SÉROSITÉ
L’afflux d’une sérosité particulière dans la cavité pleurale malade est le fait le plus frappant de la pleurésie ; c’est celui qui donne à la maladie son cachet particulier, et auquel elle doit les signes physiques qui la font reconnaître. Aussi la sérosité pleurale est-elle connue depuis longtemps, et a-t-élle été souvent étudiée. N'ayant pas fait de recherches spéciales sur ce sujet, nous serons bref sur ses caractères. On sait qu’elle présente à peu près la même composition chimique que le plasma sanguin, dont elle ne diffère que par sa teneur plus grande en eau. D’après les analyses de Méhu elle contient pour 1.000: 7 à 10 grammes de sels minéraux, principalement
des sels de soude : chlorure, carbonate et phosphate, et 5o à 60 grammes de matières organiques, surtout albumine et fibrine. <
Ce que nous nous sommes surtout attaché à déterminer, c'est l’évolution de cette sérosité, et nous le verrons plus loin, les rapports qu’affecte cette dernière avec la marche des réactionscellulaires. Le liquide apparaît relativement tard après le début de la maladie, si bien que l’on a pu décrire à la période, initiale de la pleurésie séro-fibrineuse une phase de pleurite sèche, se traduisant par des frottements analogues à ceux que l’on observe à la fin de la maladie ; nous n'avons chez aucun de nos malades constaté ce fait ; mais nous avons observé au douzième, treizième et seizième jour (obs. XIV, V, VII) des épanchements relativement minimes qui se sont accrus dans la suite.
Peu abondante donc pendant un temps assez long de la maladie, la sérosité augmente ensuite jusqu’à atteindre les chiffres de 3, 4etmême 5 litres, que nous ont permis de mesurer exactementla méthode si précise du bleu de méthylène/obs. XIT, XIII, XX et XXI). La clinique ne nous révèle jamais de pareilles quantités de sérosité, et si elle reste une méthode excellente pour renseigner sur l’évolution d’un épanchement pleural, elle est souvent en deçà de la vérité lorsqu'il s’agit d’évaluerexactement son volume. Une pleurésie, cliniquement appréciée à 3 litres, fournit après exploration par le bleu de méthylène le chiffre de 4 à 5 litres; cette différence entre les deux méthodes, tient sans doute à l’accumulation de sérosité entre le poumon et le diaphragme.
Après une période stationnaire généralement courte, quelquefois, mais rarement, après un stade d’oscillation, la résorption se fait d’une façon progressive. La rapidité avec laquelle le liquide se résorbe paraît d’ailleurs très variable. Le plus souvent c’est en 20 à 30 jours que la plèvre s'assèche. Il lui faut quelquefois 4o jours (obs. XVI) pour se débarrasser complètement de la sérositéqui l’encombre. Trois fois (chez les malades des obs. VII et XIV, et chez un jeune homme que
nous suivons encore à l'heure actuelle) nous avons vu l’épanchement se résorber en quelques jours. C'est surtout à cette période de régression de la sérosité que la clinique est impuissante à nous renseigner sur la teneur en liquide de la cavité pleurale. Une coque fibrineuse épaisse, véritable néomembrane compacte sur laquelle MM. Péron, Widal et Ravaut ont insisté, s’est constituée ; elle isole le poumon de la paroi, forme une sorte de membrane isolante semi-solide, qui suffit à elle seule à déterminer une matité franche sur toute la hauteur de la région antérieurement malade, à abolir les vibrations, à voiler larespiration ; bien souvent dans ces conditions l'interprétation des signes physiques devient très difficile. Sont-ils déterminés par le hquide épanché ou la coque pleurale qui l’a remplacé ? La tâche du clinicien est d’ailleurs compliquée par la persistance et la tenacité de ces signes fournis par un processus de guérison, qui ne varient guère d’un jour, à l’autre, persistent des semaines et même des mois, si bien que nous les avons retrouvés chez des malades guéris et sortis depuis longtemps de l’hôpital (obs. V, XIII et XVI.) Dans ces cas difficiles, des frottements indéniables entendus sur toute la hauteur de la zone mate sont une preuve de l'absence de toute lame liquide entre les deux feuillets de la plèvre. Dans les cas douteux, la ponction exploratrice est le seul moyen de savoir s’il reste, oui ou non, de la sérosité : nous v avons eu recours, dès que nous avions sur ce point la moindre hésitation.
En résumé, de l’enquête à laquelle nous nous sommes livré sur l’évolution de la sérosité pleurale au cours de la pleuro-tuberculose primitive, il ressort que c’est avec une régularité remarquable que se succèdent les divers stades par lesquels passe l'épanchement. Il augmente d’abord d’une façon progressive ; reste plus ou moins longtempsstationnaire ; puis diminue peu à peu jusqu’à sa complète résorption. Graphiquement on pourrait représenter cette évolution par une courbe régulièrement ascendante, horizontale, puis descendante.
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Le point cryoscopique des liquides pleuraux tout en oscillant pendant le cours de la maladie, comme l’ont déjà remarqué Tanszk et Ravaut (1) en moyenne entre — 0,51 et — 0,61, accuse une légère tendance à s’abaisser pendant que l’épanchement augmente, à s'élever au contraire pendant la période de résorption du liquide Nous avons observé ce fait surtout dans les observations I, M, V, VIII, IX, XI, XIV, XV ; mais cette évolution n’est pas rigoureuse, et chez plusieurs malades l'inverse s’est produit (Obs. VIT et Obs. XX). Dans un cas le A est resté le même pendant toute la durée de la maladie (Obs. VD.
Il est donc impossible de se fier aux résultats que fournit la seule cryoscopie du liquide pleural pour l'étude de l’évolution d’un épanchement ; d’autant plus que les différences
-de quelques centièmes de degré observées peuvent être sous la dépendance des oscillations normales du point cryoscopique du sérum. Pour diminuer les chances d’erreur certains auteurs ont recherché comparativement le À du sérum et du. liquide pleural : nous n'avons pas pu, à cause du nombre des examens pratiqués chez un même malade, appliquer cette technique, diversement appréciée d’ailleurs par les auteurs qui l'ont employée M. Castaigne (2) d’une part, MM. Lesné et Ravaut (3), et Achard et Lœper (4) de l’autre.