‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 37 sur 168 · LA SUBSTANTIALITÉ DES IDÉES · texte numérisé non relu

LA SUBSTANTIALITÉ DES IDÉES

quer, les nomme des existences réelles {Met., I, XIII). Il y puise ses objections. (Ibid.)

Mais ces mots ont-ils dans la langue ancienne et dans celle de l'idéalisme platonicien, le même sens que nous attachons à ces termes? Non sans doute, puisqu'ailleurs ils ne l'ont plus. Ce sont alors de simples modèles, des types, des essences ou noumènes, vovi^aam. La vérité est qu'il n'y a rien ici qui ressemble à ce que nous appelons des substances ou des êtres, qu'il s'agisse des corps ou des esprits, à ce qui est dit de la substantialité des atomes, des formes ou monades, des personnes, etc. L'idéalisme a sa langue*, qu'il faut comprendre. Les unités, enades ou monades, hypostases y sont prises substantiellement, mais non matériellement ou corporellement. Que sont-elles? des êtres ou des déterminations de l'être? Le mot est encore trop moderne. Nous pensons qu'une certaine indétermination ici est le milieu où la vérité réside ; il convient de s'y tenir. La solution paraît peu satisfaisante, mais qu'y faire? Gela tient à tout le svstème. Ce sont des substances, sans doute, mais comme l'entendent ces écoles.

Que veut dire cette séparabilité elle-même? S'agit-il d'une existence réellement isolée ou séparée : 1° séparée de Dieu; l'être par excellence ou du Bien ; 2"* séparée des êtres finis du monde réel, ou sensible? Alors que signifie la participation, la communication, la présence des idées? Je laisse de côté l'imitation ou la ressemblance. Tout cela n'a plus de sens. S'il y a participation, présence réelle des idées dans les objets, on doit admettre une certaine union, sinon immanence. Les idées néanmoins conservent ce qui est leur essence propre, savoir leur simplicité, leur pureté, leur inaltérabilité. En cela elles sont distinctes ou séparées de toute existence matérielle ou corporelle. Comment? c'est le côté obscur, non résolu du problème. Mais résolu ou non, l'affirmation subsiste ^

Ce qui est dit des idées par les platoniciens, les pythagoriciens le disent aussi des nombres qu'ils nomment des causes, des principes distincts des réalités. Ce sens est celui que

1. Dans la langue hégélienne, la substantialité appartient aussi aux idées, non aux êtres particuliers, /d., Scheiling (Weize, Solger).

2. Sur ce point M. Fouillée, Teichmidler en opposition avec Ed. Zeller, etc.

leur donnent les réalistes d'un autre temps qui eux, précisément, sont les idéalistes (formes substantielles) opposés aux nominalistes ou aux conceptualistes, lesquels n'admettent que des individus et leurs qualités communes, telles que l'esprit les conçoit ou se les représente. — Ceci nous conduit à une autre question : la participation aux idées.

IV. La participation aux idées. — Ceci est le point capital, le nœud du système. Tout le platonisme y est engagé. Aussi l'attaque d'Aristote, sur ce point, est très vive. Si déjà, en effet, il est très difficile de comprendre le rapport des idéea entre elles, dans cette théorie, la difficulté d'expliquer le rapport des idées aux choses ou des choses aux idées est bien plus grande encore. Mais n'en est-il pas de même de tous les systèmes idéalistes? Tous s'efforcent de résoudre le problème. Tous l'ont tenté, aucun n'y a réussi. Qu'il y ait entre eux des différences et un progrès, on peut l'accorder. C'est la pierre d'achoppement des métaphysiciens de toutes les écoles. Le matérialisme, qui nie les idées; le panthéisme, qui absorbe tout en elles et dans Dieu, échappent à la difficulté. En supprimant l'un des termes on supprime ainsi le problème. Celuici reste intact. Parviennent-ils seulement à se rendre intelligibles?

La solution platonicienne, on le sait, c'est \'à participation^ |ji£T£^'.s, substituée à M imitation^ jjL'lar.an;, des pythagoriciens, que Platon, néanmoins, lui-même reproduit en lui donnant une signiflcation nouvelle.

Le monde pour eux était une imitation des nombres, il est, selon lui, une représentation des idées. Les choses réelles ou V\ûh\Q^ participent des idées qui, elles-mêmes, participent de la raison divine ou de la substance éternelle, de l'idée des idées, l'idée suprême {infra),

A la participation et à l'imitation s'ajoute chez Platon la présence^ -aoojcrb., ou encore la communication^ xo'.vtovla. Les idées sont dans le monde par leur présence^ elles se cotnmunif/uent 'à\i\ choses '.

1. AiÔTi |x£T£/£t âxîivoj ToO >tâ)>o"J (Plicdon); toO xâ>,oj îîtî Trapo-JTta, cïxz xoivu)vta. {I/nd., 100,* D.)

Lk PARTICIPATION AUX IDÉES 143

Mais en quoi consiste cette participation? Gomment les idées se communiquent-elles aux choses? Gomment y sontelles présentes *? Platon ne le dit pas, il ne Texplique pas, du moins théoriquement, d'une façon abstraite. Il emploie des comparaisons, comme on l'a fait depuis, celle de la lumière qui traverse les corps sans s'y mêler ou que ceux-ci reflètent, celle du soleil et des ombres. En somme, ce sont des analogies.

Ysi participation est un mot vague et ne résout pas la question. Il y a plus : la tendance évidente est d'absorber le réel dans l'idéal, défaire prédominer Vidée. Gela a pour effet d'ôter aux individus leur existence propre, de ne voir en eux que des ombres de réalité. Ainsi ont fait les pythagoriciens, après euxleséléates; Platon, qui maintient aux idées leur généralité, s'efforce de les rapprocher des choses sensibles et celles-ci des idées. On doit lui en savoir gré. Le moi participation dit plus qu'imitation, sans doute. Mais le rapport reste indéterminé. Le théoricien des idées n'ose pas trop faire descendre les idées de la région idéale. Celles-ci restent en dehors des objets, jîùoii-zdi. Leur présence, Tiapouo-ia, qu'est-elle? réelle ou fictive? La communauté, xotvwvU, est-ce à la lettre qu'on doit l'entendre? L'idée n'est-elle pas sans mélange? Comment y gardet-elle sa pureté? Autant de questions à résoudre. Ce qui fait défaut c'est l'individualité, le déterminé, l'activité personnelle ^ sacrifiés ou compromis ^

C'est, dit Aristote, se payer de mots vides et faire des métaphores poétiques : x£vo)voy£lv i'j-zi xal ^sTacpopàç Tv^ysiv-Ttoir,z^xy.; {Mét.j I, vil). C'est trop dire. L'obscurité du problème devait au moins tempérer cette sévérité. Ce problème, Aristote l'a-t-il lui-même résolu? L'idée pour lui, c'est la forme, elooç^ unie à la matière. Soit. La distinction de la puissance et de l'acte est en métaphysique un progrès réel. Supprime-t-elle les difficultés? Et la science a-t-elle pu depuis s'en contenter? Le fait est que toutes les écoles depuis ont repris ce problème et toutes, plus ou moins, y ont échoué. Le panthéisme, on l'a

1. Sur la IlapouTia (Prœsentia), voir Phéd., 100, D. toO xaAoO tizt itapoua-îa, D. £iT£ y.oivwvca. Lys., 217., E; Gorg., 447, E; Soph.,2il, A; Lys., 217; Polit., IV, 437, E.

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