‹ Plus blanc que neigeChapitre 24 sur 32 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

l'officier, regardant autour de lui. Vous ici, qui êtes- vous?

RUDOMSKA

Nous sommes des gens de ce pays... les propriétaires...

l'officier

Ah !... les propriétaires... toi, la vieille... une propriétaire... Comment t'appelles-tu?

RUDOMSKA

Rudomska...

l'officier, indiquant Hélène.

Et celle-là.

HÉLÈNE

Je me nomme Hélène Strzemichczykowna.

l'officier Hélène et par-dessus le marché un tas de consonnes impossibles à prononcer... Et celuilà?...

RUDOMSKA

C'est mon fils... Rudomski...

l'officier Pourquoi reste- t-il couché quand je lui parle?

RUDOMSKA

Il est malade...

l'officier, dévisageant Vincent.

Qu'est-ce que c'est que ce vêtement?... Qu'est-ce qu'il a sur lui?... un uniforme...

C'est un vieil uniforme...

l'officier Qui es-tu?... (Aux soldats.) Levez-le... (Les soldats s' approchent brutalement du sofa, enlèvent avec violence le châle qui recouvre Vincent et l'assoient. Lorsque Vincent est assis et met le pied sur le plancher, les soldats se reculent instinctivement d'un pas, se redressent et se mettent au « garde à vous )>.) Ah ! bien l'honneur de vous saluer... Vous êtes Polonais... Officier... (Avec ironie.) De l'armée polonaise...

VINCENT

C'est exact.

L OFFICIER

Un contre-révolutionnaire... dans ce repaire bien caché, derrière le châle de sa mère...

VINCENT

Qu'est-ce qui vous fait croire que je suis un contre-révolutionnaire?... Le châle de ma mère?...

l'officier

C'est que, messieurs les propriétaires, vous êtes tous contre-révolutionnaires. Nous allons nous en assurer illico... (Aux soldats.) Visitez toute la maison de bas en haut... Laissez entrer les camarades du village, qu'ils fouillent... (A Vincent...) Toi, je t'arrête...

VINCENT

Je ne sortirai pas d'ici... je ne franchirai pas le seuil de cette maison...

l'officier Encore un mot comme celui-là et tu n'iras pas loin d'ici, jusqu'à la haie, derrière la porte de cette maison... pour ne pas trop te fatiguer...

VINCENT

Il m'est en effet très difficile de marcher, surtout peur aller loin... Guerrier armé de la

tête aux pieds qui triomphe de femmes et d'invalides... ne te prive pas de nouveaux succès...

l'officier

Durant de longues années, en t'appuyant sur ton droit criminel, tu as triomphé des faibles, des malades et des invalides... Ta puissance est finie... Maintenant, c'est le peuple qui est le maître.

VINCENT

Ce n'est pas le peuple, mais c'est la tyrannie d'un petit nombre d'ambitieux...

l'officier Tais-toi !... Ton infirmité n'en impose à personne... Seigneur polonais... Encore un mot et je te ferai foutre à la haie... tu n'auras pas le temps de respirer.

VINCENT

Larbin d'une tyrannie de bandits, ne te prive pas de la joie d'assassiner sans jugement...

l'officier, décontenancé.

Je ne suis pas le larbin d'une tyrannie, je suis le défenseur des droits du peuple...

VINCENT

Si je suis coupable, je ne demande pas autre chose que la présence du peuple et son jugement à mon égard. Avant ton arrivée ici, nous nous connaissions l'un et l'autre depuis très longtemps...

(Pendant tout ce dialogue, des têtes des paysans des environs, hommes et femmes, apparaissent dans l'embrasure des fenêtres. Dans toute la maison on entend sans discontinuer le bruit de conversations, des rumeurs, des cris et des chants.)

une voix, derrière la fenêtre.

C'est le petit monsieur de Louja, c'est-il lui qui a fait noyer Sonka Obar ?...

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