‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 86 sur 168 · DIEU, LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

DIEU, LA PROVIDENCE

d'ébranler la foi en la providence divine. Mais cette prospérité du méchant n'est qu'apparente. L'erreur vient de notre ignorance. « Tu murmures parce que tu ignores ce qu'il y a de meilleur à la fois pour toi et pour le tout selon les lois de l'existence générale. » {Lois, X.) Il faut descendre dans la conscience des individus, pour savoir ce qu'est en réalité ce bonheur si faussement apprécié; il faut aussi pénétrer dans Tâme des justes, pour reconnaître qu'au fond c'est à eux qu'il appartient d'être vraiment heureux. D'ailleurs l'immortalité est là, comme le dernier mot de la réponse. Mais, pour Platon moraliste et métaphysicien, le vrai châtiment de l'injustice est l'injustice même, comme la vraie récompense de la vertu est la justice, la conformité à l'ordre, l'union avec Dieu son principe. Le résultat de l'injustice est de s'éloigner de Dieu, d'en être de plus en plus séparé selon le degré de perversité. Il le dit en termes formels : « Il y a dans la nature des choses deux modèles : l'un, divin, très heureux; l'autre, ennemi de Dieu, très malheureux. » [Théétète^ 176, E.)

Pour Platon ceci est le vrai critérium. Toute sa morale doit le démontrer. Ici son langage est tout dogmatique, il se borne à affirmer. Mais il aune véhémence singulière. « Ni toi, ni qui « que ce soit, en quelque situation qu'il se trouve, ne pourra « jamais se vanter de s'être soustrait à cet ordre établi par « les dieux pour être observé plus inviolablement qu'un « autre et qu'il faut infiniment respecter. Tu ne lui échap- « peras jamais quand tu serais assez petit pour pénétrer u dans les profondeurs de la terre, ni quand tu serais assez (( grand pour t'élever jusqu'au ciel *. » (Lois, ibid.)

Toutefois cette réponse générale ne suffit pas pour résoudre un problème aussi comphqué et qui a des faces si diverses, l'existence du mal. On est ainsi conduit à l'examiner de plus près. Pour cela, il faut à la fois élargir le sujet et davantage le préciser. Chez Platon, il est, comme il a été depuis, à considérer sous le triple point de vue métaphysique, physique et moral (cf. Leibniz), et à voir la réponse qui est faite aux grandes et mystérieuses difficultés qui y sont contenues.

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