LE MONDE; BASES DE LA PHYSIQUE
Mais si, par ce côté, l'imperfection du platonisme ne peut être niée et doit être signalée, le progrès par rapport aux systèmes précédents n'est pas moins réel et ne doit pas être méconnu. Ce progrès, il est : l'' dans l'idée du bien, l'idée suprême, dans la conception de Dieu comme le bien absolu agissant par amour et avec intelligence, non en vertu d'une aveugle nécessité. Le monde est issu du bien, ou plutôt de l'être souverainement bon. C'est la raison d'être du réel. L'univers visible, y compris l'homme et tous les autres êtres, n'existe et ne s'explique que par un acte incompréhensible, il est vrai, mais réel, émanant de la bonté dans la cause qui l'a produit. Platon, s'il ne dit pas comment, l'affirme. 2° Il y a plus : il dit que, cela étant, Tœuvre totale elle-même sera bonne, qu'elle sera semblable à sa cause, autant qu'il est possible à l'imparfait de ressembler au parfait. C'est assez déjà pour honorer un système.
Mais, il faut l'avouer, de cette difficulté inhérente au problème naissent bien d'autres difficultés que Platon ne résout pas quoiqu'il les ait peut-être entrevues. Aujourd'hui qu'elles sont mieux comprises, la solution qu'on en donne est-elle bien satisfaisante? Une des principales est la matière. Ellemême, le non-être opposé aux idées, n'a de réahté que parce qu'elle reçoit en son sein les idées. Elle existe cependant et celles-ci ont besoin d'elle pour se manifester. C'est la condition. Comment cela se fait-il? Dire que la matière est le possible avant l'acte, est devancer Aristote (Fouillée). Platon tranchera le nœud en faisant intervenir la force créatrice ou divine qui forme le monde à la manière de l'artiste {T:ovrf:r^c) agissant sur un bloc de marbre. Cela n'explique pas le comment, cela ne supprime pas le dualisme. Platon s'en tire par des métaphores et des analogies. Dieu, la cause, alxia, agit avec intelligence, les yeux fixés sur le modèle éternel, rtapàBsLyjjia. Il place l'intelligence dans l'âme, l'âme dans un corps mortel, etc. Qu'est-ce que l'âme du monde elle-même, distincte de la divinité?
La seule excuse est de dire que nous sommes en face du problème le plus difficile pour la raison humaine, celui de la création, la pierre d'achoppement des nouveaux comme des anciens systèmes.
III. Les bases de la physique. — 1° Dieu la cause première d'où est sorti le monde, 2° la matière sur laquelle s'exerce l'action divine, 3"* les idées médiatrices servant de modèles, TrapaôsivjjLaTa, à l'ouvrier, or,[jn.o'jpY6ç, qui façonne le monde dans son ensemble et lui donne ses lois, telles sont les trois bases de la physique platonicienne *.
Les idées nous sont connues. Entre elles et leur principe la réduction aussi a été opérée [supra). Les idées, en effet, ne sont que des modes ou attributs de l'entendement divin ou, si Ton veut, des perfections divines.
Dieu et la matière mis en présence, tels sont les deux facteurs du système.
De Dieu nous aurons spécialement plus tard à déterminer l'existence, la nature et les attributs {théologie). Nous n'avons à en dire ici que ce qui est relatif au monde en cet endroit du système.
Dieu, l'auteur de l'univers, '^^y;r\ to-j TiàvToç, lui-même n'ayant jamais commencé d'être, ysvstîw; àoyy.v kyyr/ oOoôjjlUv (28, B), apparaît ici comme cause efficiente non simplement formelle^ ainsi que le veut Aristote. Est-il aussi cause finale^, on le verra mieux plus loin. Il donne naissance, Y£V£crt.v, au monde. On ne saurait formuler plus nettement la nécessité d'une cause première. « Tout ce qui naît doit venir nécessairement d'une cause, 'jTr'alTÎou tlvo; s; àvàvxr,;; yiyvso-Ba». (28, A). Cette cause est-elle vraiment créatrice? Nous n'y reviendrons pas, si ce n'est pour faire remarquer que les anciens n'avaient pas de la création l'idée nette que nous avons. Si pour eux le vague de cette idée est dans le langage, c'est qu'il est dans leur esprit. Cette idée de Dieu tirant de lui-même ou du néant des êtres finis mais réels, et cela sans autre condition qu'un acte de sa pure volonté, faisant qu'une chose qui n'était pas soit par sa volonté, leur est étrangère. Cette conception plus tardive et toute chrétienne ne leur est jamais apparue. Pour nous, nous devons nous en tenir à ce qui est du pur platonisme, c'est-à-dire à la solution, qui n'en est pas une, donnée par Platon, à ce pro-
1. nXàTtùv Tpeî; àp'/a; tov Olov, Tr,v 0)«r,v, tt,v tîéav. {Aélius^ I, cli, xii.)