II. — Voici en abrégé la doctrine platonicienne
La preuve est a priori^ tirée de la nature de Dieu même,
comme être parfait et de ses attributs. « Dieu ayant créé le inonde par un acte de sa bonté, n'a pu l'abandonner à luimême, livrer au hasard une œuvre aussi parfaite que la sienne. Lui ayant donné l'existence, il ne doit pas moins en assurer la durée, pourvoir à l'accomplissement de ses lois, étendre sa sollicitude aux choses humaines », etc. [Lois^ X.) Il faut donc admettre qu'il le dirige et le gouverne selon les règles de la plus parfaite sagesse. « Celui qui prend soin de tout a pris des mesures efficaces pour maintenir l'univers dans son intégrité et sa perfection. » Il ne faut pas croire que sa pensée qui embrasse l'ensemble, ne s'étend point aux détails, en particulier aux affaires humaines. Platon s'élève avec force contre cette opinion, qui avait, à ce qu'il paraît, beaucoup de partisans, selon la maxime depuis ainsi formulée : magna curant, parva negligunt. Il le répète : « Les dieux prennent soin des plus petites choses. » L'opinion est indigne de l'idée qu'on doit se faire de la nature de Dieu, de sa puissance, de sa sagesse. « Il ne faut pas faire à Dieu l'injure de le mettre au-dessous des ouvriers mortels. » — « Toimême, chétif mortel, tu entres pour quelque chose dans Tordre général et tu t'y rapportes sans cesse. » (Ibid,) — \Jomniscience divine n'y est pas moins contraire. « Les dieux connaissent tout, voient tout, entendent tout. » Déjà Socrate avait exprimé cette croyance (Xénoph., IV). — Quant à l'objection tirée de la prospérité des méchants, des infortunes et des injustices auxquelles les bons sont soumis par suite de leur conduite même, Platon qui en voit toute la gravité, d'avance s'attache à la détruire. Sa réponse, conforme à sa doctrine et qui apparaîtra mieux dans sa morale, c'est que le mal, le mal moral, entraîne comme conséquence nécessaire le malheur. L'un étant la cause, le second en est l'effet inévitable. De même la vertu, le bien moral a pour effet nécessaire le bonheur dans celui qui la pratique. Il n'y a pas, il ne peut y avoir d'exception; ou plus tard, le mal, le désordre sera réparé. On conçoit qu'il s'élève de toute la hauteur de son éloquence contre la supposition toute naturelle et la révolte qu'elle fait naître, les murmures que provoque le spectacle des choses humaines si bien capable