DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT AU SALON
M. EUGÈNE BAUDOUIN. - UN SONNET DE M. XAVIER DE RICARD. — LES DEUX ÉLÈVES DE M. FRANÇAIS. — M. RAPIN. — LES SUJETS RELIGIEUX AU SALON. — M. HENRI BOUCHET-DOUMENQ. — M. CHARLES BRUN. — M. PIERRE CABANEL
Allons ! la Cigale, puisque c'est dans ce symbole d'un art étranger à la peinture qu'on a personnifié le Midi, est bien représentée, cette année, au Salon. Le département de THérault, en particulier, a fourni son contingent en bonne mesure : quinze peintres, trois sculpteurs, cinq dessinateurs. On voit que le goût des arts ne se perd pas dans la contrée qui a donné naissance à Sébastien Bourdon, à Vien, à Fabre, etc.
Nous ne venons pas ici faire notre petit Gustave Planche en jugeant des amis qui dînent avec nous une fois par mois. Nous sommes fort peu prédisposés à la sévérité, et si nous avons besoin dïndulgence, c'est pour nous-même, qui parlons d'un art qui s'impose aujourd'hui à l'ac-
tualité, mais qui ne nous est familier en aucune façon. Tout critique qui se mêle de parler de peinture sans en connaître les éléments, rappelle un peu cet aveugle qui parlait de couleurs : on n'est bon juge dans un art quelconque que lorsqu'on peut mettre la main à la pâte. Hoffmann, l'auteur des Contes, exprimait le même sentiment à l'égard de la musique, quand il écrivait à un ami : « Ton S... a tout à fait raison ; tu perds beaucoup de félicité à ne jouer d'aucun instrument. Ne le prends pas en mauvaise part. L'audition n'est rien du tout ; les sons étrangers font entrer en toi des idées ou plutôt des sentiments muets ; mais quand tu exhales des sensations individuelles, langue inarticulée du cœur, au moyen des sons de ton instrument, alors seulement ta sens ce que c'est que la musique... ' » Cette sainte ignorance où nous sommes du métier, par rapport à la peinture, doit du moins nous préserver (ce que nous avons le plus à cœur) de tout pédantisme. Nous ne nous considérons encore, plume en main, que comme le commensal et comme le compatriote de bons camarades assis avec nous autour d'une table ronde ou ovale, où chacun a plus ou moins ses degrés de chevalier, — tout le monde est gentilhomme dans un pays libre (en Angleterre même tout le monde
1. Hoffmann, Contes posthumes, traduits par Champfleury (1836 j, p. 100.
est esqnire) — mais où personne ne clierclie à faire prévaloir ses titres sur son voisin. Nous procéderons donc, si on nous le permet, en vertu de ce sentiment confraternel et égalitaire, par la méthode naturelle, qui n'implique ni prédilection ni préséance, et qui est l'ordre même indiqué par le livret ; nous suivrons l'ordre alphabétique dans ce compte rendu où nous n'avons d'autre ambition que d'interpréter la pensée artistique de nos compatriotes et amis.
Rien ne ressemble à un site provençal comme un site languedocien, et ceci n'est point une critique à l'adresse de la campagne du Midi. Ces analogies de caractère tiennent à des questions de climat. Nous avons été frappé l'an dernier, en parcourant la Provence, dans les environs de Roquemaure, d'y retrouver (sauf le grand fleuve qui la traverse et la fertilise sur ses bords) ces rochers couverts par places d'une végétation touffue et rabougrie, qui font des plaques vertes sur des teintes grises, et qui s'harmonisent si bien avec ce ciel d'un bleu implacable, tellement incandescent à de certaines heures, qu'on dirait du plomb dans l'air. L'olivier pâle, au feuillage grêle, n'a pas, dans ces plaines poussiéreuses de notre Midi, l'aspect grandiose qui poétise l'arbre
de la province de Nice ou des célèbres jardins de Judée. Nous n'avons chez nous que l'oliviernain et un peu monotone, surtout dans les champs ou les vignes, côtoyant les chemins battus. Il lui faut la lande stérile, la garrigue, le rocher nu, à arêtes vives ou à dos arrondi et bleuâtre, où la mousse elle-même ne croît pas, pour reprendre ces contorsions pittoresques qui sentent l'énergie et l'effort et lui donnent un caractère particulièrement maigre et nerveux. L'arbre utile se transforme alors en arbre de luxe ; il crée autour de lui un site attrayant et mystérieux, d'une souriante mélancolie ; ses formes frêles et élEUQcées, couronnées de ce feuillage dont la tendre nuance à reflet d'argent rappelle un peu celle du saule, font illusion. Il est proche voisin, dans ces lieux, du chêne-liége et de l'yeuse : c'est un arbre libre, un arbre des bois : il est planté, ou plutôt il est venu pour ainsi dire tout seul, en se tordant, à mi-côte et presque sur les hauts sommets ; tout est relatif dans les contrées où il n'y a pas encore de hautes montagnes. Il nous fait penser, par ses allures fières et indépendantes, au fameux sonnet, lui-même si tourmenté mais si énergique, de M. de Ricard sur la Garrigue , nous ne l'avons jamais mieux compris qu'en regardant en ce moment le tableau de M. Eugène Baudouin : la Cueillette des olites dans le bas Languedoc ou (pour mieux localiser) dans les environs de Montpellier, sur ce versant de la col-
line de Castelnau, si propre à tenter en effet un peintre ou un poëte. Nous nous répétions tout bas les vers de M. de Ricard, dont nous avions l'image vivante sous les yeux :
Puisse ma libre vie être comme une lande Où, sous l'ampleur du ciel ardent d'un soleil roux, Les fourrés de kermès et les buissons de houx Croissent dans des senteurs de thym et de lavande !
Que, garrigue escarpée et sauvage, elle ascende La Liberté d'un air fouetté par les courroux Du mistral, tourmenteur fougueux des arbres fous, Puis, dans l'isolement, s'allonge toute grande;
Heureuse de la paix grave des oliviers, Du miel doux de la figue et des micocouliers Jaillissant de ses rocs, roussis aux étés fauves.
Et, rêvant, arrivée au flux d'un souffle amer, Sous les horizons fins mouillés de vapeurs mauves, Regarde s'aplanir dans le lointain — la mer!
C'est de la poésie impressionniste, et c'est aussi étrange que du Baudelaire, inspiré par le souffle sain de la lande. — M. Eugène Baudouin avait ce paysage sous les yeux quand il a fait son tableau, mais il l'a pris à un autre moment, non pas à une heure plus sereine, — car on est nécessairement en hiver pour la cueillette des olives, — mais par un ciel calme et bleu où le soleil chauffe et dore les toits des mas voisins, si re-
connaissables, pour qui les a vus jadis, à leur tonnelle verte.
L'œuvre de M. Baudouin n'est pas seulement une scène locale, c'est un tableau de geni'e intéressant tout le Midi. Il est particulièrement montpelliéraia, par le costume de la femme qui abat les olives à coups de gaule ou de celles qui les recueillent en bas sur un drap étendu à terre, suivant la coutume : — il y a aussi une échelle à trois pieds, appelée chèvre — d'autres détails encore, tels que la bourrique paissant et broutant, et le panier aux provisions (ce qu'on appelle loti recati)^ enfoui dams l'herbe maigre et hérissée, qui caractérisent bien certains usages locaux ; — mais par l'ampleur de la composition ; l'étendue du paj'sage, plein de soleil et de lumière ; Fétincelant miroir du fond, formé par la mer, dont le bouquet d'arbres du premier plan coupe la ligne horizontale qui brille encore par places à travers les intervalles libres, M. Baudouin a agrandi son œuvre et lui a donné pour limites les extrêmes confins de la Provence et du Languedoc, de toute la contrée, en un mot, où l'olivier est en honneur. Hors de là, cette toile reste encore comme mie œuvre originale et bien française, — parce qu'elle a ses racines dans le sol, qu'elle en est sortie, qu'à l'exemple des Le Nain, l'artiste a aimé la réalité et s'est inspiré fidèlement de ce qu'il a voulu peindre. Il a fait à sa façon son jardin des Oliviers ; seulement il ne
Ta pas imaginé, il Ta découpé en pleine nature, et a montré ce rival du chêne croissant partout entre les interstices des rochers. Il a fait de son sujet une peinture d'autant plus historique, qu'elle retrace une scène de la vie de campagne qui se renouvelle tous les ans à la même époque. Supposez que l'olivier vienne à disparaître comme la vigne sous un froid rigoureux ou meurtri par un autre fléau : il restera la toile de M. Baudouin, représentant la Cueillette des olives, a Des tableaux comme celui-là ne se démodent jamais, » nous disait M. Auguste Préault, et c'est le sentiment du public devant Tune des œuvres les plus sincères du Salon.
M. Baudouin n'a pas dit adieu à ces environs si agrestes de Montpellier sans en emporter une autre page, qu'il avait sous les yeux et quil a prise, pour ainsi dire, à vol d'oiseau. C'est comme jeté d'en haut sur la toile : nous n'imaginons rien de plus accidenté, de plus pittoresque et de plus gigantesque à la fois que ce paysage du Mas du Diable et du Rocher de Substantion. Tout le monde connaît cela à Montpellier, et y ajoute instinctivement le nom de l'abbé Favre. M. Baudouin s'est approprié le site à son tour, et il en a fait l'une des œuvres les plus émouvantes de son pinceau de paysagiste. Nous ne pouvons passer devant sans y jeter un long regard, et c'est pour nous d'un attrait tout particulier et comme inexprimable. Cette eau profonde et verdàtre de
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la rivière du Lez qui coule au fond d'un abîme, encaissé d'un côté par d'énormes rochers taillés à pic, et de l'autre par les bosquets de Monplaisir ; cette route poudreuse et blanchâtre du premier plan, qui traverse le paysage, court sur des précipices et les contourne, formant ainsi deux terrasses opposées et vis-à-vis comme les deux extrémités d'un bastion ; partout au loin des rochers parsemés de verdure ; le moulin de Navitau, émergeant d'un bas-fond au milieu des arbres ; le Mas du Diable à droite ; le village de Clapiès plus loin par derrière ; puis, plus loin encore, le village de Montferrier tout recrépi en ce moment des rayons du soleil au sommet de sa colline, sur l'autre rive du Lez, dont on suit les sinuosités aux contours que la cime des arbres trace au-dessus des rochers entre lesquels le lit du fleuve est creusé ; enfin, la ligne bleue des montagnes du fond, qui semblent, à cette distance, ne former qu'une chaîne avec le mont Saint-Loup, et dont le ton franchement cru de bleu de ciel (tel qu'il est dans la nature) fait le plus harmonieux et le plus doux contraste avec les tons verts et blanchâtres du premier plan... tel est ce tableau ; nous ne pouvons attribuer uniquement à des souvenirs d'enfance l'impression profonde qu'il a laissée dans notre esprit.
Un de nos plus célèbres paysagistes, et l'un des maîtres les plus délicats du genre, qui, tout en prenant la réalité pour base, cherche avant tout à en exprimer le rayonnement, M. Français, qui s'est contenté d'envoyer au Salon une admirable aquarelle, nous disait : « Je suis heureux et fier de deux de mes élèves qui sont au premier rang cette année parmi les paysagistes : c'est Baudouin et Rapin. » — Ce rapprochement de noms de deux artistes dont l'un excitait naturellement notre curiosité comme compatriote, et dont l'autre avait été signalé à l'attention publique par les journaux depuis l'ouverture du Salon, nous a donné envie de nous rendre compte de l'œuvre de M. Rapin ; et si nous nous écartons en ce moment de notre programme régional par un aperçu hors barrière, c'est par pur esprit d'examen, et parce que nous aimons à tout connaître. La place occupée du reste par M. Rapin justifie bien qu'on s'arrête devant ses deux toiles. Ce sont deux vastes paysages, qui n'ont d'autre sujet que le spectacle de la nature à deux saisons et à des heures parfaitement opposées. — La pointe de sentiment, comme on voit, m.êlée à la réalité : c'est en cela que l'artiste est peintre et poëte. —
L'un représente le matin au printemps, et l'autre le soir, en décembre, dans les bois de Gernay. Le Matin est un paysage frais, une idylle qui n'a pour acteurs visibles que la verdure et l'eau gazouillant sous bois sur les cailloux. La nature encore tendre se réveille; les dernières vapeurs du crépuscule, mêlées aux premiers rayons du soleil, estompent le sommet des arbres au fond du bois. Il y a là comme un reste de brouillard qui va disparaître, et c'est ce qui constitue la poésie du tableau. Sur le premier plan, au contraire, la terre est plantureuse et d'une végétation touffue, qui n'a rien eu encore à souffrir des baisers trop brûlants de l'été. On 3. envie de se retremper là dans un bain d'isolement, au murmure d'une eau courante. Le merle siffle dans les branches ; on entend partout des roucoulements et des appels de la nature en travail. Il nous semble que nous avons fait souvent cette promenade à la même heure, dans les bois de Glamart, — tant il est vrai, comme nous le disions plus haut, à propos des paysages du Midi, que la nature ne varie guère sous un même climat.
L'autre paysage de M. Rapin, qui fait pendant et contraste à un matin de printemps, évoque des souvenirs fantastiques à cette heure où la nuit descend, en décembre, à travers les grands arbres dénués de feuilles. Les géants de la forêt, debout et bien droits, entre-croisent leurs bran-
ches dans un inextricable fouillis ; l'un d'eux, plus haut que les autres, se détache dans le ciel de toute Fenvergure de ses grands bras, affectant la forme de la pomme d'une canne de tambour-major. Le ciel est rempli de lueurs rouges du soleil couchant, qui percent la forêt et semblent allumer un incendie sous bois. Il y a comme des bruits de fanfares et des sons de cymbales lugubres qui s'affaiblissent, dans ces tons cuivrés du ciel auxquels les nuages ont l'air de se heurter en résistant à ces dernières clartés du soir qui s'éteignent et meurent. Quelques éclaircies de bleu, légèrement teintées de lueurs blanchâtres et jaunissantes, complètent un vrai ciel d'hiver. L'obscurité pénètre dans les régions inférieures, où toute la forêt se reflète de bas en haut dans une eau dormante et trouble, vraie bauge à Sangliers, toute chargée elle-même d'une végétation malsaine. Une sombre colline à droite envoie aussi au fond de la vallée ses ombres noires, qui prêtent à la nuit leurs teintes funèbres et font ressortir, à cette heure crépusculaire, la vedeur de certains arbres grêles, au feuillage frêle et jauni par l'hiver. Si nous n'étions en Seine-et- Oise, nous nous croirions en Berry, dans une de ces vallées noires dont parle M"^ Sand. L'enseignement à tirer des leçons d'un paysagiste, pour im homme sédentaire et qui n'est pas peintre, est d'apprendre, par la vue de ces toiles, à connaître la nature et à s'identifier au moins par
l'imagination avec les spectacles qu'elles nous rendent.
Nous signalions l'autre jour certains abus dans la toilette des femmes. Nous pourrions peut-être reprocher aussi au Salon un peu trop de peintures religieuses ; ainsi nous avons vu deux immenses toiles, presque identiques, placées presque aux deux extrémités du vaste bâtiment de l'Exposition, et représentant l'une et l'autre deux saints qui ressuscitent et se promènent moins gracieusement que les nonnes de Robert le Diable qui ont soulevé la pierre du sépulcre. Ces sujets ne sont plus de notre temps et ne peuvent aujourd'hui passionner personne : ce ne sont que des thèmes exécutés à froid, comme les tragédies que les écoliers tentent encore au sortir du collège. Le moindre sujet vivant, un charbonnier dans sa cabane, nous intéresse davantage que ces exhibitions de miracles en faveur desquels on ne peut pas invoquer l'histoire. Elles n'ont d'autre excuse que le talent quand il y en a (même sans croyance), et, à ce titre seul, nous rendons toute justice à M. Henri Bouchet-Doumenq, qui a exposé une sainte Cécile martyre. « Longtemps après sa mort, » dit le livret, « des chrétiens retrouvèrent son corps miraculeusement conservé et recueillirent son sang. » C'est ce sang qu'étan-
chent deux vierges chrétiennes, et c'a été un beau prétexte à M. Henri Bouchet pour peindre des étoffes et des figures de femmes de grandeur naturelle. Une grande suavité de tons règne dans cette toile. Il y a de la poésie et du sentiment. Nous avons cru reconnaître un portrait (que nous avons salué d'en bas avec respect) dans la tête de ce vénérable apôtre à barbe fine, qui lève les yeux au ciel et les mains en l'air, avec une expression douce et inspirée, à la vue du miracle.
M. Charles Brun, de Montpellier, a exposé une jeune fille, — encore une cigale, qui est bien tout le contraire de celle de M. Villa dont nous parlerons plus tard. — Ici la cigale, ayant chanté et joué du violon, n'a pu ramasser que quelques pièces de monnaie, qu'on peut compter sur une chaise. La pauvre enfant, une jeune fille blonde et pubère, est assise sur un grabat, — elle a gardé dans les mains son archet et son violon, et se livre au découragement. On sent qu'elle a froid ; ses genoux sont serrés. Il y a dans sa pâleur un souvenir de Tassaërt. Elle porte au cou un scapulaire, qui devrait bien la préserver de la misère et peut-être aussi des mauvaises pensées qui en seront la conséquence.
Dans un autre tableau, M. Charles Brun . a
peint une porte orientale, souvenir de Gonstantine. C'est un joli motif d'architecture moresque : un Arabe cause, le pied sur le pas d'une porte, avec des dames qui n'ont pas l'air de vouloir la lui ouvrir plus grande. Cette porte a un marteau et une batterie de gros clous qui la rendent mystérieuse. Qu'est-ce donc ? Le préjugé oriental voulant que les verroux et les grilles gardent la vertu des filles, il est étonnant que ces dames causent avec un voisin ou un passant, le nez à découvert et la porte entre-bâillée.
M. Pierre Gabanel marche sur les traces de son oncle, non pas qu'il aborde les mêmes sujets, mais il a témoigné d'un véritable talent et de grands efforts dans l'importante composition qu'il a exposée cette année. C'est une œuvre bien moderne, d'un intérêt saisissant et très-dramatique. Huit personnes, dont deux femmes, ont pu échapper au naufrage d'un navire sur les côtes de Bretagne, en se réfugiant dans une chaloupe. La frêle embarcation aborde contre un rocher, le long duquel il faut hisser l'une des malheureuses femmes très-pâle, les cheveux défaits et évanouie. L'autre femme n'a pu résister à tant de secousses, et elle gît mourante dans la nacelle, la main inerte et baignant dans la mer. Un pauvre soldat
a le front tout ensanglanté cl porte les traces d'une grande faiblesse sur son visage. La mer, qui secoue la chaloupe au flanc du rocher oîi on a de la peine à la retenir, se soulève comme un sein gonflé avec des teintes grises. Il y a une grande énergie dans cette toile, dont tous les personnages sont de grandeur naturelle. Nous félicitons M. Pierre Cabanel de s'être tiré avec honneur d'un sujet où la tradition ne pouvait lui venir en aide, car il n'y a que des costumes et des physionomies d'hier et d'aujourd'hui dans cette grande composition.
Nous ne pouvons faire entrer dans cette chronique tout ce qui nous reste à dire encore des artistes de notre département ; nous demandons la permission de consacrer au Salon une troisième chronique. Nous commencerons dans -la prochaine par parler de M. Eugène Castelnau.
1o mai 1877.
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