imite, il le transforme. Se sert-il des mythes, il leur attribue un sens particulier, tout moral, fort éloigné du sens symbolique ou sacerdotal (V. Phèdre ^Craty le, Gorgias, Polit., Rép.,X.). Il faut en conclure que Platon, malgré l'impression réelle que son esprit dut recevoir du spectacle d'une civilisation pour lui si curieuse à étudier, conserva toute son originalité. Grec il dut rester Grec et lui-même, comme il l'est en effet par tout son génie et le caractère de ses œuvres ^
1. Voir dans le Politique ce qui est dit des Prêtres égyptiens. — Lois, XII : De rexclusion des étrangers des repas et des sacrifices, etc.