‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 66 sur 168 · LE MONDE; LE DUALISME DE PLATON · texte numérisé non relu

LE MONDE; LE DUALISME DE PLATON

choses naissent, to sv (7) y^yvÉTa',. Platon identifie aussi la nature avec l'espace. Aristote, du moins, le dit {Phys.^ IV, 12). On se demande qu'est-ce que l'espace vide? Perceptible à l'aide des sens par un raisonnement bâtard, elle nous apparaît comme un songe, etc. (p. 52, 55, etc.).

En résumé, et sans vouloir insister sur les difficultés insolubles du sujet, on voit ce que Platon entend par matière. C'est : P" la condition de Pexistence sensible. Lui-même dit qu'il y a trois choses distinctes : l'être [Vidée), le lieu et le devenir, et qu'elles existaient avant le ciel.

2° Cette matière qu'il appelle aussi la noiirrice de la génération apparaît en lui sous toutes sortes d'aspects ou de formes. Si Pon s'en tient aux expressions de Platon, elle est le non-être et n'a rien de réel\ du moins ce n'est pas une substance, mais non pas aussi un pur néant, c'est une sorte d'intermédiaire entre le néant et Y être ; mais elle est nécessaire. Elle est la nécessité, élément d'imperfection, de désordre et de résistance. Elle apparaît partout comme le côté d'indétermination dans les choses réelles.

Livrée à des forces dissemblables, elle-même est une force aveugle; « elle s'agitait à leur gré au hasard et les agitait à leur tour, etc. ». Le rang et le rôle que Platon lui assigne dans la création sont fort obscurs et cependant ce rôle est considérable. Il revient sans cesse dans tous les endroits obscurs de sa philosophie.

Dans l'ordre moral, il apparaîtra aussi sous la forme du mal, de la nécessité opposée à la liberté des âmes (Politique \ Réf., YIII). Ce qu'il y a de clair, c'est que Platon lui-même est embarrassé toutes les fois qu'il en parle, et néanmoins il ne peut s'en passer. Il a beau atténuer son rôle, elle n'est pas moins éternelle et nécessaire.

Le dualisme de Platon. — La Physique de Platon offre donc deux principes. Le dualisme n'y peut être nié. Dans quels rapports sont-ils? Sur ce point Platon il'hésite pas. Dieu est le premier, le vrai principe. Sa supériorité est affirmée de la façon la plus formelle et la plus haute. La matière, le second principe, lui est subordonnée et lui obéit. Elle n'est que la matière que l'ouvrier travaille et façonne à son gré. Il

la plie à ses desseins et la marque de son empreinte, et en tire ce qu'il veut.

Est-elle bien même un principe? En un sens, on pourrait le nier. Elle s'efï^ice, mais elle oppose au vrai principe une résistance qui est une limite.

Le dualisme de Platon est évident. Il est chez lui, comme chez tous ces philosophes pour qui la Nature est éternelle. Dieu est Fauteur du monde, -oiy.TrjÇ toj x6a-|jio'j, le démiurge. En est-il vraiment le père, TzàT/.p, qui Ta créé et engendré? Platon qui l'appelle ainsi en a le droit, mais cela ne répond pas, je le répète, à ce que nous entendons au sens moderne, à l'idée vraie d'un créateur et de l'action créatrice qui a tiré le monde du néant.

Il faut se résigner à laisser non résolues les difficultés que soulève ce point obscur du système. Vouloir ici expliquer Platon quand Platon ne s'explique pas, dépasse le devoir et la tâche de l'historien.

Ces difficultés, Platon lui-même les a senties et c'est pour cela que son langage est obscur, enveloppé, énigmatique et figuré, plein de métaphores et d'analogies. Les explications cherchées en dehors de sa doctrine ne font que l'altérer sans Péclaircir. Nous retrouvons ces obscurités, cette indécision et le même embarras sur bien d'autres points, en particulier sur la formation du monde \

i. Philos. Mo7iatsfiefte,XXU Band, Heft. 3, 1886 : D-" M. Sartorius, Die RealiliU de)' Materle bel Plato. — Siebeck, Vntersuchungen zuv Philos, der Griechen, Plato's Lehre von der Materie, Frieburg, 1888. 4

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