‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 69 sur 168 · LE MONDE; SYSTÈME DU MONDE · texte numérisé non relu

LE MONDE; SYSTÈME DU MONDE

autant qu'il est possible. Le monde, iaiage de l'ordre, manifestation des idées ou de la pensée divine, l'est non de la pensée seule, mais aussi de Vamour qui l'a créé, à qui est due son existence.

Conformes au but seront les moyens et la manière de procéder.

Si, en effet, dégageant de la forme du récit la pensée, on examine la manière dont Dieu procède dans la formation du monde, on voit partout le point de vue téléologique, combiné avec le côté mécanique \ celui d'une fin rationnelle et bonne présidant à l'œuvre totale. L'idée dominante est celle de fin, de la conformité des moyens à cette fin, bref, Tidée d'ordre ou d'arrangement harmonique en vue du bien, le but suprême et final. De plus, cette fin est surtout ou éminemment la fin morale, le bien moral, la vertu. Vers elle tout s'achemine, elle est le couronnement de l'œuvre. C'est elle qui doit finalement éclore. Pour cela le monde visible ou créé doit en être surtout le théâtre, c'est à cela que visent surtout la sagesse et la bonté divines. De sorte que cette physique, on l'a dit, tout ce système du monde est comme enveloppé, pénétré d'une sorte d'atmosphère morale. La vertu, c'est la plante céleste qui doit éclore et fleurir sur le sol de la vie terrestre. Elle est le but auquel concourt tout le système aussi bien physique que moral.

On verra partout s'accuser cette conception. En cela Platon est d'accord avec Socrate, son maître, et son vrai disciple [Phil. a?ic., 155).

III. Cosmologie (système du monde). — Ce système qui a son importance dans l'histoire des sciences astronomiques et physiques n'a pas pour nous le même intérêt.

Il suffit d'en indiquer, au point de vue philosophique, le plan et les traits principaux.

1** La marche générale n'est pas aisée à suivre dans le Timée, Platon commence par poser les bases et tracer l'en-

\. Cf. Susemihl, Timée^ 493, 495, t. III. — Le microcosme est-il le but du macrocosme? — Susemihl le nie contre Steinhart. Nous n'entrerons pas dans cette discussion.

semble. Il revient ensuite sur ses pas et entre dans le détail. Gastronomie^ la physique générale et particulière^ la composition des corps et leurs éléments^ Vhomme el Vorganisation du corps humain, le rapport des organes et des facultés sont les parties à parcourir sans nous y arrêter.

L'auteur y rattache les principes des arts relatifs au corps et à l'âme et termine par l'indication des espèces animales inférieures à l'homme. Celles-ci se rapportent à l'homme comme point central et but de la création terrestre. L'homme est l'animal type d'où sortent tous les autres animaux par des dégradations successives.

Une remarque auparavant est à faire relativement à la genèse qui précède. Dieu le père ne crée pas le monde en entier, son action s'arrête à l'ensemble. Le plan général tracé et exécuté, il se repose. Après avoir fourni l'exemplaire éternel et créé l'âme du monde, il abandonne le détail aux dieux inférieurs et le soin d'achever son œuvre. Eux sont chargés de confectionner, dit-il, X^^^races mortelles. Quel est le sens. du mythe? La pensée est assez claire et aisée à deviner. Platon en donne la clef. Le monde ne peut être parfait, égal à son auteur; il est imparfait, plein d'imperfections. Si Dieu l'a créé en entier, comment les expliquer? Il semble que Platon ait reculé devant la difficulté. Il a bien d'abord recours à la nécessité. La matière lui fournit une autre raison, mais cela paraît ne pas suffire; il s'en tire en confiant à des divinités, puissances subalternes, le soin de produire les êtres soumis à la mort, et en qui l'imperfection réside. Le mal et une part du désordre leur reviennent. L'ensemble est parfait autant qu'il peut l'être; ses parties peuvent être défectueuses (voyez Optimisme).

Doit-on ajouter que Platon ne regarde que comme probable tout ce qui s'écarte du plan général que lui-même croit pouvoir tracer d'une façon certaine? L'imperfection de la science lui est aussi une excuse.

' 2^ Voici le plan et les principaux résultats :

Astronomie, — Elle est presque entièrement pythagoricienne. Timée de Locres qui l'expose est un pythagoricien. Platon y ajoute peu, et le peu qu'il ajoute, on voit qu'il n'y

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