UN MOT SUR LES PHOQUES
Mais avouons-le d'abord^ les Américains et les Anglais
sont nos maîtres^ comme pécheurs de loups^ de veaux^ de lions^ d^élépbants marins^ de toute la famille enfin des phoques et des morses^
Les ports de la Rochelle^> de Nantes et de Bordeaux expédiaient^ il y a quelques années^ des navires vers les îles Saint-Pierre et Saint-Paul^ d'Amsterdam et de ' Crozet, les groupes des Malouines> les nouvelles Sethlands^ le détroit de Magellan, la Terre de feu, le sud de la Nouvelie^HoUande, le sud du Chili, etc.
Mais depuis longtemps, ils ont renoncé à ces expéditions, dont le produit ne compensait que rarement les frais d'armement.
Les Anglais et les Américains ont tant et si bien exploité les terres australes, que les phoques y sont devenus très-ra^es et qu'il faut les aller chercher jusque sur les promontoires de glaces des continents polaires du Sud, dont les limites nord ont été découvertes par Dumont-Durville, Wilkis, Ross.
Je m'étonne que l'espèce tout entière n'en soit pas déjà anéantie.
Dans cinquante ans, le phoque sera, comme le griffon, un animal fabuleux.
Les Américains s'associent pour faire un arme-
ment de péchë. Un ' village^ deux villages, plusieurs villages réunissent leurs capitaux, construisent ou achètent un navire, un brick, un schooner, une grande goêlette> dont le faible tirant d'eau permettra d'accoster les bas-fonds, et ils choisissent parmi eux un capitaine expérimenté, pour diriger ^expédition. Lisez les Lions de mer de Cooper, et vous verrez quelles misères, quels dangers ils endurent, ces aventuriers du pôle, et combien peu d'entre eux revoient leur patrie.
I^s phoques sont recherchés pour deux motifs: rhuile et la peau; mais les phoques sont parfois si maigres, si étiques, que Thuile qu'on en retirerait ne suffirait pas à remplir la cale du bateau.
Les peaux, au contraire, sont très-estimées, et se vendent un très-haut prix, surtout quand elles sont à double poil.
La plupart des pécheurs ne s'arrêtent même pas, là où ils ne s'attendent à rencontrer que des phoques à fourrure simple.
Les phoques Ée trouvaient autrefois sur les côtes de toutes les mers du globe; il n'y a pas longtemps encore qu'ils habitaient en foule le littoral de la mer Caspienne; maintenant, on en voit encore quel-
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quês-uns sur les rochers de la Bretagne et sur les sables du golfe de Gascogne^ mais par couples seulement^ ou isolés.
Le navire qui entreprend une campagne contre les phoques est monté par cinquante ou soixante hommes^ quelquefois plus^ quelquefois moins. Arrivé au lieu de péche^ le capitaine dépose sur un îlot cinq ou six hommes^ autant sur un autre ^ sur deux^ surtrois^ sur quatre autres ; ils ont avec eux leurs provisions de vivres et d^eau^ et c'est à eux de demeurer là com- * me ils pourront^ sans mourir de froid ; puis^ au bout d'un certain temps^ le capitaine revient^ en faisant une tournée pour ramasser ses hommes et charger Thuile et les peaux qu'ils ont dû recueillir. Ils ont pour abri une cabane qu'ils bâtissent ou un trou qu'ils creusent; pour armes^ des fusils et des battoirs; et^ dans le cas où le bâtiment qui les a apportés fait naufrage^ pour tout moyen de regagner la patrie distante de trois cents, cinq cents^ de deux mille lieues et plus^ un canot avec une paire de rames^ un mât et une voile.
Les rivages fréquentés par les phoques sont ordinairement peu éleyés; comme la nature n'a pas doué ces
animaux de moyens de locomotion très-faciles^ il faut
qu'ils puissent facilement passer de la terre à Teau et de Teau à la terre. Les chasseurs qui les guettent ont soin d'étudier Fendroit où ils abordent, de se placer sous le vent à eux, et de garder un profond silence^ car s'ils n'ont pas les mouvements dégagés , ils ont au moins les sens de l'odorat et de l'ouïe on ne peut plus subtils.
Le troupeau d'amphibies s'avance presque toujours sur plusieurs rangs ; le premier rang est poussé en avant parle second qui débarque, et ainsi de suite.
Puis presque aussitôt, si rien ne leur révèle le danger qui les menace, les animaux s'endorment.
Ce sommeil immédiat, symptôme évident de lassitude, semblerait indiquer que ces animaux viennent de faire une longue route à la nage.
Les chasseurs alors se séparent, puis arrivent, par
plusieui*s lignes convergeant au même point, à cerner les dormeurs. Chaque chasseur est armé d'un bâton ou plutôt d'un battoir, espèce de trique longue de cinq pieds, et dont l'extrémité inférieure est plus grosse et plus large que la supérieure. Quelquefois ils portent une gaffe, arme doublement meurtrière en ce qu'elle est armée d'un croc et d'une pique. A un signal du
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chef, toute Tescouade des chasseurs s'élance et assène de vigoureux coups sur le crâne des phoques. Le phoque qui ne tombe pas étourdi cherche à fuir et m^e à faire tête à son agresseur^ mais celui-ci applique sur le museau de Tanimal le pie de sa*gaffe^ et s'arcboute sur lui^ tandis qu'un compagnon achève de lui briser le crâne. La tuerie va vite : au bout d'une heure le champ de bataille est jonché de cadavres^ et ceux qui ont échappé à la mort^ regagnent la mer pour ne plus revenir que quand ils auront oublié le danger qu'ils viennent de courir.
Les morts sont jugulés et dépouillés^ leurs peaux sèchent étendues au soleil^ leur graisse fond dans une vaste chaudière^ et pourvu que les pécheurs aient une semblable aubaine par semaine^ la joie sera grande, quand le navire viendra les relever de faction.
On donne le nom de phoques à toutes ces variétés d'amphibies : le loup, le chien, le veau , l'éléphant, le cheval marins; animaux qui diffèrent entre eux par les détails, mais qui sont semblables par les caractères généraux de leur organisation.
Leur taille, après croissance entière, varie de douze à vingt pieds de longueur sur huit à quinze pieds de
circonférence; quand ils sont^ gras on ne trouve leurs muscles que sous une enveloppe épaisse de sept, huit et dix pouces, qui fondue peut produire Jusqu^à cinq cents litres d'huile; leur appareil circulatoire est trèsdéveloppé; leur robe est rousse et brillante, ou blanche, leurs queues et les nageoires qui leur servent de pieds sur terre sont noires; la nageoire ressemble assez à une main dont les doigts seraient réunis par une forte membrane; les mâles ont une trompe au bout de la mâchoire supérieure, les femelles en sont privées; les corps pointus jusqu'aux museaux, gonflés au milieu, se terminent en fuseau jusqu'à la queue bifurquée. Ils passent Thiver et Tété à la mer, mais à terre,
le printemps, époque du rut , et l'automne, époque de la parturîtion.
La femelle a deux petits qui tettent dès leur naissance. Les adultes se nourrissent d'herbages et de poissons, et passent à dormir dans les sables boueux le temps où ils ne paissent pas. On jprétend que chaque groupe à terre est protégé par une sentinelle qui a nnstinct de donner un signal d'alarme aussitôt qu'un bnût inconnu se fait entendre.
Leurs cris sont bruyants; des espèces grognent
comme des pourceaux; d^autres hennissent comme des chevaux, rugissent comme des lions, hurlent conmic des loups, aboient comme des chiens, et autant ils sont lourds et pesants sur terre, autant ils déploient à la mer une incroyable vitesse. J'ai parlé de M. Morell et de la chasse terrible qu^il avait faite aux phoques des les Auckland; il a laissé une relation de son voyage^ et dans cette relation un chapitre est consacré aux amours des éléphants, veaux, chiens, chevaux et loups marins.
J^en extrairai les observations les plus originales.
D'abord M. Morell se pîaint, et avec raison, de ce que jusqu'à présent les naturalistes ne se sont occupés que de nous expliquer la forme et la grandeur de ces intéressants animaux, auxquels la civilisation de nos boulevards est parvenue à apprendre à dire papa, sans que ces naturalistes aient jamais eu l'idée de nous parler de leurs mœurs, de leurs habitudes et de leurs amours.
n affirme que lorsqu'on tue une femelle prête à mettre bas, il arrive souvent que le coup de bâton qui lui a fracassé le. crâne, produit par sympathie une blessure semblable aux crânes de chacun des deux fœtus qu'elle porte dans ses entrailles.
Il va sans dire que je laisse à M. Morell toute la responsabilité de cette observation.
Continuons; ce n'est plus moi qui écris, je me contente de traduire.
a Ces animaux ne viennent à terre que pour céder à « rinfluence irrésistible de Tamour : à la mer les dif- « férents sexes vivent séparés; les mâles sont plus par- « tisans de la polygamie que les enfants de Mahomet; « ils ont chacun une douzaine de femelles qu'ils ai- « ment tendrement et Ton comprendra sans peine « qu'avec un pareil harem, quand ils quittent la terre « après avoir rempli le but qu'ils s'étaient proposé « en y venant, ils sont d'une maigreur extrême. »
« Échauffés par le printemps, les mâles viennent à
« la côte dans le mois de novembre (printemps aus-
« tral), pour se préparer à y recevoir les femelles qui
< n'arrivent qu'en décembre. Aussitôt qu'une d'elles
a paraît, toute la troupe des célibataires s'élance à sa
« rencontre et le plus galant la prend sous sa protec-
« tion ; mais souvent il lui faut le df oit de conquête
« pour pouvoir jouir en paix des charmes de la nouai velle venue.
a Alors s'engage un combat terrible; la femelle as-