‹ Plotin au point de vue médical et psychologiqueChapitre 10 sur 16 · LES REACTIONS PSYCHIQUES DE PLOTIN À L'EGARD DU MONDE · texte numérisé non relu

LES REACTIONS PSYCHIQUES DE PLOTIN À L'EGARD DU MONDE

Si, délaissant cet aspect physique de Plotin, sur lequel nous ravons que peu de documents, nous considérons sa psychologie en essayant d’en discerner les mobiles, nous sommes immédiatement frappés par une dualité contradictoire.

D’une part, il est compréhensif, humain, sociable. Son intelligence s'adapte aux circonstances, avee le secours de toutes ses expériences, sagement acceptées. De l’autre, il montre une attitude négative, restreinte, inhumaine, qui évolue en cercle autour de soi-même, sans souci du monde et des autres hommes.

Dans la première phase, Plotin trouble sa vie des soucis que lui apporte la surveillance d’enfants orphelins. Les personnes riches qui meurent laissant des héritiers les lui confient, garçons et filles, comme à un « gardien saeré et divin » (1). H accepte ces pupilles. Il s’en occupe paternellement. Il les dirige dans leurs études et dans leur vie morale. Il corrige Feurs exercices de rhétorique et de poésie, — lui qui, dans ses écrits, ne s'occupe que de l’idée et néglige à la fois

(1) Vie de Plotin 9.

OU

Tlorthographe et la grammaire. Il les comprend avec une étonnante pénétration. « Il allait jusqu’à prédire ce qui arriverait à chacun des enfants qui l’entouraient. Ainsi, à propos de Polémon, il dit ce qu’il serait. Il avait prévu qu’il serait amoureux et qu’il périrait tôt, ce qui arriva. » (1).

Il gère leurs biens et écoute patiemment la lecture des comptes de tutelle. À ceux qui s’étonnent, il répond que tant que ces enfants ne sont pas philosophes, il importe qu’ils « gardent leur capital et leurs revenus intacts » (2).

« Il possède de naissance une supériorité sur les autres hommes » (3) et il est doué à leur égard d’une singulière pénétration. Un jour qu’un coilier avait été volé à une femme, qui habitait la même maison que lui, il fit assembler les esclaves et, seulement après les avoir regardés, il désigna le coupable.

Quand Olympius d'Alexandrie, son ancien condisciple et son rival, voulut, par jalousie, lui lancer des sorts, devinant cette pensée, il intimida si bien son adversaire secret par son attitude que celui-ci crût oue ses incantations retombaient sur lui (3).

Il arriva aussi que Porphyre, sans se confier à son maître, eut la tentation de se suicider. « Subitement, il vint à moi, qui habitait dans sa maison, et il me dit que ce désir n’était pas raisonnable mais qu’il venait d’uñne mélancolie maladive » (1). Puis il conseille

(1) Vie de Plotin 11 (2) id. 9 (3) id. 9

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de partir, de s’en aller vers un autre maître, un certain Probus, qui habitait en Sicile. A-t-il compris que son influence était peut-être pernicieuse à cette âme? Il s’en sépare, en tous cas, au moment où sa santé qui décline doit lui faire désirer davantage la présence de ses amis.

Il n’est pas question évidemment de voir là des divinations magiques ou des interventions divines. Mais notons, en opposition à la méthode de penser dont nous parlerons ensuite, quelle large assise d’expériences, quelle cristallisation d’impressions multiples, ces jugements exigent de celui qui les porte. Il faut, pour les former, une sensibilité extrême de l’observation, une richesse infinie d’associations et une précision mirutieuse de l'intelligence qui trie les éléments et progresse vers une conclusion, vers la solution du problème qui est d’autant plus difficile qu’il est plus immatériel et plus défini.

Bien plus, Plotin aime l’amitié et la société des hommes. Il embrasse ses amis chaque fois qu’il les rencontre. Il s'attache aux enfants qui lui sont confiés et particulièrement à ce Polémon. I] vit chez des amis. Il se retire chez eux. Il s'efforce à maintenir entre tous l’entente et l’union. Y eut-il des femmes dans sa vie? Malgré l’intérêt que cela présenterait, nous ne le savons pas. Il habite chez deux femmes, Gemina et sa fille; Amphiclée, la future femme de Jamblique, lui est très dévouée. Mais Porphyre a soin d’user du

() Vie de Plotin 9.

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