SON CARACTÈRE GÉNÉRAL
Toute cette partie de la philosophie de Platon, quoiqu'on l'ait contesté (Grote), a un caractère non seulement dogmatique, mais essentiellement théorique et pratique, ce que fera voir Texposé qui doit suivre.
Ici encore entre Platon et Socrate, avec la ressemblance, la différence subsiste et celle-ci marque un progrès.
Si en effet Platon, fidèle à son maître, est partout pénétré de son esprit, il ne cesse pas pour cela d'être lui-même. Supérieur à lui par la profondeur de ses conceptions théoriques, il ne l'est pas moins dans sa morale, par l'avantage qu'a un système précis, raisonné, constitué, sur une doctrine un peu vague, à peine éclose d'une méthode, elle-même, à son début et non fixée, plus investigatrice que dogmatique {Phil. anc, 188). Aussi, Platon, venant après Socrate, le continue; mais il s'aventure bien au delà du point où celui-ci avait conduit la science. Ceci est vrai surtout de la partie relative à la sociabilité dans le système. Mais par là même qu'il est plus systématique, il est aussi plus exposé à s'égarer. Et toutefois, s'il s'écarte du droit chemin, son sens moral pur autant qu'élevé l'y ramène, grâce à d'heureuses contradictions, que, en dépit de la logique des systèmes, on a chez lui souvent à signaler. Le vrai, c'est que, dans tout ce qui est des principes mêmes de la morahté et de leurs plus voisines conséquences, la conscience humaine n'a pas de plus admirable interprète dans toute l'antiquité.
On appréciera mieux les mérites et les défauts de cette grande doctrine, quand elle aura été mise sous nos yeux. Il était bon d'en marquer d'abord l'esprit et le caractère le plus général.
m. — Quoique cette partie de la philosophie de Platon soit plus aisée à comprendre, surtout moins sujette à controverse que les deux autres, elle n'est pas sans avoir aussi ses difficultés d'exposition. Gela tient d'abord à l'abondance même des matières et à la richesse des détails qu'un cadre étroit, tracé par la logique, laisse nécessairement échapper. Un autre embarras est d'accorder ce qui est épars dans des écrits de date et de nature différentes, dont quelques-uns sont de provenance incertaine ou suspecte. Bien que l'esprit en soit le
même, il n'est pas aisé de former un tout homogène et tout à fait concordant de ces éléments dont l'empreinte comme la source est différente.
Ce qui rend la tâche encore plus difficile, c'est que la critique, qui partout se mêle à la théorie, laisse au lecteur le soin de dégager celle-ci et de la formuler. Malgré l'invariabilité des principes, l'élévation et la fermeté qui y régnent, la morale de Platon, avec celle d'Aristote, le fruit le plus mùr de la civilisation hellénique, n'est pas sans obscurités de détail qu'il n'est pas toujours possible de dissiper. Gela tient à la forme moins rigoureuse de la science, à ce degré moins avancé de la conscience humaine à cette époque.
Quant à la forme dramatique qui prête aux débats, en ce genre, un plus vif et plus puissant attrait, si elle fait le charme extérieur de la pensée et la rend vivante, elle est inaccessible à l'exposition abstraite. Ce qui est vrai du système entier l'est ici encore plus et le fait d'autant plus regretter.
Une dernière cause est la nécessité de séparer ce qui, dans l'original, est presque identifié et forme une indissoluble unité : la morale et la politique, l'une et l'autre mêlées à la législation, à l'éducation, à l'art et à la poésie, etc. L'historien, astreint à un ordre méthodique, est obhgé de repasser par les mêmes voies, souvent de se répéter, sous peine d'omettre l'essentiel des problèmes dont il retrace la solution.
Division. — Gela étant, le plan le plus naturel semble être le suivant : 1° la morale proprement dite, qui fournit des principes à l'ensemble, doit être la première; 2^* viendront ensuite les autres parties de la science des mœurs, la politique, etc. En ce qui est de la morale elle-même, les bases de la doctrine platonicienne doivent être posées selon l'ordre et les termes de la philosophie ancienne : du bien, du bonheur, de la vertu et des vertus avec les questions, à ce sujet débattues, de l'unité et de la pluralité des vertus, etc., leur rang, leur fonction particulière, etc. La question du libre arbitre, omise chez Platon ou qui y figure si peu, mais d'une haute importance pour la philosophie pratique tout entière, s'ajoute à cet examen. Quelques sujets de morale spéciale,