‹ Plume et pinceauChapitre 15 sur 46 · M. EDMOND DE GONCOURT · texte numérisé non relu

M. EDMOND DE GONCOURT

Mais ce qui ne varie pas, ce qui est éternellement vrai, parce que la nature humaine (en dehors de l'étude des sucs, qui fait la gloire des Claude Bernard) reste éternellement la même, et qu'il n'y aurait qu'une révolution dans les conditions atmosphériques qui pourrait la changer, c'est la science des Molière, des La Fontaine, des La Bruyère ; — Racine et Le Sage n'ont pas eu besoin de microscope pour lire dans le cœur humain, et si le premier n'a pas été dépassé comme admirable psychologue, le second a jeté les bases du roman de mœurs dans ce roman si profondément humain et si vrai de Gil Blas. En un mot, rien n'a ébranlé la science des grands moralistes qui ont le mieux percé à jour toute la perversité et aussi la bonté de notre espèce. Leurs observations restent vraies comme au premier jour.

Ce qui reste aussi, en dépit des changements de la mode et des gouvernements, c'est un vieux tableau de fleurs. La rose est toujours la rose, et laisse la même impression de fraîcheur avec sa goutte de rosée, que si elle venait d'être cueillie le matin. Comparez cette étude de Redouté, peinte en 1830, avec le meilleur tableau de genre ou d'histoire de la même époque : ce ne sont pas les fleurs qui auront vieilli.

Ce qui ne vieillit pas non plus, c'est la bonne "humeur, cette fleur et cette jeunesse de l'esprit, qui fait passer sur certains défauts salés de nos pères, des Montaigne, des Rabelais et même de

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Mathurin Régnier. Que nous en sommes loin avec la littérature actuelle et particulièrement le livre de M. de Goncourt, la Fille Élisa ! '.

Nous pataugeons décidément dans un courant insalubre et putride, manquant tout à fait de gaîté. Un Gérard de Nerval, qui aimait aussi à fréquenter les bouges, à la manière des Villon, mais sans y laisser de son honnêteté, y porterait au moins plus d'humour et de tempérament. M. Edmond de Goncourt en est complètement dépourvu.

Nous pourrions citer encore un Anglais, le peintre Guys, qui a peint des aquarelles trèscaractéristiques en ce genre et fort appréciées des amateurs, mais qu'on n'exhibe pas dans les salons des familles. M. Edmond de Goncourt ne nous a donné qu'une étude froide et désagréablement pénible. On voit qu'il manquait de conviction et qu'il n"a voulu que tenir une gageure, accomplir un tour de force, une bravade, dont le secret remonte sans doute à une vieille histoire arrivée à Louis Bouilhet, et que nous ne raconterons pas par respect pour nos lecteurs. Une perle dans un fumier, c'est ce que trouva un jour cet auteur dramatique, mort il y a quelques années, et le souvenir de son aventure n'est peutêtre pas étranger à l'un des épisodes les plus particuliers (nous n'osons dire 2yiquants, car rien'

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