CHAPITRE II
LE MONDE (cosmologie)
L Le monde, son origine et sa formation. — Questions qui s'y rapportent : Le monde a-t-il commencé? — Origine temporelle, origine logique ou métaphysique. — Opinions à ce sujet. — IL Sa formation. — Le monde formé à l'image de Dieu. — Le modèle éternel. — L'àme universelle, sa nature et sa composition. — Les âmes particulières. — Rapport de l'âme et du corps. — Le temps. — IIL Cosmologie (système du monde). — Mode de formation des êtres. — Principe téléologique. — L'astronomie platonicienne. — Physique générale et particulière. — Les éléments, la succession des êtres, etc.
Dans l'aperçu général auquel doit se borner l'exposé de cette partie du système, les points principaux qui doivent fixer l'attention sont : 1" le commencement du monde et les raisons qui ont déterminé son auteur à l'appeler à l'existence; 2*" la manière de procéder et les principes qui président à sa formation; 3" le résultat général qui est le monde lui-même dans son ensemble et les parties essentielles, ainsi que la gradation des existences qui y est observée.
Il va sans dire que la forme allégorique et mythique, qui défend de prendre à la lettre le récit du Timée et rend si difficile la tâche de l'interprète, permet aussi d'intervertir l'ordre dans l'exposition.
I. — Le monde a-t-il commencé ou est-il éternel? c'est par là que Platon débute et il s'exprime en termes si formels qu'il semble ne pas laisser le moindre doute à ce sujet.
« Il faut d'abord traiter la question : si le monde a existé de tout temps ou n'a pas eu de commencement. Le monde est né », car il est visible, tangible et corporel, etc. (Timée.)
Si précis que soit ce langage, faut-il le prendre à la lettre? C'est ce que fait Aristote : de Cœlo, II, ch. ii.
Mais cela doit-il s'entendre au sens chronologique ou au sens métaphysique et logique, celui de l'antériorité de la cause sur son effet, celui-ci nécessairement postérieur et toutefois qui coexiste avec elle? D'ailleurs comment concevoir une antériorité dans le temps, si le temps n'existait pas, et si lui-même est créé? [Infra,) Le problème est difficile à résoudre. Aussi a-t-il été résolu en sens opposé par ceux qui l'ont soulevé \ — Pour nous, bien que la dernière solution nous paraisse la plus philosophique, nous préférons le laisser indécis.
IL Le monde, être animé, vivant, est formé à l'image de Dieu sur le modèle divin. Dieu Ta créé d'après ce modèle.
Or, ce modèle, TtapàSsiyiJLa, qu'est-il? Dieu lui-même, ou ce qui est le même, l'idée du Bien, le Bien, l'idée suprême qui en Dieu est son premier attribut. « Il faut dire ensuite quel est l'animal à la ressemblance duquel le suprême ordonnateur a fait le monde. » — Ce modèle, Dieu le prend en luimême : l'idée qui est en lui et qui est lui-même. II est éternel et [c'est ce que dit le Timée. Mais si le monde est beau et que son auteur soit bon, il est clair qu'il a contemplé le modèle éternel et non le modèle engendré, hypothèse que Platon repousse comme contraire à l'idée du Dieu bon et à la beauté de l'univers.
1. • Plularque et d'antres platoniciens en s'appuyant sur le Timâ.e ont prétendu (]iie, suivant Platon, le monde avait commencé. D'autres, les Alexandrins, le nient. Voici ce que répond Proclus : 1° de l'aveu do tous les platoniciens, les âmes sont éternelles. Donc l'àme du monde l'est aussi, Socrate le dit d'ailleurs expressément dans le PMdre. Or, d'après le Tiynée, celui (|ui a fait l'âme l'a unie au corps immédiatement après sa naissance: 2" Platon déclare dans le Timée que le monde est à'çOapTo;; or il est très bien établi dans la Uépuhlique que tout ce qui a commencé doit finir; 3» le monde est aû^yyo; xa") ypovro; or le temps, cette ima^je de l'éternité, n'a ni lin ni commencement. Platon le dit dans les Lois. • (P. 88, sq. J. Simon, Comment, de Prnrlus sur le Timée, p. 141.) Kn général, les Académiciens sont pour l'éternité du monde, les péripatéticiens pour le commencement selon Platon. Voyez Zritschrifl., ibid. L'auteur prétend qu'il n'y a pas contradiction. Voyez aussi Teic/imi(Ue/\ N. Sliid.