LE MONDE; LA MATIÈRE
blême de la genèse du monde, et aux termes dont il s'est servi pour Texprimer.
Platon appelle Dieu l'auteur et le père de cet univers : Tov TTO'.r.TT.vxal TcaTspa ToGos to-j TravToç (28, G). Mais s'agit-il d'aller plus loin, de déterminer sa nature et de la comprendre, le philosophe s'arrête, on la vu, comme devant un insondable mystère. Ce qui est clair, c'est que Dieu, cause non seulement de l'ordre, mais de l'existence du monde, n'est toujours à ses yeux que le démiurge. Il l'est, puisque n'étant pas créateur de la matière, il se borne à la façonner. Le dualisme subsiste malgré les efforts de Platon pour l'atténuer et le dissimuler. La matière étant coéternelle à Dieu, Dieu agit sur elle à la manière de l'artiste. C'est ainsi qu'il apparaît dans tout le système. Il est dit Vouvrier du plus beau et du meilleur des ouvrages, to-j xalAio-Tou xal k^ii-zo^j o/j|;L!.oupYoç (28).
La matière. — ■ Définir la matière, ce second principe, dire non seulement ce qu'elle est, mais dans quel rapport elle est îivec le premier dans ce système, n'est pas facile, et Platon iui-mème ne croit pas pouvoir le faire avec exactitude. La matière, il la nomme une espèce bien difficile et bien obscure à comprendre, xaAs-ov xal ajj.'jopov zloo:; (49, A). Elle ■est non proprement un être, mais seulement quelque chose d'analogue. Sa propriété, qui marque son rôle, est d'être le réceptacle de toute génération, Tïàa-T,; elva», Ysvéa-sws ùrioooyr^v. Métaphysiquement elle n'est pas l'être, to ov, mais le ?io?iêtre, 10 ;jL-/i ov, par opposition à Vêtre. Cela pourtant ne veut pas dire qu'elle n'est pas du tout ou qu'elle n'existe pas; mais n'étant pas une substance ni une essence, elle est comme le négatif opposé à l'affirmatif, Vindéterminé au déterminé^ cf,-E^.p6y, izépoLc;. Platon n'accorde, on le sait, la vraie existence qu'aux idées. Le reste est d'une existence secondaire, quelque chose qui ressemble à l'être. Ainsi quoiqu'elle ne soit pas Pêtre, to ov, elle est seulement to toioutov oiov, To ov, quelque chose qui ressemble à l'être. Quel est ce TO'.ouTov? C'est, dira-t-il ailleurs. Vautre opposé au même, to £T£pov, TauTov. Au poiut dc vue quantitatif, elle est la dyade du grand et du petite opposée à la monade ou énade. Elle
est aussi appelée la nécessité^ àvà-ocr,, le principe aveugle ou irrégulier, qui s'oppose à l'action régulatrice de l'intelligence, la limite et lui résiste, fait obstacle à la perfection de ses œuvres. Physiquement, qu*est-elle et quel rôle lui est assigné? On l'a dit. Elle est l'élément passif ou récepti f o^i^osé au principe actif, à la cause proprement dite et qui est active. Ce principe passif, ce réceptacle universel, hlv/rj. |jL£vov, £X|jLaY£l!ov, rcçoit toutes les empreintes, il prend toutes les formes et n'en a aucune, à'jLÔcjiT,. Cause de la ^jénération des êtres, il l'est aussi de leur destruction, de la corruption, du mal et du désordre; il est encore appelé la mère, ;j-r,Tr,p, et la nourrice, TiOr.vr,, des êtres engendrés.
Rien donc de plus difficile à déterminer que la matière dans Platon. Elle répond à la dyade pythagoricienne. Ici, dans la physique, le système du monde, elle apparaît partout comme lélément désordonné, rebelle à l'action divine, à la régularité, à l'ordre, à l'harmonie. C'est le principe du mal {T/iéèt., 176, B). Platon cherche, autant que possible, à diminuer son rôle. Elle n'est pas moins éternelle comme Dieu et Ton ne peut éviter ainsi le dualisyne qui, d'ailleurs, sauf pour les Eléatiques, est un caractère commun à tous ces systèmes.
Il en résulte, pour ses propriétés, qu'elle n'en a aucune qui soit positive. Toutes sont négatives, elle est informe^ à;jLop.pov, invisible, intangible, etc.; elle échappe aux sens et n'est perceptible que par une sorte de raisonnement bâtard, aov'.tulw t-.vI vôfico, qui n'en donne point une notion précise. Elle n'est pas moins éternelle et la condition de toute production sensible.
On distingue aussi en elle une matière première, 'Ar^ --w-rr., et une matière seconde, celle dont les corps sont formés et qu'on distingue en eux, d'une nature diverse, le feu, Vair, l'eau, etc.
En tout, c'est l'être indéterminé, àrî-.pôv ; c'est aussi le lieu, t6-o;, dont l'unique propriété est de recevoir, de contenir : ytôpa, TO ÈvoiyouLîvov.
Mais cet espace, alors, comment le remplit-elle et devientelle étendue? Comment résiste-t-elle? Timée l'appelle le lieu, TÔTTo;, ce qui re«;;oit la forme ou l'empreinte, ce en quoi les