‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 61 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE MONDE (cosmologie)

L Observations générales sur cette partie du système. — Division. — IL Passage du monde idéal au monde réel; raison de l'existence du monde. — La création; difficultés qu'elle soulève. — • Les imperfections du système. — Ses mérites, comparé aux systèmes précédents. — III. Les bases de la physique platonicienne. — La matière, sa nature et ses propriétés, — Le dualisme de Platon.

I. — Cette partie de la philosophie de Platon [Physique générale, Philosophie de la nature) offre à celui qui, sans entrer dans le détail, essaye d'en faire connaître les points principaux, des difficultés et des obscurités auxquelles il est impossible de faire face ou même de s'arrêter dans une exposition sommaire. Elles tiennent, sans doute, au sujet luimême, à l'imperfection des sciences physiques à cette époque, encore plus à la forme le plus souvent symbolique ou allégorique que l'auteur a choisie pour l'exposition de sa pensée. Mais, avant tout, la manière dont Platon conçoit la nature ou le monde sensible dans son rapport avec les idées suffit déjà pour expliquer la hardiesse de ses hypothèses, les incertitudes et les conjectures, les énigmes et les contradictions, apparentes ou réelles, dont sa doctrine, plus que partout ailleurs, ici est semée.

Pour lui, en effet, les idées ont seules, on le sait, une existence réelle. En elles résident, avec la fixité et Fimmutabilité, la vérité {Timée^ 29, B). Le monde visible est leur ombre. Les êtres qui le composent dans leur nature intime et leur composition, les lois particulières qui les régissent, etc., ne peuvent être connus que d'une façon qui leur est analogue, comme étant le non-être opposé à l'être : par conséquent d'une manière inadéquate, peu propre à satisfaire la raison qui s'y emploie. L'incertitude de l'objet se communique au sujet, qui ne l'aperçoit que confusément, non d'une vue claire et distincte [siipra^ Ç>Ç>). La connaissance, non scientifique, ne saurait être qu'approximative et conjecturale. Le vrai y fait place au vraisemblable.

Platon ne croit donc pas que la science de la Nature soit possible. Le monde des sens est celui de la contingence, de la mobilité; il est plein de confusion et d'obscurité. Nul effort de la raison humaine n'est capable de soulever le voile qui en dérobe à notre esprit la profondeur mystérieuse. Gicéron traduit très fidèlement sa pensée quand plus tard il dit : Mirabiliter occulta natura est^ — ut nulla acies humani ingenii tanta sit quœ penetrare in cœlum, terrain intrarc possit (Acad., II, 39).

En d'autres termes, ce monde n'a d'existence que par les idées qui y apparaissent. Elles seules y introduisent l'ordre, la régularité, la fixité. Mais, comme elles sont séparées des objets réels, qui ne les imitent que très imparfaitement, elles ne peuvent aussi être qu'imparfaitement connues. Toute recherche de ce genre n'aboutit qu'à la vraisemblance. Il ne faut rien chercher au delà, [j.r,o£v -ipa Çri'wit.v *.

Aussi Platon n'attache-t-il qu'une importance médiocre à cette partie de son système. Il ne l'expose pas en son nom; il la met dans la bouche d'un pythagoricien, Timée de Locres. Les notions les plus positives, quand elles ne sont pas empruntées aux Pythagoriciens, le sont aux Ioniens, à Empé-

1. Timée, 60. — « Si donc, après tant de discussions, de tant d'auteurs, sur les dieux et la foruialion du monde, je ne suis pas en élat de donner des explications d'un accord et d'une rigueur parfaits, il faut s'en contenter; sur un pareil sujet, il convient d'accepter les discours vraisemblables. »

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