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LE LANGAGE, LES ÉTYMOLOGIES

justesse consiste dans la conformité plus ou moins parfaite de la partie matérielle ou extérieure des noms avec les objets ou dans l'imitation. Platon lui fait sa part et les trouve plus ou moins bien faits ou appropriés (osw, couler, etc.).

T Un autre côté de la recherche, plus conjectural, est celui des causes qui ont fait varier le sens des mots. Ce côté laisse à deviner comment telle ou telle forme a été donnée aux mots par assentiment converti en usage. Quand l'histoire n'est pas là pour l'éclairer, c'est souvent une énigme insoluble.

3"* Mais une part plus grande est celle qui répond à la nature même ou à l'essence; voilà ce qu'il s'agit de m.ontrer dans les mots. C'est surtout de ce point de vue que Platon juge les étymologies. Malgré tout ce qu'on peut dire de sa hardiesse souvent aventureuse d'interprétation éloignée de nos méthodes savantes, on ne peut nier qu'il ne rencontre quelquefois très juste. Cette hardiesse conjecturale du reste, lui-même la reconnaît; lui-même invite à ne pas s'y fier. On aurait tort de croire qu'il attache une grande importance à ses explications. La preuve c'est qu'il s'en réfère à des autorités suspectes, à celle des poètes, d'Homère, à celle du devin Eutyphron qui, dit-il, « s'est emparé de son âme et a rempli ses oreilles de sa divine sagesse » (396), etc.

Ce qui est plus clair c'est la marche allant du sensible au rationnel, recherchant partout si le mot, bien ou mal fait, exprime réellement l'essence de la chose ; Platon en général reconnaît une grande justesse et une sagacité profonde dans la manière dont les mots se sont formés à l'origine K II en fait honneur à l'instinct rationnel, sorte d'inspiration divine qui préside à la formation des langues. On se rappelle ce qu'il en dit ailleurs [Lois, YIl). Quant aux noms que les anciens ont imposés aux choses on ne peut, pour la plupart, qu'admirer la justesse et la conformité aux choses. Mais il ne va pas au delà; il est loin de s'asservir à aucune opinion exclusive.

C'est qu'en effet, selon lui, la vérité est ailleurs. Pour lui, on ne saurait trop le redire, les choses elles-mêmes ne sont

1. « Mira in quibusdam rébus verborum proprietas et consuetudo sermonis antiqui quœdam efficacissimis nolis signât. » (Senec. Ep. 81.)

que des copies ou images des idées, et les noms, des copies de ces copies.

Or, il le dit, une image n'est jamais parfaite ou de tout point ressemblante. Autrement ce ne serait pas une image. Elle prendrait la place de la chose, serait une seconde fois la chose môme. — « Du reste, que la môme chose soit exprimée par telles syllabes ou par telles autres, cela est indifférent pourvu que Tessence de la chose domine dans le nom qui la représente. » (154.) — « Mais nous trouvons surtout les vrais noms parmi les choses immuables et naturelles. »

Voilà le dernier comme le premier mot de toute la théorie et de la polémique platonicienne, celle-ci dirigée surtout contre Heraclite, mais aussi contre les autres faiseurs d'étymologies, contre Protagoras ^Proclicus q\, leur disciple Cratyle.

Y. — Reste à tirer la conclimon : celle du rapport du langage avec la science et la méthode. Platon, sur ce point, n'est pas moins net et précis. Ceux qui aujourd'hui veulent que la philologie serve de base à la philosophie (cf. Muller) feront bien de consulter sa réponse et de la méditer.

Les Sophistes, eux aussi, avaient réduit la science de l'esprit humain presque en entier à la recherche du sens des mots et des étymologies, Platon met à néant cette prétention, par des raisons qu'il est difficile de réfuter. Il montre surtout la contradiction qu'elle recèle.

Sa réfutation d'une clarté précise est péremptoire.

Le secret des choses est-il dans les mots? C'est ce que disent Cratyle et ses disciples.

« Est-il vrai que quiconque sait les mots, sait aussi les idées? Eh bien! voyons quelle est cette manière d'enseigner les choses telle que celui qui a trouvé les noms a aussi trouvé les choses, que l'on prend pour guides les noms dans la recherche des choses. »

Platon oppose les raisons suivantes : 1* La première est qu'il faudrait placer la science à l'origine des langues, c'est-àdire lorsqu'elle n'existait pas. Les premiers hommes, ceux qui ont institué les noms, se sont eux-mêmes contredits. "2^ Le langage est chargé de mots mal faits, obscurs, équivoques,

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