‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 56 sur 168 · LA CERTITUDE · texte numérisé non relu

LA CERTITUDE

possession, il a la conviction de n'en pouvoir être dépossédé.

Autrement dit, c'est le sentiment intime et profond que l'âme éprouve de son union intime avec la vérité, la sérénité, le calme qui s'y joint. Cet état exclut tout à fait le doute. L'incertitude n'existe que lorsque la vérité n'est pas clairement aperçue. Une ou plusieurs des conditions pour l'obtenir venant à manquer, la raison n'est pas satisfaite. L'âme inquiète se trouble. Le tourment que l'âme éprouve d'être privée de la vérité, condamnée au doute, ce fait si bien décrit par les modernes [Pascal), Platon ne le connaît pas; du moins il ne l'analyse pas, ne s'y appesantit pas; mais il est comme corollaire dans ses écrits toutes les fois qu'à la science certaine et véritable il oppose V opinion variable et inconsistante. [Théétète, Méno?i, etc.)

On Ta vu, ce n'est qu'au degré supérieur de la connaissance que l'esprit jouit de ce calme, de cette sécurité complète, c'est quand il est arrivé au faîte. Là seulement il se repose parce qu'il est en pleine lumière. Aux degrés inférieurs ou intermédiaires, où il n'est qu'imparfaitement éclairé, il hésite et chancelle, car sa vue est faible et il cligne des yeux. Pour se raffermir, il faut qu'il voie la vérité, telle qu'elle est dans sa source ou bien que, par une opération légitime du raisonnement, le lien qui unit les faits ou les vérités particulières aux principes, soit clairement établi. Alors les maximes, qui en dérivent elles-mêmes, deviennent certaines. Mais encore ne voit-il la lumière que dans son reflet. Ailleurs, c'est moins encore; car c'est le demi-jour de Topinion non raisonnée, incertaine et vacillante, qui remplace la science et la supplée. €e n'est qu'arrivée au terme de la route {Rép., VI), que toute incertitude cesse et que le trouble disparaît. Alors l'esprit vit dans la lumière, il s'en repaît et s'en nourrit. {Ibid.)

Tous les successeurs de Platon, Plotin *, saint Augustin S Descartes ^ Malebranche *, Fénelon % Bossuet ^ Leib-

Page 1