‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 74 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PSYCHOLOGIE (suite). — LA DESTINÉE DES AMES

l'immortalité

I. La deslinée des âmes. — Solution donnée par l'ensemble du système; résultat de la physique et de la dialectique. — La préexistence des âmes; leur chute et leurs migrations, etc. — Indication générale. — II. L'immortalité de l'âme. — Preuves du Phédon. — Preuves des autres dialogues. — III. Appréciation. — La survivance de la personnalité. — IV. Le mode d'existence de la vie future. La partie mortelle et la partie immortelle de l'âme.

I. — La destinée de l'âme humaine, dans Platon, est liée à celle des âmes en général. Elle aussi, l'âme individuelle, douée de raison, est assujettie à des migrations successives qui tiennent à la marche totale de l'univers, au cours fatal et réglé de ses lois. Psyché, l'immortelle Psyché, est de trop haute provenance pour avoir commencé avec la vie terrestre et finir avec elle; elle est divine et éternelle; pourtant, elle n'est pas d'essence pure, comme l'idée. Elle a quelque chose de la nature de Vautre. Spirituelle et non spirituelle, lihre et esclave à la fois, les éléments contradictoires de son être subsistent et se révèlent dans la succession des existences qu'elle doit parcourir.

Notre dessein n'est pas de suivre Platon dans cette partie de ses écrits où il est plus poète que philosophe et, comme philosophe, plus pythagoricien que lui-même, en tout ce qui est

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dit et raconté de \?ipréexistence des âmes [Phèdre] ^àQ leur chute et de leur entrée dans les corps [ibidem]^ des épreuves qu'elles subissent, du jugement qui les attend après la mort, etc. {Gorgias^ Rep., X, Lois,). Ce qui réellement nous intéresse en ce qui est de l'âme humaine, c'est sa destinée actuelle et future : 1° ce qu'elle est appelée à faire ici-bas pendant le cours de sa vie présente; 2° c'est de savoir si son existence se prolonge au delà de la mort qui la termine ; 3"" ce qu'elle devient, si elle conserve son individualité et sa personnalité, etc.

Sur le premier point, la morale seule peut nous bien renseigner. Quant au second, à cet avenir mystérieux enveloppé de ténèbres que la spéculation pure s'avoue impuissante à dissiper, si la raison pratique s'ajoutantàla raison théorique, par la lumière qu'elle projette, est plus affirmative et mieux propre à nous rassurer dans les questions que l'âme se pose à elle-même avec inquiétude sur sa propre destinée, néanmoins, en restant sur le terrain de la métaphysique du système, en y joignant l'observation directe de la nature de l'âme et de ses facultés, on obtient des réponses qui sont loin d'être sans valeur, attendu qu'elles sont sinon la base, la condition des autres. Platon lui-même, dans le Phédoii^ les a longuement exposées et développées. Elles doivent être ici précieusement recueillies. — Avant d'aborder ce sujet, il est bon de dégager la pensée totale éparse dans ses autres écrits, où elle est exprimée sous la forme le plus souvent allégorique ou mythique, mais toujours conforme à l'esprit du système.

Ce qu'on peut articuler de plus clair et de plus affîrmatif, d'après ce qui nous est connu jusqu'ici de Tâme, en rapport avec la dialectique et les idées, de sa nature, de ses conditions, de ses tendances, etc., c'est que sa destinée absolue est d'agir et de vivre en conformité avec elle-même, ou avec son essence propre, de réaliser, autant qu'il est en elle, l'idée éternelle et divine qu'elle trouve en elle-même dans sa conscience, le vrai type et modèle de tous ses actes, la fin vers laquelle elle aspire par toutes les puissances de son être et qui est le bien souverain.

Ceci admis comme étant le centre et le pivot de la doctrine

spéculative entière, en attendant qu'une autre partie de la science vienne ajouter sa sanction impérative aux actes de la vie pratique, voici ce qu'on peut déjà constater et dégager comme résultat général de tout l'exposé qui précède.

C'est que l'âme qui est restée pure en elle-même, qui a bien subi l'épreuve dans le monde visible ou corporel où elle est placée, qui a vécu d'une manière conforme à la justice et au bien, retourne, après la mort, à l'état bienheureux, qu'elle a quitté, pour qu'ensuite, quand elle a goûté pendant un temps plus ou moins grand mais limité, le bonheur qui lui est dû, elle revienne de nouveau habiter un corps. L'âme qui a mal subi l'épreuve, qui a vécu de la vie du corps, est condamnée à passer en d'autres corps, à revêtir les formes plus basses de l'existence; elle n'en peut être délivrée qu'après avoir recouvré sa pureté. C'est donc la doctrine de V épreuve^ d'une série d'épreuves qui est le fond du dogme platonicien, du reste si obscur et si difficile à préciser.

Telle est, en effet, la manière générale et constante dont Platon envisage et résout le problème de la destinée humaine en général. C'est le fond à dégager des formes allégoriques et mythiques dont sa pensée se revêt le plus souvent et que lui-même sans doute craint de trop préciser en l'exprimant d'une manière théorique ou abstraite.

Ailleurs, dans la morale, on aura à déterminer pour l'âme les conditions de la vie présente, les obstacles sans nombre à l'accomplissement du bien. La vertu y est définie une luttey un combat, le plus noble des combats [Rép.^ X). L'homme y a pour but de se sanctifier, de se purifier, d'assurer le triomphe de la partie haute sur la partie basse, de commander à ses passions. C'est une purification (xàOapo-!.;), le dégagement des liens du corps. Là est la vraie vie, la vie véritable, la ressemblance avec Dieu en attendant le retour ou l'union définitive que la vertu lui aura méritée et que l'amour réclame comme dernier terme de la félicité (supra).

On sait tout ce que la doctrine platonicienne, en ce qu'elle a d'ascétique, ne cesse d'articuler à ce sujet, sur l'état présent de l'âme et sa destinée actuelle. Cette âme, elle est immortellr et éternelle. En vertu de sa nature même, elle devrait être en

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