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EXTRAITS DES ACTES CONSULAIRES DE LA VILLE DE LYON

Le dimanche xiiij^ février, M. V"^ trente-quatre (14- février 1355, nouveau style', en l'Hôtel-Dieu, après-dîner.

Maître Edouard de Beaujeu, licencié; Jehan Doillon, Jehan Camus, Michiel Guillen, Hugues Delaporte, Hurabert Gimbre, Pierre Manissier, maître Jehan Guilland, Pierre Durand, Jaques Fenoil.

M" Charles, médecin, a fait requête pour avoir la charge de médecin dudit hôpital au lieu de M» Rabelaise qui s'est absenté.

M» Pierre Du Castel a fait pour lui semblable requête.

M» Canapé a fait semblable requête pour lui.

Le mardy xxiij' février m v>: xxxiiij (23 février 1535, nouveau style ^, en l'Hôtel-commun, après-dîner.

Jehan Doillon, Benoist Rochefort, Jehan Camus, Jaques Fenoil, maître Jehan Guilland, Hugues Delaporte, Pierre Manissier, Pierre Durand, Michiel Guillen, Humbert Gimbre.

Lesdits sieurs conseillers ont mis en termes de pourvoir d'un médecin à l'hôpital du Pont du Rhône au lieu de M« Rabelays qui s'est absenté et a abandonné ledit hôpital, sans avis ne prendre congé, aussi les requêtes faites tant de la part de M« Charles que de M* Canapé et M» Du Castel. Et car les uns étaient d'opinion d'y pourvoir et de prendre à élire l'un ou l'autre, les autres que l'on devait attendre jusques après Pâques si ledit Rabelays viendrait

ou non, est survenu ledit sieur Humbert Gimbre, conseiller, auquel a été demandée son opinion sur ce que dessus, lequel a dit et opiné comme s'en suit :

Ledit Gimbre a opiné et dit qu'on y doit pourvoir et qu'il y a eu assez temps pour y avoir pensé et combien du commencement, pour les requêtes qu'on lui aurait faites, son intention était d'élire et nommer ledit M^ Charles, néanmoins pour ce que depuis M. de Montrotier, qui donne chacun an audit hôpital iij"^ livres et plus, fait requête et grand'instance pour ledit M" Du Castel, attendu aussi que le moindre des deux est assez suffisant, il donne sa voix et élit ledit M» Du Castel.

Sieur Jacques Fenoil. pour semblables causes, et afin de ne divertir ledit sieur de Montrotier du bien qu'il fait audit hôpital, aussi M. Vauzelles, son frère, de l'amour qu'il porte et biens qu'ils font audit hôpital, a donné et donne sa voix audit Du Castel, bien idoine et suffisant.

Ledit Pierre Durand a dit que l'on doit suspendre jusques après Pâques, car il a entendu que ledit Rabellayse est à Grenoble et pourra revenir.

Ledit Delaporte, idem, et qu'il n'est requis y pourvoir si promptement sans y bien penser.

M" Jehan Guilland, idem, et que l'on doit bien y penser.

Ledit Rochefort est bien d'avis attendre et qu'il voudrait bien savoir l'avis de M. de Montrotier.

Ledit Camus a dit qu'il sait bien l'intention desdits sieurs de Montrotier qui font grand'requête et instance pour ledit M' Du Castel et qu'il a su des médecins et apothicaires que ledit Du Castel est suffisant pour avoir ladite charge, et lui donne sa voix.

Ledit Guillen s'en remet à la pluralité des voix.

Ledit Manissier est d'opinion de n'y pourvoir pour le présent.

Ledit Doulhon, en concluant pour la diversité des opinions, a continué la matière jusques à jeudi, prochain Consulat, et entre deux chacun y pensera.

RABELAIS

Le vendredy v« mars M. V"= trente-quatre [3 mars 4o33, iwuveau style), en l'Hôtel commun :

Jehan Doilhon, Jaques Fenoil, Hugues Delaporte, Jehan Camus. Humbert Gimbre, M' Jehan Guilland, Michiel Guillen.

Lesdits sieurs ont procédé à élire un médecin pour le service du grand hôpital du pont du Rhône, au lieu de M"" François Rabellayse, médecin, qui s'est absenté de la ville et dudit hôpital, sans congé prendre, pour la deuxième fois. Et ont tous, d'une voix, élu M'' Pierre Du Castel, docteur médecin, aux gages toutefois de trente livres et à laquelle somme de XXX livres ils ont admodéré les gages anciens qui étaient de ([uarante livres tournois. Et pour ce l'ont fait venir et [après] lui avoir déclaré ladite élection, il l'a acceptée auxdits gages de trente livres, tant qu'il plaira au Consulat, lequel (Du Castel) a promis et juré de bien servir les pauvres, diligemment et loyaument faire son devoir. »

L'Hôtel-Dieu de Lyon avait ses raisons pour rayer le nom de Rabelais de la liste de ses médecins. Le Conseil municipal de Montpellier en a eu d'autres, de nos jours, pour demander que ce nom fût donné à l'une des rues de la ville. Voici la délibération qui a été prise dans un moment où la ville de Montpellier était menacée de perdre sa Faculté de médecine. Elle ne pouvait protester plus noblement ni plus spirituellement :

« (14 juin 1876.) — M. Henneguy demande la parole pour soumettre au Conseil la proposition suivante :

Le Conseil municipal de Montpellier, considérant que le

nom de Rabelais rappelle les plus grands souvenirs de la vie universitaire de Montpellier,

Considérant que la rue dite actuellement Saint-Matthieu, par ses monuments et sa situation, parr son église où étaient déposées les archives dont Rabelais fut un des gardiens, par les bâtiments de l'Ecole de pharmacie auxquels elle aboutit et sur l'emplacement desquels se trouvait l'ancienne Ecole de médecine oii Rabelais prit ses grades et oii il enseigna, rappelle plus particulièrement le souvenir du séjour de Rabelais à Montpellier ;

Attendu qu'il importe de consacrer ce souvenir par un témoignage public ;

Émet le vœu :

Uue M. le maire de Montpellier veuille bien prendre les mesures nécessaires pour que la rue appelée aujourd'hui rue Saint-Matthieu porte à l'avenir le nom de rue Rabelais.

M. le maire dit qu'il approuve et appuie le désir de M. Henneguy de perpétuer le souvenir de Rabelais, comme aussi celui d'autres illustrations montpellièraines, en donnant leurs noms à des rues de la ville ; mais au lieu de débaptiser pour cela d'anciennes rues, ce qui offre divers inconvénients, il aimerait mieux réserver ces noms pour les rues qui vont être prochainement créées.

M. Duval-Jouve propose que le Conseil se déclare en principe favorable au vœu de M. Henneguy, sauf à vérifier plus tard s'il ne vaudrait pas mieux le modifier et l'étendre en donnant le nom de Rabelais et d'autres illustrations à des rues nouvelles de la ville.

Cette proposition est adoptée. »

Il sera souvent question de Montpellier dans ce volume, et l'on ne saurait s'en étonner, puisque la plupart des articles qui le composent étaient adressés à un, journal de celte ville^ la Républiqxie du, Midi. Arborons donc hardiment la

RABELAIS H

province; ne craignons pas d'être de notre pays, surtout quand il apporte à la Philosophie et aux Lettres des documents tels que ceux qui précèdent et que ceux qui vont suivre. D'ailleurs^, être de Montpellier, disait un grand esprit de la famille de Voltaire, c'est être de quelque part; ce n"est pas banal — on n'en saurait dire autant de toutes les villes de France. Molière, à l'instar de Rabelais, n'a pas craint d'emprunter à ce terroir fertile, qui a produit au xviir siècle l'abbé Favre, notxe plus grand conteur en vers et en prose dans cette langue du Midi si peu élégiaque. — Yoj'ons maintenant comment la vieille cité de la science et du gai savoir, qui n'a jamais répudié l'esprit français, accueillait, à l'aurore de ce siècle, l'esprit de Voltaire.

Juillet 187b — Septembre 1877.

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