U.\ POST-SCRIPTUM AU TOMBEAU DE THÉOPHILE GAUTIER
(rLDUÉ PAR ALPHONSE LEMERRE)
Une larme du diahie a coulé sur ta bière, Quand le prêtre, prenant possession du corps, Laissa tomber sur toi son latin de prière : Et cum spiritu lu... Je crus entendre alors
Le cri que Satan pousse en entendant la messe : « Quel barbare latin! » dans ton livre charmant, Une larme du diable, écrin de ta jeunesse, Où je suivais l'oftice à ton enterrement.
à laquelle je fus convié après la mort de Sainte- Beuve, lors de l'échange des fameuses lettres. Gautier arrivait d'Egypte, de l'inauguration du canal de Suez : Eudore Soulié vint l'annoncer. La princesse s'élança au-devant de lui, criant : a Si je veux recevoir mon Théo ! » et elle l'embrassa. Comme un éléphant, ou comme Alain Chartier, il reçut le baiser, puis les récits commencèrent, mêlés de toutes sortes de pointes adorablement et richement égrillardes.
Il avait une admirable maxime d'artiste et de littérateur : o Tout homme qui ne sait pas écrire une pensée à l'instant même où elle lui arrive, n'est pas un écrivain. » L'indicible n'existait pas pour lui.
Eugène Delacroix avait dit : « Celui qui ne sait pas peindre au passage un homme qui tombe des toits, n'est pas un peintre. »
P. S. — Une petite amende honorable sur le manque de philosophie de Gautier : on le questionnait un jour sur des sujets mystiques ou spiritualistes, étrangers à l'art. Il répondit : a J'aimerais de savoir ce qu'en pense l'acarus du fromage. » Sainte-Beuve, à qui on répétait ce propos, compléta ainsi la pensée de Gautier : « Moi qui suis un acarus de la terre.... autre fromage. »
18 novembre 1872.