DIEU, LA PROVIDENCE
objections et les réponses, V optimisme platonicien, en y joignant-les rapports avec le polythéisme grec et la religion traditionnelle, forment une espèce de théodicée, dont l'esquisse doit achever cet exposé de la théologie platonicienne.
Mais d'abord cette notion elle-même de la providence n'estelle pas en contradiction avec ce qui a été dit plus haut de l'intelligence divine? Dieu y est placé en dehors du temps et de la durée? La prescience implique l'idée du temps. Or, le présent, le passé, Tavenir pour Dieu n'existent pas. Dieu ne prévoit pas plus qu'il ne se souvient. Dire qu'il se souvient ou qu'il prévoit, c'est attribuer à Dieu les formes de l'intelligence finie. Il n'y a donc en Dieu ni prévoyance ni prescience. Dieu voit tout dans un éternel présent. L'acte par lequel il connaît, c'est l'intuition, intuition de lui-même et des choses, qui sont à la fois en lui et distinctes de lui. Il voit les choses futures ou passées comme présentes. Il les voit en lui-même comme possibles dans l'exemplaire qui est sa pensée, en elles-mêmes comme réalisation de cet idéal par sa volonté toute-puissante.
L'objection est fondée; mais la réponse est facile et il n'y a pas un théologien philosophe qui ne l'ait faite (saint Augustin, saint Thomas, Bossuet et Fénelon, etc.). Si elle n'est pas dans Platon, c'est qu'jl n'a pas eu besoin de la faire. Pour lui elle est dans la nécessité de se servir du langage humain pour faire comprendre ce qui d'ailleurs n'est intelligible qu'à la raison proprement dite placée au-dessus des sens et du raisonnement. Platon ici parle la langue vulgaire. Mais, en cela, on ne saurait dire qu'il y a contradiction avec ce qui est sa pensée véritable. Il n'est pas question de deux doctrines inconcihables dont l'une contredit l'autre. Gela est parfaitement d'accord avec son système. Ce qu'il faut dire ici, c'est que la science humaine diffère essentiellement de la science divine. Aussi l'homme est obligé de se servir des termes de sa propre science qu'il appUque à Dieu sans être dupe de leur inexactitude.