‹ Plus blanc que neigeChapitre 10 sur 32 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

rudomska, se levant.

Vico

VINCENT

Je vous écoute...

RUDOMSKA

Là ! tout près ! Ici ! ton visage en face du mien !

VINCENT

Voici...

RUDOMSKA

Est-ce toi qui a fait cela?

VINCENT

Oui!...

RUDOMSKA

Par bêtise? Par inconscience?

VINCENT

Non. A dessein. .

RUDOMSKA

A dessein? Toi? Pourquoi?

VINCENT

Je voulais empêcher Olelkowich d'arriver.

RUDOMSKA

Toi? Empêcher Olelkowich d'arriver?

Vincent, de plus en plus exalté.

Oui ! Moi !

rudomska, avec effroi.

Pourquoi?

VINCENT

Pour cette seule raison que demain il devait devenir le mari d'Irène.

Le mari d'Irène !... Irène !

IRÈNE

J'écoute ! J'écoute !

rudomska, le regardant fixement dans les yeux.

Je comprends... je comprends maintenant... Ah! l'aveugle que j'étais...

Vincent, suffoquant.

Je ne pouvais plus...

rudomska, avec colère.

Alors c'est toi, qui, de tes propres mains, as levé exprès les pales de l'écluse pour causer l'inondation... Tu es allé à cet endroit dans ce seul but, pour faire cela?...

VINCENT

Je ne le nie pas, je ne m'en cache pas... Je suis allé là-bas avec cette intention et je l'ai mise à exécution moi-même... avec mes propres mains.

rudomska, hors d'elle.

Tu voulais donc le faire mourir...

Vincent, comme luttant en lui-même.

Oui ! je voulais le tuer...

RUDOMSKA

Et tu l'as tué..

Oui... je l'ai tué...

rudomska, avec inconscience.

Et les enfants qui coupaient l'acore...

(On entend dans la coulisse des cris hostiles et des gémissements continus.)

VINCENT

Oui...

RUDOMSKA

Réponds-moi ! Pourquoi as-tu agis ainsi?...

VINCENT

Pour qu'il n'ait pas Irène...

RUDOMSKA

Et que t'importe Irène...

VINCENT

Pour la première fois, je dois vous avouer la vérité, maman : je ne la donnerai à personne ! Tous vos projets ne servent à rien...

RUDOMSKA

Mes projets ne servent à rien ! Qu'est-ce à dire?

VINCENT

Oui, vos projets, vos duperies ! vos intrigues, vos efforts ! la vente d'une femme ! sa fortune est passée on ne sait où et maintenant on la vend... j'étouffais depuis longtemps et voilà que maintenant...

Il a osé faire tout cela... et à présent il a l'audace de me parler ainsi... A moi, sa mère I

VINCENT

Traînez-moi devant Les tribunaux, que je pourrisse en prison... j'en ai assez...

(Les cris dans les coulisses augmentent d'intensité.)

Tu entends !...

RUDOMSKA

VINCENT

J'entends bien. A l'instant, je vais aller près d'eux et je leur dirai tout franchement...

RUDOMSKA

Que leur diras-tu?

VINCENT

Je leur dirai ce que j'ai fait et je leur donnerai les raisons...

RUDOMSKA

Fils de chien.

Vincent, se dirigeant vers la porte avec rapidité.

J'y vais...

RUDOMSKA

Je te le défends!... Arrête!... Attends!... Je pense à une punition pour toi ! Pour ce que tu viens de me faire, à moi, ta mère !... Je t'ai élevé, je t'ai dorloté... J'ai bien ce droit... Puisque tu es allé sur la digue avec l'intention bien arrêtée de commettre un crime, je te maudis... Puissent tes jambes qui t'ont porté être brisées et amputées...

Hélène, couvrant Vico de sa personne.

Dieu !

rudomska, à Hélène.

Va-t'en !... (A Vincent.) Puisque tu es allé sur la digue, puisque tu as levé les pales de l'écluse, que tes bras soient brisés et amputés...

HELENE

Ah!

RUDOMSKA

Puisque, par tes paroles, tu as osé juger mes actes, que ta détestable langue soit arrachée t c'est tout !

Vincent, anéanti, s'appuie contre l'encadrement

de la cheminée.

Tu as raison... Tu as raison...

irène, à Rudomska.

C'est déjà fini ! Est-ce qu'il y en a encore?

RUDOMSKA

Quant à toi ! Va-t'en ! Va-t'en ! Va-t'en...

IRÈNE

Je m'en vais! J'abandonne tout; aussi bien ce cl: nt il a parlé que tout le reste... Je laisse tout... je ne prends que lui...

(Elle s'approche de Vincent.) RUDOMSKA

Tu te permets sous mes yeux...

IRÈNE

Il n'est plus votre fils! Il est maudit... C'est déjà fait... Nous avons entendu toutes les deux... Moi et elle ! Hélène... des témoins incontestables et sûrs... Nous savons tout... Viens, maudit!... Tu n'as plus maintenant ni jambes, ni bras, ni langue... Qui te tendra un morceau de pain ou te montrera le chemin du puits... Moi seule je vais maintenant te servir de^soutien, te conduire et parler pour toi...

(Vincent saisit sa main et l'appuie contre son cœur.)

HELENE

Ah!...

(Elle s'évanouit et tombe à terre. Vincent et Irène ouvrent la porte d'entrée, au moment où ils vont en franchir le seuil, des cris se font entendre, des cris terribles, haineux et hostiles. On voit par la porte, dans le fond, un homme de haute taille qui vient à la rencontre de Vincent en portant une fillette morte et toute ruisselante d'eau.)

LE RIDEAU TOMBE

IS

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