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JE SOUFFRE DES YEUX

Dans les expéditions de ce genre, le retour est ce quil y a toujours de plus pénible. Tant qu’on avance vers son but, on est soutenu par l’ambition, par l’espoir de la réussite. Quand on revient sur ses pas, la réaction se fait sentir. On a les pieds lourds comme du plomb.

Des quatorze crevasses ou canaux étroits franchis à l’aller dans cette dernière étape, onze s’étaient profondément modifiés pendant les quelques heures qui s'étaient écoulées depuis. Deux ou trois d’entre eux avaient subi des changements tels que nous eûmes beaucoup de peine à retrouver la piste sur la rive méridionale.

Une fois que je me trouvai dans la hutte et que la lampe fut allumée pour faire bouillir eau pour le thé, mes yeux me firent si cruellement souffrir, que dans ma douleur je me roulai sur les couvertures qui nous servaient de lits, et je laissai à Ahngmalokto le soin de faire le thé. Pendant une heure ou plus, je craignis que le vent et la neige, joints à la fatigue résultant des observations qu’il avait fallu prendre, ne m’eussent occasionné une ophtalmie aiguë. Je plongeai à maintes reprises mes yeux dans la neige à moitié gelée et les y maintins au point d’en avoir les paupières tout engourdies.

Ce traitement héroïque finit par me procurer un peu de soulagement. Bientôt l’excès de ma fatigue me fit tomber dans un profond sommeil. Regrets stériles, découragement intense, tout fut oublié dans

cet anéantissement d’un corps auquel j'avais trop demandé.

Nous nous accordâmes ici un repos de plusieurs heures, le dernier que nous devions goûter pendant un certain temps, puis nous repartîimes grand train.

Au plus profond de mon cœur, l’espoir entretenait encore l'illusion que peut-être Marvin avait tout de même pu franchir le « Grand Lac » avant le commencement de l’orage. Peut-être avait-il poussé jusqu’au camp de la Tempête et y avait-il déposé des vivres à notre intention suivant les instructions que j'y avais laissées pour lui.

Je tenais donc essentiellement à ne pas m'écarter de la route que nous avions suivie en venant, au moins avant d’avoir dépassé le camp de la Tempête. Maintenant que le nombre de mes chiens était tellement réduit et que j'avais abandonné un certain nombre de mes traîneaux, j'avais plus d'hommes qu’il n’en fallait pour s’occuper de ceux qui restaient. Je choisis donc, parmi mes Esquimaux, deux des chercheurs de piste les plus expérimentés, et les fis marcher à mes côtés, à quelques centaines de mètres en avant des traîneaux.

Nous allions ainsi, tous les trois, les yeux rivés sur la glace, relevant les moindres indices qui nous permettaient de suivre la bonne route. Quand, par suite du mouvement de la banquise, la piste venait à manquer, nous nous déployions en tirailleurs, obliquant toujours à droite, vers le sud-ouest, Jusqu'à ce que nous l’eussions retrouvée.

Pepe —— a

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