LA CAUSALITÉ DES IDÉES
à lui comme à la source de tout bien, de toute perfection {Rép.^ YI); il est le niprême désirable [Phèdre).
Mais, selon Aristote, Platon, s'il l'admet, n'a pas le droit de l'admettre. La raison qu'est-elle? C'est que la tendance au bien suppose l'activité, et l'activité, selon lui, est absente du système.
Ceci est le point en litige. En face d'une doctrine si constamment affirmative du contraire, l'assertion ne suffît pas. Si logiquement cela est, il faudrait le prouver. L'idée platonicienne n'a-t-elle pas, comme opposée à ce qui la précède, la vertu d'allier les contraires? La variété s'y ajoute à Tunité; le mouvement au repos {supra). C'est donc pousser un peu loin la rigueur systématique. Cette logique à outrance est celle de tous les systèmes intéressés à nier aux autres ce qui doit chez eux les remplacer, à contester ce qui est leur légitime possession. Ce que cette critique détruit, l'histoire le réintègre; cela est encore plus évident pour la cause finale.
Ce qui, en effet, est manifeste et hors de doute c'est que les mots qui désignent la fin : TD^oç, to £V£xa, ou svsxa, reviennent sans cesse dans la langue de Platon; ils expriment bien sa pensée et répondent à sa manière de concevoir les idées. Celles-ci, les idées, que sont-elles? des modes de la pensée sans doute; elles forment par leur ensemble le Logos universel. Mais c'est aussi en vue des idées et pour réaliser les idées qu'agit leur principe et que le monde visible est créé. A l'idée du Bien ou au Bien il doit son existence. Il y a plus, dans ridée de chaque être sont compris son but et sa fonction. Chacun fait partie de l'harmonie du tout {Lois, X). — La finalité règne partout dans la philosophie de Platon, toute sa physique en est pénétrée; encore plus sa morale et sa politique en portent l'empreinte. Partout la fin morale apparaît; elle préside à l'ensemble et règle les détails. S'il est un reproche à faire à Platon, c'est plutôt d'avoir abusé du principe téléologiqiœ, reproche déjà fait à Socrate *.
1. «^La cause finale, nous dit M. F. Ravaisson (o09, Met. d'Aristole), c'esl-à-dire le bien ne peut pas figurer dans le système platonicien. Il est vrai que Platon nomme le Bien, le principe de l'être et de la vérité... Mais (pfesl-ce que le bien d'un être sinon la lin à laquelle il tend et où il doit trouver la perfection
L'univers est sorti d'un acte de la bonté divine {Timée) agissant en vue du bien {ibid,). Cette idée, déjà si fortement marquée dans Socrate, qui regrette {Phédon) qu'Anaxagore n'ait pas poursuivi et appliqué ce principe, Platon l'aurait-il omise ou rejetée? Aristote qui la revendiqué comme sienne, s'il le peut à son point de vue, ne le peut absolument. Même théoriquement le point est contestable. Son système s'y prête mieux, soit. Gela est vrai. Mais l'idée platonicienne n'est pas dépourvue de finalité plus que d'activité. Par son essence même elle est capable de mouvement au moins comme alliant les contraires. Il faut donc encore se garder ici de prendre à la lettre ce qu'en dit Aristote, trop intéressé à nier ce qui n'est pas tout à fait sa propre théorie. Autrement toute la philosophie platonicienne n'a plus de sens ; il faut en réformer la langue, donner à celui qui s'en sert un perpétuel démenti. Vacte et la puissance sera un grand pas de fait, une conception supérieure dans l'ordre métaphysique. Ce n'est pas une raison de nier à celui qui a frayé la voie ce que lui-même a trouvé de supérieur à ce qui fut avant lui chez ses prédécesseurs.
Dans la querelle des systèmes, cette manière de raisonner qui les rend intraitables n'est pas rare. L'histoire plus pacifique est aussi plus équitable.
IIL La substantialité des idées. — Un autre point de controverse est relatif au mode d'existence des idées. Sont-elles des êtres réels, des entités, des substances, ou de simples attributs, des qualités?
Si Ton prend à la lettre ce qu'en dit Platon, il semblerait, en effet, que ce sont des êtres, de véritables substances. C'est bien ainsi qu'il les désigne : a-jTa xaG'aùxa. Elles ont une existence séparée, yiopia-Ta'l (voir Stallbaum, p. 91, 274). Aristote, qui s'autorise de la langue de Platon pour le criti-
de sa iiahirc? Le bien suppose donc le miouvjmiumiI et le progrès. Le biei» n'est donc dans le système platonicien (pi'un mot vide de sens. » — Qn'on y prenne ganl»' : avec cette logiijiie le Dieu d'Arislote, qui est aussi le Bien {M(^t., X), pourrait se trouver lui-même immobilisé. Ce moteur immobile
meut le monde, il l'sl vrai, mais seulement par attrait; il reste la pensée de la penst'e, innnobile. L(« dualismr subsiste. — On suppose touj«)urs d'ailleui^s à /'/fl/o/t fjraluilrmrtd qu'il reste dans la sphère des abstractions logiques; ce qui est l'opposé du système, contraire h tout son esprit.