‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 78 sur 168 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

sont pénétrés de cette idée, le dernier mot de tous les problèmes, exprimée sous la forme abstraite ou mythique et symbolique.

Nous lui devons ici une place distincte en rapport avec son importance comme couronnement de la partie spéculative du système.

I. — En raison même de cette importance et de la difficulté de bien saisir, sur les problèmes qu'un tel sujet soulève, la vraie pensée du philosophe, sous la forme qu'il a jugé à propos de lui donner, nous croyons devoir rappeler la règle déjà plusieurs fois indiquée, qui est d'éviter tout parti pris de rinterpréter en un sens exclusif approprié à tel ou tel système, ancien ou moderne, ce qui a pour conséquence de la fausser ou de l'altérer.

Et d'abord Platon ne dit-il pas lui-même qu'il n'a pas la prétention de bien connaître ces choses, mais seulement autant qu'il est possible à la raison humaine : otov ouvaTov TauTa Y(.Yvtba-x£!.v [Phèdre, 245).

Il n'est pas étonnant que sa pensée soit restée, en beaucoup de points, non seulement obscure, mais indécise, non toujours concordante, qu'il ne soit pas facile de former un tout homogène de ce qui est épars dans divers dialogues, le Par- 7néni(le^ le Timée, le Philèbe, la République, les Lois^ etc. A l'obscurité du sujet s'ajoute le mode d'exposition, où avec la dialectique alterne la forme allégorique et mythique. Sans entrer dans les controverses sans fin qui se sont élevées à ce sujet, on ne peut se dispenser de prendre parti pour l'une ou l'autre des deux opinions principales qui divisent aujourd'hui les plus savants esprits.

Dans la difficulté de conciher ce qui dans Platon est et n'est pas ou ne paraît pas conforme à son système, on a cru sortir d'embarras en admettant deux théologies, l'une spéculative en dehors et au-dessus de la croyance vulgaire, l'autre orthodoxe, et conforme à cette croyance qu'il a voulu respecter comme capable de donner plus de force et d'autorité à la partie pratique ou morale et politique de son système.

En lisant Platon on aurait ainsi partout à distinguer deux

langues, ou dans la même langue deux sens, deux façons de la parler et de l'entendre : Tune répondant à la théorie des idées, ou à la raison pure et spéculative, l'autre conforme à l'opinion commune ou à l'imagination, à la û6;a; la première s'adressant aux savants et aux philosophes, la seconde au commun des esprits; celle-ci plus ou moins conforme aux traditions morales et religieuses avec lesquelles Platon ne veut pas rompre, dont même il a besoin comme appui nécessaire et sanction dernière de sa morale et de sa politique; l'une s'exprimant par des analogies et des symboles, l'autre parlant le langage abstrait propre à la métaphysique et à la dialectique (voy. Hegel, Gesch.^ 220; Teichmliller, Neuen Stiid.).

Des deux doctrines, il va sans dire que la première seule est regardée comme sérieuse. La seconde, quoique respectable, est de nulle valeur philosophique. La critique d'Aristote a surtout servi de base à ce jugement et lui a prêté son autorité.

C'est pousser trop loin, selon nous, le dédain du sens commun, qui a droit à plus de respect, même des plus profonds penseurs. C'est en prendre également trop à son aise avec la conscience humaine, elle aussi intéressée dans le débat. Que, dans un système qui proclame l'identité des contraires, la contradiction soit toute naturelle, qu'elle y soit même donnée comme la vérité la plus haute, ce n'est toujours pas la vérité historique. Est-ce bien là le vrai platonisme, le platonisme de l'histoire?

Telle n'est pas notre méthode. Loin de là, disons-nous. Eùt-on épuisé tous les moyens de mettre d'accord Platon avec lui-même, dans la partie théorique, il faudrait encore se garder de donner à croire qu'il n'est pas sincère, qu'il est sceptique dans ce qu'il affirme avec tant d'élévation et de fermeté sur Dieu, sa nature et ses attributs comme sur l'âme et l'immortalité : ou d'insinuer que lui-même a une conscience nette de cette contradiction. Le parti le plus sage est d'admettre qu'il n'a pas vu la contradiction, que s'il l'a vue, il a cru à la possibilité de l'accord, bien qu'il n'ait pu y réussir.

Ceci trace à l'historien la ligne qu'il doit suivre et les conditions de sa tâche qui sont : 1° de préférer toute explication tendant à concilier ce qui paraît inconciliable dans les deux

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