‹ Plume et pinceauChapitre 13 sur 46 · M. EDMOND DE GONCOURT · texte numérisé non relu

M. EDMOND DE GONCOURT

LA FILLE ÉLISA. — LA MASCARADE DE LA VIE PARl- SIE.WE, PAR M. CHAMPFLEURY.

O Liberté! que de crimes on commet en ton nom ! Ce cri de M™e Roland sur Téchafaud pourrait être appliqué de nos jours à la physiologie, avec la différence que les crimes au compte de cette dernière ne sont que de mauvais romans, dans lesquels on abuse de cette science. Toute œuvre d'imagination scabreuse ou malsaine se met sous l'invocation de la physiologie, qui a vaincu et détrôné la phrénologie, à laquelle on a dû aussi tant de fausses inductions, gobées avidement par les prédécesseurs de M. Dumas fils et autres écrivains de son école. Le vice et le travers du temps en littérature est d'exposer, — au nom de prétendues notions scientifiques à données peu précises et qui n"ont pas été acquises dans les amphithéâtres de dissection ni dans les laboratoires de chimie, mais dans des conversations avec des médecins hommes du monde ou dans des lectures mal digérées, — les produits les

plus graveleux de l'imagination, et de les couvrir d'une autorité scientifique ou soi-disant telle. L'auteur du Demi-Monde a le docteur Favre qui fait des conférences pour expliquer les élucubrations de son ami ; — ou bien, quand M. Dumas craint pour une de ces folles œuvres qu'il veut faire passer au Gymnase, il s'empresse de surexciter à l'avance la curiosité par un livre insensé, où la science le dispute à la Bible, en fait de prétentions absurdes, et qui est destiné à servir de préface à la pièce en préparation. C'a été le cas de V Homme-Femme pour la Femme de Claude. Le spectateur était prévenu : il pouvait s'attendre, après le livre, à quelque chose de plus fort, — de plus raide, comme on dit. — Cette locution, devenue familière, est encore de M. Dumas fils. La pauvre Déjazet faisait danser la monaco pour se donner le temps de changer de costume dans une pièce où elle remplissait plusieurs rôles ; elle jetait de la poudre aux yeux quelques instants, mais elle n'aveuglait pas. Les romanciers et dramaturges modernes ont des ficelles plus matérielles et plus grossières; ils brutalisent l'opinion. Sous prétexte d'imiter Balzac, qui a mis de tout dans ses œuvres et a traité le roman en alchimiste, plutôt qu'en véritable chimiste, ils ont adopté tous ses tics. Cette ambition puérile et mal fondée de vouloir passer pour savant, comme s'il ne suffisait pas à la gloire d'un littérateur d'être avant tout homme d"esprit et d'imagina-

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