‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 41 sur 168 · PREUVES DES IDÉES · texte numérisé non relu

PREUVES DES IDÉES

es procédés (^^^jom) est l'analogie avec la pensée humaine, le vôjGl o-sauTov, qu'il pratique quand il s'agit de Dieu et des idées omme quand il étudie l'homme et la raison humaine, /homme trouve en lui-même ces idées et ces principes qui 'appellent des vérités nécessaires. Elles sont le fond même e sa raison, à la fois sujet et objet. C'est l'essence de son tre et de la pensée, la raison elle-même {I Alcibiade). Gomlent en serait-il autrement de Dieu? Elles sont en Dieu la aison divine, le Xoyo; divin \ non en dehors de lui, mais en li. Il est le lieu des idées, vôti-zoc, tôtto^. C'est aussi en luilême qu'il les voit.

Autre analogie non moins réelle, celle-ci tirée de Vai^t. Dieu 3t artiste, il crée le monde en artiste [Timéè)^ d'après le lodèle éternel. Ce modèle où le prend-il, sinon en lui-même?

en est comme de Tartiste qui conçoit son œuvre avant de i réaliser et qui trouve dans sa pensée le modèle qu'il exéate. — Selon nous, toutes les difficultés qu'on accumule L Martin, Zeller, etc.) ne peuvent prévaloir contre cette lanière d'entendre et d'expliquer Platon -,

Sur ce point notre conclusion comme sur beaucoup d'autres, est qu'il est plus sage, en admettant le principe, de rester ans l'indétermination d'où son auteur n'est pas sorti luilême. Ou bien l'on s'expose à se jeter dans les interprétaons qui rapprochent le platonisme, mais en l'altérant, des /sternes ultérieurs, néoplatoniciens, etc., ou modernes ou )ntemporains.

YI. Preuves de l'existence des idées. — Nous termi-

3rons cet exposé de la théorie des idées par un point beau-

'»up plus aisé à résoudre. Il est relatif au reproche que fait

Platon également Aristote, celui de n'avoir pas prouvé

existence des idées. Ce reproche est-il fondé? Selon nous,

<3st méconnaître tout à fait la manière dont s'établit et se

] ouve un système. Cela est vrai surtout du principe qui en

. Ces vérités que tout entendement aperçoit toujours les mêmes sont quel- < e chose de Dieu ou plutôt sont Dieu même. (Bossuet, C. de Z)., IV.) — Cf. Fé- 1 Ion, Malebranche, Leibniz.

l. Sur ce point la polémique de M. Fouillée contre les adversaires de celte <inion (H. Martin, Zeller, etc.) nous parait victorieuse.

est la base et qui sert à rédifier. Le moyen, indirect si l'on veut, mais naturel, c'est précisément celui qui a été dit au début comme ayant donné naissance à cette théorie. Il consiste à faire voir l'insuffisance des systèmes précédents, leur inefficacité et en regard l'efficacité du principe nouveau, comme plus capable de résoudre les problèmes qu'ils n'avaient pas ou avaient moins bien résolus. Dira-t-on que Platon ne l'ait pas employé vis-à-vis de ses prédécesseurs [suprayi Sa polémique contre Heraclite, Parménide et les autres est, ce semble, une réponse suffisante. Ce qui est curieux à noter c'est que Aristote n'en use pas autrement vis-à-vis de son maître et de tous ses prédécesseurs, toutes les fois qu'il veut établir sa propre doctrine. Il commence par les réfuter. Puis il fait voir que sa théorie nouvelle explique ce que les autres avant lui n'ont pu faire.

Ainsi en est-il de l'idée platonicienne, mise en face des principes avant elle invoqués, de V héraclitéisme et de Véléatisme, du mégarisme, etc. L'élément de stabilité fait défaut à l'un, l'élément de variété manque à l'autre. Elle seule, Vklée, établit le lien. Elle seule aussi fait franchir à la notion socratique la limite où elle s'arrête. Elle détruit la sophistique, mais elle lui prend ce qu'elle-même a de vrai dans sa négation. Elle ne nie pas pour cela Y apparence sensible; elle la réintègre et la remet à son rang, que la sophistique a méconnu.

Cette supériorité du nouveau système, il n'y a pas, malgré ses défauts, ce semble, à la lui dénier. Or c'est ainsi qu'un principe nouveau se démontre; c'est ainsi qu'il prend sa place dans la série des systèmes. 11 est à lui-même sa preuve. Il s'affirme : 1" en signalant les vides que lui-même est venu combler; 2'' en donnant au problème fondamental une solution nouvelle que les autres n'avaient pas su trouver. Cette solution est-elle définitive? Tous ont cette prétention, aucun n'y peut satisfaire. Aristote lui-même n'y satisfait pas et, après Aristote, où s'arrête le progrès?

Si l'on réclame une preuve plus directe, elle est dans l'analyse que Platon fait de la connaissance humaine, dans l'exposé des degrés de l'intelligence (|ui conduisent à la vérité vraie>

Page 1