‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 62 sur 168 · LE MONDE · texte numérisé non relu

LE MONDE

docle, à Heraclite ou à Démocrite. Les derniers physiciens ou physiologistes de cette école, surtout Hippocrate, sont mis à contribution. S'il y mêle ses vues propres dans le détail, on voit qu'il n'y tient pas. Ce qui est original et nous importe, c'est sa conception générale de l'univers, la manière de procéder et les résultats qui tiennent à l'ensemble. A cela seul nous devons nous attacher.

Quoique, à ce point de vue, la forme allégorique ou symbolique soit en général assez transparente, bien préciser la pensée totale qui y est contenue n'est pas facile. On ne sait trop où commence, où finit le sérieux dans cet exposé mythique ou poétique qui ne doit pas être pris à la lettre. Démêler ce qui est du poète ou du mythologue offre une énigme dont la solution laisse toujours à désirer.

Lui-même Platon nous en avait averti. Dans « ce festin hospitalier de discours » (27, D), comme il l'appelle, auquel le lecteur lui-même est convié, il est à choisir entre les mets qui lui sont offerts. Il ne faut voir dans tout cet entretien qu'un amusement modéré, pisTpov uo'LSt.av, des sages (60). Les contradictions mêmes ne sont pas rares, que l'auteur ne prend guère la peine de lever et même de dissimuler.

Division. — Ce qui, de cette seconde partie, est pour nous d'un véritable intérêt est ce qui suit :

1° Le passage du monde idéal au monde réel ou de la dialectique à la physique;

2° Les bases métaphysiques de la Physique platonicienne;

3° Le système du monde considéré dans son origine et sa formation, sa structure générale;

4° Ce qui doit fixer surtout notre attention et exige qu'on entre dans les détails d'une étude particulière, c'est ce qui concerne Vhomme au physique et au moral, V anthropologie Qi\^ psychologie \

5° A celle-ci se rattache particulièrement la théologie, le point culminant de la philosophie spéculative.

IL Passage du monde idéal au monde réel, — Le dernier mot de la dialectique de Platon, Vidée du bien ou plutôt le

Bieti, est aussi le premier de sa physique. Le monde a sa raison d'être dans la bonté divine, la bonté étant l'attribut essentiel de rêtre parfait par lequel il se définit (^?^/?ra). Le texte du Timée où cette pensée est exprimée est célèbre et toujours cité :

(( Disons par quel motif l'auteur de l'univers l'a ainsi composé : il était bon, or celui qui est bon ne conçoit jamais d'envie, àyaGo»; r^v, àyàGo) Vt oùSsi; Trip», oùoivo; o-joÉttotî h^(\''ÇiZ' Taicpe6vo;(T2/77., 29, E).

Le commentaire qui en est partout donné est celui-ci : Dieu, le bien absolu, ne reste pas enfermé en lui-même. Il sort des profondeurs de son être pour se manifester. Etre et cause à la fois, il devient cause féconde. Gomment? en donnant l'existence à d'autres êtres auxquels il communique une partie de ses perfections et de ses attributs à des degrés différents, sans cesser d'être lui-même l'être parfait. Et cela il le fait en vertu de sa bonté. Or, la bonté ici c'est l'amour, non l'amour tel qu'il est donné dans le Banquet^ comme étant né du besoin, d'un manque ou défaut, de la privation, ce qui est le sentiment de l'imperfection chez les êtres finis. L'amour ici, ce n'est plus cet intermédiaire entre l'être et le non-être comme il a été alors défini. Dans l'être parfait au contraire, il est a l'abondance » ou la plénitude de l'être, qui s'épanche au dehors et devient fécond. Dans sa fécondité, il engendre d'autres êtres semblables à lui et qui tiennent de lui leur existence, auxquels il ne peut porter envie, qu'il doit aimer puisqu'ils sont sortis de lui-même, et sont ses créatures, qu'ils lui ressemblent, mais seulement dans la mesure où le fini, l'imparfait peut ressembler à l'infini, au parfait.

Tel est le sens de ces paroles. L'optimisme de Platon n'y est pas moins clairement indiqué, comme le prouve ce qui suit: « Car, puisque Dieu voulait que tout fût bon, et qu'il n'y eût rien de mauvais autant que possible, trouvant toutes les choses visibles, non en repos, mais dans un mouvement sans règle, il l'a fait passer de la confusion à l'ordre, jugeant que cela était préférable. Or, il n'est pas permis à un être excellent de rien faire qui ne soit très beau : Gijjii.? Se out' ett». tw àpÎTTto ooàv àX/o •n).fjV to xaXXiarov (30, A).

« Grande et noble pensée, dit Hegel. Dieu n'y ressemble pas

Page 1