‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 90 sur 168 · RAPPORT AVEC LE POLYTHÉISME · texte numérisé non relu

RAPPORT AVEC LE POLYTHÉISME

Seulement le fond est tout autre. L'esprit est tourné vers Tavenir d'une religion nouvelle essentiellement spiritualiste, non vers le passé, dont il s'éloigne à jamais, comme toute riiistoire ultérieure le démontre.

Sans doute, et on a raison de le dire, « la religion, dans « l'opinion de Platon, n'est pas simplement pour les enfants, <( mais aussi rigoureusement un besoin pour le système. Le « contenu le plus propre de celui-ci, ce sont les pensées qui <( en sont la base ou le centre : un Dieu immuable et invi- « sible, sa bonté sans envie et sa justice, etc. » (Id., ibid.)

Mais où trouver cela, ce Dieu, ces pensées, dans l'anthropomorphisme grec? N'est-ce pas justement le contraire?

« Le platonisme est pénétré de la religiosité la plus pro- « fonde. Du miheu du monde païen, Platon aspire à une (( conception aussi pure et aussi parfaite que possible de la « divinité. » {Ibid.) — Rien de plus vrai ; mais cette conception si pure, on ne voit pas que le philosophe l'applique à la purification de l'ancienne mythologie d'après ses sources. {Ibid.) — « Aucun philosophe, dit-on, n'a reçu une influence aussi féconde de la rehgion grecque. » [Ibid.) — Gela peut être; mais c'est pour la détruire, non pour la réformer. Les attaques contre le polythéisme des poètes en sont la preuve. Or, on le sait, les poètes étaient les théologiens pour le peuple. Là où il n'y avait pas de dogme révélé et formulé, ni de corps sacerdotal pour l'enseigner et en conserver le dépôt, ce rôle leur appartenait. La religion grecque était incapable d'une réforme. Remonter aux sources inconnues, incertaines, oubliées et altérées, ne se pouvait. Platon ne l'a pas essayé. Les stoïciens plus tard et les alexandrins, il est vrai, le firent; on sait comment, et quel fut le résultat.

Ce point établi, il est très vrai, on l'a dit, que Platon ne rompt pas tout à fait avec le polythéisme. Sans chercher un accord que l'idéahsme platonicien, si dédaigneux, pour ne pas dire destructeur de la forme sensible, n'admet pas et rend impossible, on peut néanmoins reconnaître les concessions au culte public, partout même des emprunts à la religion traditionnelle et nationale. Le point de jonction le plus faible

serait Tunité de Dieu, non tout à fait absente, mais presque effacée du polythéisme, où tout au plus la hiérarchie des dieux admet au sommet un chef ou un roi souvent lui-même détrôné ou menacé de l'être. Mais comment Platon se sert-il des dieux de la mythologie grecque, en particulier comme législateur, éducateur, etc., sans déroger à son système?

L'esprit général a été marqué ailleurs (p. 81). Platon se sert des dieux grecs, de leurs noms, de leurs attributs, plus rarement de leur histoire, dans le sens qui lui convient le mieux, traditionnel ou non, le plus rapproché de son système. Ainsi, par exemple, Jupiter reste le père des dieux et des hommes. A sa suite viennent les autres divinités. Lui sera le roi, l'âme royale : puis Junon, Neptune, Adès, Yulcain, Minerve, Apollon et les Muses. Les démons, les héros, les génies, Esculape, Eaque, les Parques reprennent leurs attributions. L'Amour est un demi-dieu, un démon, après avoir été le plus ancien des dieux {Banquet). Platon n'y tient pas. Tout l'Olympe grec est ainsi réintégré. De même la terre, l'air, l'océan se repeuplent de leurs divinités avec les fables qui leur sont consacrées. Mais partout non seulement il traite ces fables avec la plus grande liberté, il les interprète à sa façon plus librement encore [Cratyle], On voit qu'il n'y croit pas, qu'il les prend pour des symboles. Dans le sens platonicien, ces symboles, que sont-ils? C'est une étude intéressante à faire.

Le point, plus haut indiqué, de cette symbolique seul appelle ici une explication.

Platon est monothéiste. A côté de son Dieu, Oeoc, apparaissent aussi les dieux, OsoL Le singulier et le pluriel alternent ou s'accompagnent sans cesse. Il y a aussi les choses divines,

On lui en a fait un grave reproche. Ses plus grands admirateurs, parmi les auteurs chrétiens, saint Augustin, Origène, etc., le blâment viveuient, lui, Socrate, etc., de n'avoir pas eu le courage de leur opinion ou d'être inconséquents, d'être restés dans l'équivoque *. — Chez des apologistes cela

\. OrigcMie, contra Celsum, VI, H. « Le chef de l'Acadéuiie lui aussi a retenu la vérité captive sur ses lèvres. Ceux qui ont écrit avec tant d'élévation sur le souverain bien n'en descendront pas moins dans le IMrée pour adresser

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