SCÈNE XI
rudomska, se levant.
Vico
VINCENT
Je vous écoute...
RUDOMSKA
Là ! tout près ! Ici ! ton visage en face du mien !
VINCENT
Voici...
RUDOMSKA
Est-ce toi qui a fait cela?
VINCENT
Oui!...
RUDOMSKA
Par bêtise? Par inconscience?
VINCENT
Non. A dessein. .
RUDOMSKA
A dessein? Toi? Pourquoi?
VINCENT
Je voulais empêcher Olelkowich d'arriver.
RUDOMSKA
Toi? Empêcher Olelkowich d'arriver?
Vincent, de plus en plus exalté.
Oui ! Moi !
rudomska, avec effroi.
Pourquoi?
VINCENT
Pour cette seule raison que demain il devait devenir le mari d'Irène.
Le mari d'Irène !... Irène !
IRÈNE
J'écoute ! J'écoute !
rudomska, le regardant fixement dans les yeux.
Je comprends... je comprends maintenant... Ah! l'aveugle que j'étais...
Vincent, suffoquant.
Je ne pouvais plus...
rudomska, avec colère.
Alors c'est toi, qui, de tes propres mains, as levé exprès les pales de l'écluse pour causer l'inondation... Tu es allé à cet endroit dans ce seul but, pour faire cela?...
VINCENT
Je ne le nie pas, je ne m'en cache pas... Je suis allé là-bas avec cette intention et je l'ai mise à exécution moi-même... avec mes propres mains.
rudomska, hors d'elle.
Tu voulais donc le faire mourir...
Vincent, comme luttant en lui-même.
Oui ! je voulais le tuer...
RUDOMSKA
Et tu l'as tué..
Oui... je l'ai tué...
rudomska, avec inconscience.
Et les enfants qui coupaient l'acore...
(On entend dans la coulisse des cris hostiles et des gémissements continus.)
VINCENT
Oui...
RUDOMSKA
Réponds-moi ! Pourquoi as-tu agis ainsi?...
VINCENT
Pour qu'il n'ait pas Irène...
RUDOMSKA
Et que t'importe Irène...
VINCENT
Pour la première fois, je dois vous avouer la vérité, maman : je ne la donnerai à personne ! Tous vos projets ne servent à rien...
RUDOMSKA
Mes projets ne servent à rien ! Qu'est-ce à dire?
VINCENT
Oui, vos projets, vos duperies ! vos intrigues, vos efforts ! la vente d'une femme ! sa fortune est passée on ne sait où et maintenant on la vend... j'étouffais depuis longtemps et voilà que maintenant...
Il a osé faire tout cela... et à présent il a l'audace de me parler ainsi... A moi, sa mère I
VINCENT
Traînez-moi devant Les tribunaux, que je pourrisse en prison... j'en ai assez...
(Les cris dans les coulisses augmentent d'intensité.)
Tu entends !...
RUDOMSKA
VINCENT
J'entends bien. A l'instant, je vais aller près d'eux et je leur dirai tout franchement...
RUDOMSKA
Que leur diras-tu?
VINCENT
Je leur dirai ce que j'ai fait et je leur donnerai les raisons...
RUDOMSKA
Fils de chien.
Vincent, se dirigeant vers la porte avec rapidité.
J'y vais...
RUDOMSKA
Je te le défends!... Arrête!... Attends!... Je pense à une punition pour toi ! Pour ce que tu viens de me faire, à moi, ta mère !... Je t'ai élevé, je t'ai dorloté... J'ai bien ce droit... Puisque tu es allé sur la digue avec l'intention bien arrêtée de commettre un crime, je te maudis... Puissent tes jambes qui t'ont porté être brisées et amputées...
Hélène, couvrant Vico de sa personne.
Dieu !
rudomska, à Hélène.
Va-t'en !... (A Vincent.) Puisque tu es allé sur la digue, puisque tu as levé les pales de l'écluse, que tes bras soient brisés et amputés...
HELENE
Ah!
RUDOMSKA
Puisque, par tes paroles, tu as osé juger mes actes, que ta détestable langue soit arrachée t c'est tout !
Vincent, anéanti, s'appuie contre l'encadrement
de la cheminée.
Tu as raison... Tu as raison...
irène, à Rudomska.
C'est déjà fini ! Est-ce qu'il y en a encore?
RUDOMSKA
Quant à toi ! Va-t'en ! Va-t'en ! Va-t'en...
IRÈNE
Je m'en vais! J'abandonne tout; aussi bien ce cl: nt il a parlé que tout le reste... Je laisse tout... je ne prends que lui...
(Elle s'approche de Vincent.) RUDOMSKA
Tu te permets sous mes yeux...
IRÈNE
Il n'est plus votre fils! Il est maudit... C'est déjà fait... Nous avons entendu toutes les deux... Moi et elle ! Hélène... des témoins incontestables et sûrs... Nous savons tout... Viens, maudit!... Tu n'as plus maintenant ni jambes, ni bras, ni langue... Qui te tendra un morceau de pain ou te montrera le chemin du puits... Moi seule je vais maintenant te servir de^soutien, te conduire et parler pour toi...
(Vincent saisit sa main et l'appuie contre son cœur.)
HELENE
Ah!...
(Elle s'évanouit et tombe à terre. Vincent et Irène ouvrent la porte d'entrée, au moment où ils vont en franchir le seuil, des cris se font entendre, des cris terribles, haineux et hostiles. On voit par la porte, dans le fond, un homme de haute taille qui vient à la rencontre de Vincent en portant une fillette morte et toute ruisselante d'eau.)
LE RIDEAU TOMBE
IS