‹ Plus blanc que neigeChapitre 13 sur 32 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SWIATOBOR

Vous avez entendu, madame?

IRÈNE

J'ai entendu, monsieur!...

swiatobor, avec transport.

Le hasard seul...

IRÈNE

Taisez- vous ! je vous interdis de me parler de cette façon.

SWIATOBOR

Je me tais !...

IRÈNE

Pauvre Vico !...

SWIATOBOR

Oh ! oui !... Votre situation difficile prendra bientôt fin. La vie que vous menez ici est peutêtre supportable pour une autre femme que vous, pour mille autres même, mais elle n'est pas faite pour vous, madame. Est-ce une existence pour vous?

irène, avec une conviction profonde.

Ah, ça non !

Pour vous, madame, ce qu'il faut, c'est le monde, grand et spacieux comme il est... tout ouvert... Ce sont les montagnes, les mers et les continents, ce sont les grandes villes, le théâtre, l'opéra...

Le cinéma...

irène, ricanant.

SWIATOBOR

Vous riez, madame, de votre destinée, cependant que chaque jour passé dans cet horrible trou de province est pour vous une irréparable perte de temps.

IRÈNE

Vous m'arrachez cette vérité du cœur et, en la faisant ainsi ressortir, vous ne faites qu'augmenter ma douleur.

SWIATOBOR

Non, je veux vous sauver!...

IRÈNE

Je sais que vous êtes un altruiste très actif.

SWIATOBOR

Assez plaisanté !... Que projetez- vous de faire lorsque Vincent sera parti?

IRÈNE

Je tâcherai de me rapprocher de lui.

A proximité du front?... Vous ne vous rendez pas compte, madame, de ce qu'est la guerre !

IRÈNE

Alors j'habiterai une ville quelconque où je nierai ma quenouille en attendant le retour de mon mari.

SWIATOBOR

Votre quenouille... Vous n'êtes pas capable tout de même de me défendre de rester auprès de vous et de veiller sur votre personne...

IRÈNE

Je vous ai demandé de ne pas me reparler de cela...

SWIATOBOR

M'est-il interdit de vous déclarer, madame, que je désire habiter la même ville que vous?

IRÈNE

Je ne le veux pas !... Assez de déclarations, d'épanchements et de tout ce qui en résulte !...

SWIATOBOR, avec une émotion profonde.

Mon cœur ne reniera jamais ce qu'il a éprouvé.

IRÈNE

Voilà un bel ami de Vico !... Vous êtes donc avocat près le tribunal de cette ville et vous ne pouvez pas exercer votre profession où je m'installerai... Si vous partez subitement d'ici, sans motif plausible, pensez un peu...

J'ai déjà mûrement réfléchi à cela et j'ai tout envisagé. Ce n'est pas pour rien que je suis homme de loi et avocat ainsi que vous le dites si bien, madame. C'est donc être un mauvais ami de Rudomski que de vouloir savoir où sa femme va demeurer alors qu'il est appelé sous les drapeaux !... que de vouloir la protéger?...

IRÈNE

A quoi cela ressemble-t-il?... Pendant que mon mari prend connaissance de sa convocation, nous semblons conspirer... Au fait, le sais-je, où je serai !...

SWIATOBOR

Nous y réfléchirons...

IRÈNE

Ah! bien..., bien.., que cela soit; mais... pas maintenant... plus tard!...

SWIATOBOR

Et quand, madame Irénette?... Vico, dès aujourd'hui, doit se présenter à la caserne et demain, peut-être, il rejoindra son affectation.

IRÈNE

Mais vous, monsieur, vous ne pouvez pas tout d'un coup, du jour au lendemain, laisser là vos affaires et abandonner vos intérêts...

SWIATOBOR

Pourvu que je puisse entendre votre voix prononcer un seul mot.

Et quel est ce seul mot?

SWIATOBOR

Où pensez-vous aller?

irène, avec hésitation.

Mais, où me conseillez-vous de me retirer?

SWIATOBOR

A Saint-Pétersbourg, uniquement !

IRÈNE

Et pourquoi dans cette ville?

SWIATOBOR

Parce que c'est la ville la plus éloignée du théâtre de la guerre... que vous y serez complètement à l'abri, protégée... tranquille... De plus, c'est une cité agréable... une grande capitale...

IRÈNE

J'y songeais 1

SWIATOBOR

Je vous conseillerai de prendre une décision définitive. Choisissez cette ville, voilà mon unique avis...

(Vincent entre, suivi de Joachim.)

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