‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 93 sur 168 · SON CARACTÈRE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE GÉNÉRAL

user de rimmortalité, elle ne serait pour nous d'aucune utilité. » {Euthydème^ 189, B.)

La même pensée est exprimée dans les Lois : « Cultiver son âme par les sciences et les actions vertueuses est le grand but de la vie ».

IL — Ce n'est pas cependant qu'on n'ait eu raison de signaler dans la morale platonicienne, deux tendances opposées et qu'il semble difficile de concilier; l'une ultra-idéaliste, contemplative sinon mystique, l'autre tout à fait positive et rationaliste. Dans celle-là, Platon engage son sage {Phédon) h fuir le monde; lui-même semble ne vouloir vivre que dans la région supérieure des idées. Dans celle-ci, au contraire, c'est du réel qu'avant tout il s'occupe. Rien par lui n'est oublié de ce qui est relatif aux devoirs et aux intérêts de l'homme dans sa condition présente. Il s'attache aux particularités et aux détails de la vie individuelle et sociale. Ces deux directions, le génie de Platon a-t-il su les accorder? C'est un problème dont la solution doit ressortir de cette morale elle-même fidèlement exposée et jugée. Il ne suffit pas, selon nous, de trancher le nœud en disant que Platon est Grec, que lui-même est en tout amoureux de l'harmonie, qu'à ce double titre il sait tenir le juste milieu entre les extrêmes. Ce sont là des raisons extérieures qui ont leur valeur sans doute; mais on aimerait à voir la raison principale déduite de la doctrine ellemême.

En attendant que la suite le démontre, le fait ici à signaler chez Platon, c'est que, si la méthode le porte vers les régions supérieures où sa pensée se plaît à habiter, son sens moral ne lui permet pas de trop y séjourner, de se détacher de la terre, de la vie pratique, et de la perdre de vue. C'est ce qui donne tant de prix à cette partie de son système et de sa philosophie. Le monde présent, on le voit, n'est pas moins pour lui le monde réel, le théâtre de l'activité humaine. Platon, sans doute, ne serait ni Grec, ni disciple de Socrate, si, pour obéir aux exigences d'un idéalisme outré, il eût, sur cette base et selon cet esprit, fondé une morale ascétique voisine au moins du mysticisme. C'est ce que firent ceux qui, plus

tard, se sont déclarés ses disciples, surtout les alexandrins. Mais Platon est resté fort en deçà de cette direction que prit la pensée. La vérité est qu'il y a dans ses écrits toute une doctrine morale très positive, à la fois théorique et pratique; et que, malgré les erreurs qu'on peut y relever, elle contient d'éternelles vérités exposées dans le plus beau langage. Le moraliste ne s'y écarte pas, disons-nous, de son véritable objet. Son but clairement annoncé, constamment poursuivi, est de tracer des règles à la conduite humaine, privée et sociale.

C'est la vraie morale platonicienne. Son auteur, là où sa pensée secrète se révèle, laisse entrevoir qu'il n'est pas satisfait du réel, qu'il est un autre ordre de choses plus conforme à son idéal. De lui s'échappe comme un soupir vers l'invisible. Mais, en somme, il accepte le monde tel qu'il est. La nature humaine, telle que l'observation la lui montre au physique et au moral, est la base constante sur laquelle il s'appuie, dont il tire toutes ses règles de conduite. Cet homme, si imparfait qu'il s'offre à lui, il ne renonce pas à le perfectionner et à le réformer. Loin de là, il s'y emploie tout entier; il entreprend de lui tracer la route qu'il doit suivre pour accomplir ici-bas sa destinée. Après lui avoir montré le but auquel il doit tendre et qu'il doit s'efforcer d'atteindre, et lui avoir fait entrevoir une autre existence, suite et récompense de la première, en ce qui est du présent il expose les règles d'une conduite raisonnable et vertueuse, la seule qui contienne et engendre, même en cette vie, le véritable bonheur.

Cette morale n'est pas toute de maximes et de préceptes; les théories les plus hautes et les plus précises en fournissent les principes. Toutes ces questions de la nature du bien, de la justice, du bonheur, de la vertu et des vices y sont réguUèrement traitées. Les règles de conduite en sont clairement déduites. 11 en est ainsi pour l'homme individuel. D'autre part, l'idéal de la société civile est donné comme servant de base à une organisation complète de TEtat, aux institutions, aux lois, à l'éducation, comme devant assurer sa prospérité et sa durée. L'art et sa mission v sont rattachés.

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