CHAPITRE IV
THÉORIE DES IDÉES (suite). — PROBLÈMES SUR LES IDÉES
I. Le domaine des idées; de quoi y a-t-il des idées?— II. La causalité des idées : les idées causes efficientes et finales. — III. La substantialité des idées. — IV. La participation aux idées. (Imitation, présence, communication.) — V. Les idées, la pensée divine. — VI. Preuves de Vexistence des idées. Opinions diverses, solution de chacun de ces problèmes.
Ce sont les points les plus ardus de la dialectique platonicienne. Sans les approfondir ici ni entrer bien avant dans la controverse que chacun d'eux, comme leur ensemble (car ils se tiennent), a de tout temps suscitée et qui est loin d'être épuisée, on ne peut, en se bornant à les indiquer, rester neutre ni se dispenser d'émettre, sauf à la motiver, son opinion sur des problèmes d'une nature aussi grave et d'un intérêt suprême au point de vue spéculatif. Nous essaierons de le faire aussi brièvement que possible.
I. De quoi y a-t-il des idées? — Ce point sur lequel Aristote insiste dans sa Polémique offre une première difficulté que Platon a dû au moins essayer de résoudre. Luimême nous dit bien {Phédon^ 75) que ce n'est pas seulement de régalité, du beau en soi, de la justice ou de la santé qu'il y a des idées, mais de tout ce qui se caractérise par ces mots : « ce qui est », touto o so-tI. Mais déterminer ce qui est, c'est précisément ce dont il s'agit dans ce systèm.e. Or, pour Platon, ce qui est, c'est V intelligible. Dans quelle mesure le particulier ^i Y individuel y entrent-ils? A ce titre, y a-t-il des idées seu-
lement des genres et des espèces^ ou chaque individu a-t-il aussi son idée? Y a-t-il la socratité de Socrate, etc.? Y a-t-il des idées des choses viles et naéprisables, une idée du vice et de la boue? Y a-t-il une idée du non-être et de la négation?
La réponse de Platon est peu claire. Elle paraît être celle-ci {Parménide) : « Tout ce qu'on peut concevoir, ce qui est intelligible, ce dont on peut rendre raison a son idée. L'esprit ne s'arrête que devant \accident. L'accidentel échappe à la raison humaine et ne peut se définir.
Mais, sur ce point, les Platoniciens eux-niêmes se divisent. D'après Aristote, Méi.^ XI, ch. m, Platon lui-naême n'admettait que les idées des objets naturels, oTroo-a cptio-ei., non des produits de l'art. Il est dit d'après les Platoniciens qu'il n'y a aucune idée de la maison et de l'anneau \ Mais le point reste obscur et malaisé à décider ^
Platon, nous dit-on, pourrait bien avoir varié lui-même sur ce point. Peut-être aussi qu'embarrassé il aurait éludé la question à l'aide de son ironie. Le problème d'ailleurs, quant à l'art, peut trouver une solution probable. L'artiste qui travaille d'après une idée ne la prend pas tout à fait dans la nature, mais en lui-même ou dans son esprit, d'où elle passe dans son œuvre qui la réalise. Sans doute il n'en est plus de même de Dieu. Mais dans Dieu elle est au moins comme possible. Tous les possibles sont compris dans l'intellect divin en attendant qu'ils deviennent effectifs et se réalisent. (Voir Fouillée.)
L'explication est ingénieuse et ne manque pas de vérité:. Quant à nous il nous paraît difficile de ne pas se ranger de l'avis de ceux qui ne font pas d'exception même pour Part, sauf à chercher à lever la contradiction apparente ou réelle de la doctrine platonicienne. Que Platon ait été embarrassé
1. ôpiCov-ca-. Ss TY)v t8£av TrapâSetyiAa tu)v xaxà çjitv àuovtov. Alcinoiis. Int. in plal. philosopliiam, ch. ix.
2. Deliniiinl aiiloni ideam exemplar œlcrnum eorum (|iiaî secinulum natiiram cxistunl. Nani plurimis ex iis (jui Plaloncm sccuti sunl minime placuit, arle facloriim idcas esse ut clypei et lyrœ, neqiie rursus eorum qua' praHer naluram ut febris et cholera% noquc parlioulariuni ut Socralis cl Platonis, neciiic. ctiam rerum vilium. veluli sordium cl fcstiica', necpit' rolalionum, ul majoris et excedrnlis, esse nnmque idcas intellrctiones Doi a'iernas ac se ipsisœlernas : cïvai yap xàc cSea; voiÎtôi; ôeoO a'icûviou; xk xal a-jTOTeXst;.