‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 33 sur 168 · VALEUR DE CETTE THÉORIE · texte numérisé non relu

VALEUR DE CETTE THÉORIE

Le monde n'est plus simplement l'œuvre d'une intelligence qui en coordonne les éléments et l'abandonne à ses lois. Cette intelligence apparaît elle-mèine dans son œuvre, s'y rend présente et visible. Elle répand dans l'univers physique et moral ses idées qui sont ainsi des lois. — 5° Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit de Socrate^ de la transformation qui s'opère en son disciple, celle de la notion socratique en une conception idéale plus complète et plus vaste, à la fois subjective et objective. En outre, la finalité cosmologique de Socrate, comme simplement prouvée et attestée par l'ordre dans l'univers et le dessein qui s'y révèle, prend un autre aspect. Le monde est la représentation et le reflet de la pensée divine. L'idée que manifeste l'ordre physique et moral y est visible, sinon immanente. — 6° Il n'y a pas jusqu'à la sophistique elle-même, comme il a été dit, qui ne trouve sa place dans la doctrine nouvelle, bien qu'elle lui soit opposée. L'ap- 'parence en effet, ou le phénomène (cpaivojjievov), si on la donne comme une existence indépendante et réelle, n'existe pas; détachée qu'elle est de l'être qu'elle manifeste, elle est une ombre (o-xia) vaine et mensongère; rattachée à l'être, elle n'est plus la simple apparence. Elle est le non-être^ sans doute, mais lui-même nécessaire à Xêtre pour qu'il se manifeste et se développe. Elle se trouve ainsi réintégrée dans l'être par l'intermédiaire de l'idée. (Voir le Sophiste.)

Telles sont les faces diverses et les points principaux de la théorie platonicienne des /ofe'e^. Jusqu'ici rien d'hypothétique. Ceci est bien la base de tout le système, nous avons évité tout ce qui peut la compliquer. On voit déjà en quoi elle diffère de ce qui l'a précédé, en quoi elle est un progrès.

Une terminologie nouvelle lui est consacrée. Les expressions les plus habituelles dont se sert Platon sont celles-ci : elooç, ISsa, O'jo-fla, to '6^/'Zb:iZ, ov, to vo7,Tà, Ta vor^ iJLaTa, OU simplement TÔ auTO xaB'àuTO, to xàXov, t-j kyMy, to àXrfie^. (Voir Ast, Lexicon; Von Eucker; Cousin, Fragm. Langue de la théorie des idées.)

La théorie des idées de Platon dont on n'a pu ici qu'exquisser les traits les plus généraux, est exposée dans ses principaux écrits, dans \q Banquet, le Phédon, le Phèdre, la Repu-

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blirjue, etc., dont rauthenticité ne peut être contestée. En d'autres également, s'ils ne sont pas de sa main, elle n'est pas moins fidèlement reproduite ^ Ceci nous paraît en dehors de toute discussion, échappe à la divergence des opinions. Quant aux nombreuses difficultés que cette théorie recèle, nous en examinerons quelques-unes, n'ayant souci que de l'essentiel et sans prétendre les résoudre toutes. Nous en dirons néanmoins notre avis sans sortir du rôle qui nous convient, celui de simple historien.

1. Passages principaux : Républ., V; VI; VII; X, 596; — Phédon, 74, 75,76; XLVIII; XLIX, 106; LUI, \{)k', — Phèdre, 2i9; — Banquet, 2 iO; —Timée, 521 (S.); — Parménide, 132; — Sophiste, 341. S. 218, G. ; — Théétèle, 157, 186, 203, 205; — Cmlijle, 223-439; — Eutyxjhron, 6; — Menon (Réminiscence); — Philèbe, 15, 59, A. Cf. Aristote (Exposé et Critique); Métaph., XIII, XIV.

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