FENIMORE COOPER
Paris» ce 15 mai 1831.
Me pardonnez-vous, monsieur, de répondre publiquement à la lettre si flatteuse que vous avez bien voulu m'écrirc au sujet de mon premier ouvrage ?
Cette vanité de jeune homme impatient de mettre tout le monde dans la confidence de sa bonne fortune littéraire est sans doute blâmable^ mais, sentant le besoin de donner quelques explications sur ce nouveau livre. J'ai pensé qu'elles acqueiTaient bien plus d'importance et de valeur en vous étant adi'essées, à vous, monsieur, qui avez créé le roman maritime d'une manière si originale et si puissante, et qui partagez avec Goethe et Scott le rare et précieux privilège d'être un des types de la littérature étrangère contemporaine.
Je suis persuadé comme vous, monsieur, que si l'esprit général de notre nation pouvait arriver peu à peu à comprendre tout ce qu'il y a de forces, de ressources, de moyens de défense ou de conquêtes commerciales dans la marine, la France pourrait devenir l'égale de toute puissance européenne sur l'Océan.
C'est aussi cette conviction profonde, monsieur, qui m'a donné le courage de publier quelques essais maritimes; car, venant après vous, il fallait un tel mobile pour oser entreprendre une lâche aussi périlleuse.