‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 7 sur 168 · LE MYTHE PLATONICIEN · texte numérisé non relu

LE MYTHE PLATONICIEN

tème, la plus élevée, mais aussi la plus obscure, qui ne comporte pas la démonstration philosophique ou rigoureuse. S'agit-il d'une de ces hautes et mystérieuses questions qui ne sauraient être méthodiquement traitées et dont la solution claire et certaine échappe à la raison humaine parce qu'elle est au-dessus de sa portée, sur le commencement et la fin des choses, la structure générale de Tunivers et l'ensemble de ses lois, sur la nature, l'origine et la destinée des âmes, leur mode d'existence après la mort, etc., le philosophe, alors que la lumière naturelle lui fait défaut ou que sa clarté lui apparaît vacillante et voilée, se tourne vers une autre lumière. Après avoir épuisé tous les raisonnements que lui fournit sa dialectique, il a recours à des sources d'information différentes, moins directes et moins précises, mais capables encore, ou qu'il croit telles, de donner la vérité dans une certaine mesure. Il interroge la tradition, les antiques croyances, les fables ou récits anciens, izolKclIoi \6roi, les proverbes, Tzcf.^oi^lcf.i. La sagesse des poètes elle aussi lui revient en mémoire; il les cite avec complaisance. Souvent même il s'en sert comme dTme forme nouvelle d'expression à laquelle il confie ses propres pensées. C'est quand il ne veut pas trop s'engager et se compromettre, ni en prendre tout à fait la responsabilité.

II. — Ces raisons expliquent très bien la nature et la place du mythe, son rôle dans les écrits de Platon et dans le système platonicien.

Mis au service de la science il en est, on le voit, l'auxiliaire et le complément. La mythologie grecque, pour laquelle Platon est si sévère et qu'ailleurs {Rép,, II, III) il maltraite si fort, du moins celle d'Homère et d'Hésiode, se trouve ainsi réintégrée et comme réhabilitée. Elle-même est accueillie au sein de la philosophie; mais c'est dans des conditions et avec des restrictions qu'elle n'aurait, sans doute, pas acceptées, ni sans subir des retranchements et des changements auxquels elle n'eut pu se prêter sans cesser d'être elle-même et abdiquer son caractère véritable.

Platon philosophe, a-t-on dit, ne cesse pas d'être poète. Il l'est même en tant que philosophe ; aussi quand il revêt sa pensée du voile brillant de rallégorie mythologique, c'est en

philosophe et en poète, non en théologien qu'il le fait. C'est-àdire qu'il use de la plus grande liberté. En cela il imite les anciens Sages ses prédécesseurs. De plus, Platon poète et métaphysicien, l'est à la manière des Grecs, pour qui la poésie est un jeu , un noble délassement, Traioià. (Voir Aristote, Polit., VllI.) La muse grecque, si amoureuse de la fiction, ne se résigne pas à ne parler qu'une seule langue, même en philosophie. Le langage aride et froid de la métaphysique ne lui suffit pas. Après avoir cheminé d'un pas lent et pénible par tous les sentiers ardus où se traîne la dialectique, elle sent le besoin de déployer ses ailes, de parcourir d'autres régions et de s'y jouer librement. Pythagore , Empédocle, Heraclite, Xénophane, Parménide avaient fait de même avant Platon et lui donnaient Texemple. Socrate avec ses ingénieuses et riches comparaisons, bien qu'empruntées à la réalité vulgaire, n'était-il pas aussi un poète à sa manière? On sait qu'il traduisait les fables d'Esope dans sa prison, qu'il y composa un hymne à Apollon [Pliédon). Il déclare que sa vraie vocation, d'après un songe, est d'être poète ^ Cette voie tracée à son génie poétique, Platon ne pouvait manquer de la suivre.

Aussi ne faudrait-il pas s'y tromper, méconnaître la nature de ce moyen qu'il emploie, quoique avant tout le but soit philosophique et moral. C'est, pour lui, d'abord un divertissement et un jeu, mais un amusement et un divertissement des sages. A ce titre, s'il ne faut pas trop le prendre au sérieux, il ne doit pas non plus être tenu pour frivole. Le milieu est à prendre.

Fatigué de raisonner et de discuter, le dialecticien ou le disputeur se repose, comme il dit, en faisant un beau discours, àxo-jc or, jxàAa xa).o'j }.ôyo'j [Gorgias, 523, a), un discours fabuleux, ;j.jOîxov ).ôyov. C'est aussi une sorte d'hymne sacré, |auOlxov Tiva uLtvov {Phèdre, 265), que la science adresse aux dieux à la fin et comme couronnement de la recherche.

Le plus souvent le mythe a un sens plus sérieux encore, et que l'on trouve en dégageant de la forme allégorique la

1. Le mCmc soriRc me di^ait : Socrale, cultive les beaux- arts, uLovatxf.v noici x«t i^'^ilvj. {Pfu'don, 6U, K.)

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