‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 50 sur 168 · LE LANGAGE, LES ÉTYMOLOGIES · texte numérisé non relu

LE LANGAGE, LES ÉTYMOLOGIES

locuteur; il montre qu'il se trompe ou que le même mot se prête à plusieurs sens différents ou opposés, que le vrai sens lui échappe lorsqu'il croit le tenir \ C'est, selon nous, le caractère de toute cette longue digression sur la signification des mots, qui nous paraît subtile et d'une longueur fatigante. L'esprit général, comme on l'a fort bien dit, seul est à retenir. 11 n'en est plus de même des mots de la troisième classe. Identiques au fond, quoique différents par la forme, malgré la diversité des sons qui les expriment, ceux-ci se retrouvent en toute langue et forment une sorte de lojigage universel commun aux Grecs et aux Barbares, ce qui fait qu'il n'est guère possible de retrouver leur origine.

La conclusion générale est celle-ci : L'origine du langage, dans toute cette partie vraiment la principale, c'est la dialectique^ une dialectique innée ou instinctive. C'est elle qui a présidé à l'origine et à la formation des langues, qui en forme la base et le tissu. Le reste, ce ne sont que les matériaux, eux-mêmes explicables comme il a été dit. \] instinct rationnel est une sorte de révélation ou de divination. Socrate {ihid.)^ qui recherche ces mots vraiment primitifs, se dit lui-même inspiré d'une sagesse divine dans l'interprétation souvent hardie qu'il en donne ou essaie d'en donner.

C'est ce que veut dire surtout cette phrase significative : (( Les premiers mots, ce sont les dieux qui les ont imposés aux choses, Ta TrpwTa ovôjjLaTa o\ Gso'l sQsTav. » (425, D.)

IV. — Sur ce point capital, sinon le point de départ, le nœud de la question : la vérité du discours et le degré de vérité qu'on doit attribuer aux étymologies, la doctrine est la même. Il n'y a pas non plus à s'y tromper, mais toujours à condition qu'on ait sous les yeux la doctrine entière des idées. Autrement on risque d'être dupe de l'ironie perpétuelle qui se mêle aux explications la plupart hasardées ou très hardies que Socrate (Platon) lui-même ainsi qualifie. Aussi Socrate déclare-t-il lui-même que ce n*est pas en son nom

1. Ceci est dit à propos du mot emmélie^ nom donné à la danse et qui signifie gràce^ élégance. (Ibid.)

qu'il parle et les donne (396 et passim). En cette multitude (le mots de la langue grecque dont lui-même recherche et donne les étymologies, sont passés en revue d'abord toute la mythologie^ puis les termes les plus importants de toute langue au point de vue physique, métaphysique, moral, religieux, esthétique, etc. Or, il en est ici comme dans le Timée Qi\di Physique de Platon. Dans cette recherche purement philologique des mots grecs qu'il déclare empruntés aux barbares quand il est embarrassé de la retrouver, il ne voit qu'un jeu ou un délassement, plutôt qu'une vraie science; ou ce n'est pour lui qu'un objet de conjecture plus ou moins probable. La plaisanterie poussée souvent jusqu'à la parodie perce dans ces explications. 11 recule, dit-il, quand il voit poindre un essaim d'explications savantes, tl o-avo; o-ocp-la;. (401, E.)

D'ailleurs, pour nous y intéresser, il faudrait ce qui nous manque : 1° les traités des Sophistes, de Protagoras, de Prodicus, etc. ; 2° une connaissance plus étendue et plus précise ou moins conjecturale des idiomes anciens, de la langue grecque et de ses origines, etc.

Quant au sujet lui-même, l'essentiel partout à retenir est ceci : la vérité n'est que dans les idées, très imparfaitement dans les mots; car les mots que sont-ils? des images des choses, mais la réalité des choses visibles elle-même n'est pas la vérité; elles-mêmes tiennent leur vérité des idées ou essences qu'elles représentent. Dès lors, la vérité des noms que peut-elle être? un simple reflet de la vérité des choses, celles-ci un reflet des idées qui sont plus ou moins dans les choses. Autrement ils seraient comme il est dit ailleurs des œuvres du peintre, du musicien ou du poète, à trois degrés de la vérité {Rcp., X). Leur vérité ne peut être que par leur participation indirecte ou médiate avec les idées. Les noms qui montrent ou enseignent l'essence des choses doivent s'apprécier d'après cette mesure.

A ce point de vue donc, si l'on vient à juger de la justesse ou de la vérité des étymologies, il n'y a d'autre moyen d'y porter la lumière que de se servir du principe posé au début.

1° Il y aurait une première classe à distinguer, celle dont la

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